[Be Kind Rewind] THE SHADOW de Russel Mulcahy (1994)

L'Ombre et la Proie

Quoi, encore un film de super-héros ? Oui, mais pas du Marvel, et encore moins du vraiment neuf… La perspective de se (re)plonger dans l’adaptation cinématographique de The Shadow réalisée par Russel Mulcahy en 1994 a de quoi refroidir le cinéphile endurci en overdose totale d’exploits sur fonds verts d’êtres supérieurs en collant ou armure, défenseurs de la veuve et l’orphelin. Ô surprise : 25 ans après, le film a plutôt bien vieilli et se redécouvre littéralement à l’aune de ses qualités.
Personnage issu des romans pulp créé par Walter B. Gibson dans les années 30, puis repris à la radio grâce à la douce voix d’Orson Welles, The Shadow a la particularité d’être un héros matriciel et la source d’inspiration évidente de nombreux super-héros à venir, au premier rang desquels trône rien moins que le Batman de Bob Kane. Une figure importante de la pop-culture donc, qui est pourtant restée dans l’ombre (hu hu) très longtemps et n’a semble-t-il pas intéressé outre mesure les exécutifs d’Hollywood. Il aura fallu patienter jusqu’à l’aube des années 80 pour que le producteur Martin Bregman en acquiert les droits, puis que le scénariste David Koepp planche sur l’adaptation cinématographique. Le réalisateur du très bon Hypnose, fan du personnage, hésite longtemps sur la voie à suivre et surtout, sur le ton à donner à cette adaptation sur grand écran. Ce sera finalement un récit mélant tonalité gentillement sombre empruntant largement au film noir et approche plus légère, très “comic book” dans l’âme. Un cocktail qui passe étonnamment bien. Derrière la caméra, Russel Mulcahy (Highlander pour l’éternité !), qui s’apprêtait à plonger la tête la première dans un long creux de la vague cinématographique, emballe proprement et, par instants, de manière très inspirée ce film d’aventure à l’ancienne.

Une direction artistique aux petits oignons

Comme bon nombre d’anti-héros, ce cousin éloigné du Fantômas créé par les Français Pierre Souvestre et Marcel Allain, est un personnage à la moralité douteuse, ancien criminel violent et coriace, contraint à la repentance par un moine boudhiste qui le pousse à utiliser sa part d’ombre au bénéfice du bien et ainsi faire respecter la loi dans les rues de New York. Le Shadow, interprété avec conviction et une bonne dose de charme par Alec Baldwin, dispense en permanence un côté ténébreux, mystérieux, tout en contrebalançant par quelques blagues et punchlines, rappelant l’orientation grand public du film (ce qui a pour effet de ménager tout de même considérablement la noirceur du récit). C’est de toute évidence une aventure aux allures pulp qui prédomine dans cette adaptation (qui n’est pas sans rappeler le Dick Tracy de Warren Beatty, sorti quatre ans auparavant) avec des bad guys hauts en couleur, interprétés avec délectation par un Tim Curry (Legend) en roue libre et un John Lone (L’Année du Dragon) convaincant en descendant de Genghis Khan, ou encore l’indispensable femme fatale campée par Penelope Ann Miller (L’Impasse). Le film est également l’héritier évident des deux Batman de Tim Burton (sortis en 1989 et 1992), références omniprésentes, que ce soit dans sa reconstitution de la ville de New York, ou dans sa photographie. Le film est, à cet égard, plutôt surprenant sur le plan visuel, avec une direction artistique très soignée et des décors très inspiré par instants, donnant à voir des maquettes, matte-paintings et autres représentations du New York des années 30 franchement impressionnants et furieusement évocateurs, mis en exergue par la mise en scène de Mulcahy, qui sait de toute évidence iconiser son héros au sein de son environnement.

