[Critique] BATMAN : YEAR ONE de Sam Liu et Lauren Montgomery

L'origine du Mal

Décliné à toutes les sauces et sur tous les supports, le personnage de Batman, en bonne icone de la culture pop, a autant été malmené qu’il a brillé de mille feux, tant dans les pages des comics que sur les écrans. La destinée cinématographique du Dark Knight (qui continue à s’auto-alimenter avec l’arrivée prochainement de The Batman de Matt Reeves) résume en elle-même les joyaux comme les dérives, et fait figure d’étendard majeur du personnage, à tel point que l’on évoque moins les adaptations animées. A ce sujet, si on aurait tendance à penser immédiatement à la brillante série télévisée de Paul Dini et Bruce Timm sortie en 1992, d’autres adaptations au format film méritent pourtant le coup d’œil, comme c’est le cas de Batman : Year One, douzième film de la collection DC Universe Animated Original Movies sorti directement en vidéo en 2011.
Batman : Year One est l’adaptation du comics écrit par Franck Miller et dessiné par David Mazzucchelli, publié en 1987 par DC Comics. Un ouvrage important, voire déterminant dans la mythologie Batman, mais également dans ce qu’il a influencé tout un pan des comics de super-héros dans son approche du super-héros plus adulte et sombre. Cet arc narratif spécifique se penchait plus particulièrement sur les origines du Chevalier Noir, ainsi que sur celles de James Gordon, futur commissaire et compagnon de labeur de Batman. Wayne revient à Gotham City après de nombreuses années d’absence suite à l’assassinat de ses parents, Gordon y est quant à lui muté en tant que simple inspecteur et arrive avec sa femme Barbara, enceinte de sa future fille. Durant un peu plus d’une heure, cette adaptation en film d’animation présente la lutte parallèle des deux hommes contre la pègre et la corruption qui gangrènent Gotham. Que ce soit dans les bas quartiers les plus malfamés pour un Bruce Wayne qui se cherche encore sur le fond et la forme, ou pour un Gordon rapidement confronté aux exactions de ses supérieurs et d’une force de police pourrie jusqu’à la moelle.

Le chaînon manquant

Particularité du film, l’importance accordée par les auteurs au personnage de Gordon, qui apparaît comme le véritable protagoniste central de l’histoire, autour duquel gravite et se construit un Bruce Wayne/Batman plus secondaire, en phase d’apprentissage de son nouveau rôle de vigilante des rues de Gotham. On y croise également des personnages connus ou en passe de devenir des incontournables de l’univers Batman : Selina « Catwoman » Kyle, le procureur Harvey « Double-Face » Dent, l’inoxydable majordome Alfred… Autre marqueur fort, la noirceur du récit, importée directement des pages du comics de Miller et Mazzucchelli, et dont les composantes ont marqué les esprits au fer rouge, bâtissant un univers très sombre et violent autour du personnage. Une approche qui infusera ensuite une grande partie des adaptations ciné à venir, qu’on les doivent à Tim Burton ou à Christopher Nolan (en passant bien volontiers sur l’aspect cartoon des version de Joël Schumacher), le réalisateur de Memento reprendra à son compte ces parti-pris torturés du personnage. En charge de l’adaptation Batman : Year One, deux spécialistes de chez DC : Sam Liu, réalisateur attitré d’adaptations animées pour DC Comics et Warner Bros. Animation et Lauren Montgomery, qui a dirigé des séries comme Wonder Woman, Justice League ou encore le film Justice League : Crisis on Two Earths, déjà au côté de Sam Liu. Les deux réalisateurs comprennent et respectent au maximum le matériau de base et tentent de le restituer de la manière la plus fidèle possible. Le graphisme, dépouillé, et l’animation, brillante, font de cette adaptation une œuvre de premier ordre, sorte de chaînon manquant entre les pages du comics et les scènes des films, ne s’