La mauvaise réputation

Malheureusement, si le film bénéficie d’effets visuels réussis (la dague animée en images numériques), d’autres passent très mal, comme les attaques du Shadow sous sa forme vaporeuse (on est à l’époque aux balbutiements du numérique). Mais rien qui ne saurait venir gâcher le plaisir coupable de se replonger dans un film plus fréquentable que sa mauvaise réputation ne le laisse insinuer. Même si le film de Mulcahy s’est néanmoins crashé dans les grandes largeurs au box-office. Blockbuster à 40 millions de dollars, il n’en récoltera que 48 millions à l’international. Sa sortie à l’été 1994, face aux mammouths Le Roi Lion et The Mask lui sera fatale, toute perspective de franchise étant ainsi morte dans l’œuf. Redécouvrir le film près de 25 ans plus tard permet clairement de réévaluer l’injustice de l’accueil critique calamiteux qui a accueilli sa sortie. The Shadow mérite mieux et, alors que les super-héros Marvel et leur tourbillon d’effets numériques ont aujourd’hui envahi les écrans, le charme indéniable de ce film bien plus incarné rayonne et nous venge quelque peu du cynisme marketing actuel…

Note : 3.5 sur 5.

THE SHADOW. De Russel Mulcahy (USA-1994).
Genre : Action/Super-héros. Scénario : David Koepp. Interprétation : Alec Baldwin, Penelope Ann Miller, John Lone, Ian McKellen, Tim Curry… Musique : Jerry Goldsmith. Durée : 108 minutes. Disponible chez L’Atelier d’images (5 octobre 2021).

L’histoire : Autrefois criminel violent et sanguinaire semant la terreur au Tibet, Lamont Cranston, désormais repenti, a appris à maîtriser sa part d’ombre pour vaincre le mal. Sous le nom de The Shadow, il se bat toutes les nuits contre le crime pour protéger New York des malfaiteurs grâce à ses nombreux pouvoirs. Mais la menace gronde lorsque son ennemi juré Shiwan Khan, doté des mêmes pouvoirs, refait surface en menaçant de tout détruire à l’aide d’une bombe atomique. L’affrontement est inévitable…


L’édition Blu-ray de L’Atelier d’images

TECHNIQUE. Merci à L’Atelier d’images de nous permettre de redécouvrir le film dans des conditions excellentes. Le master propose une image avec une patine “à l’ancienne” qui fait extrêmement plaisir à voir : avec son grain rugueux et sa belle définition. Même si les couleurs sont loin d’être éclatantes, la palette et leur éclat restent corrects, et les contrastes sont globalement bien gérés. On n’en dira pas autant néanmoins de certains plans incluant des effets numériques (les attaques du Shadow) qui perdent très nettement en définition et vieillissent mal, proposant un côté brouillon pas toujours très agréable à l’œil. Les deux pistes en DTS HD Master Audio 5.1 offrent un rendu spectaculaire et permettent au film d’assurer sa mission en termes d’effets sonores pétaradants. La musique du film, sublime, de l’éternel Jerry Goldsmith, n’a jamais autant flatté nos petites oreilles, tandis que les scènes d’action envoient elles aussi du lourd avec une spatialisation remarquable. A noter une piste Auro 3D en… 13.1 que nous n’avons pas pu tester.

Note : 3.5 sur 5.

INTERACTIVITE. Comme c’était le cas notamment sur sa magnifique édition du Loup-Garou de Londres, l’éditeur met le paquet niveau suppléments en associant featurettes d’époque : un making-of promotionnel et une section d’images captées sur le tournage. A cela, s’ajoutent des bonus plus récents, avec pour commencer un retour sur le film par ses principaux acteurs : le réalisateur Russell Mulcahy, les comédiens Alec Baldwin, Penelope Ann Miller, le chef décorateur Joseph Nemec. III, le directeur de la photographie Stephen H. Burum et le scénariste David Koepp qui se prêtent volontiers au jeu des souvenirs et de l’analyse rétrospective. La spécialiste de la pop culture Océane Zerbini (le site Les Chroniques de Cliffangher, Blockbusters sur France Inter) propose sa lecture du film, ainsi qu’une analyse de séquence un peu rapide, dommage. Enfin, cerise sur l’édition, l’ajout d’un court-métrage produit par Universal et datant de 1931, “A Burglar to the Rescue”, réalisé par George Cochrane, qui offre une approche très expressionniste du personnage du Shadow.

Note : 4.5 sur 5.

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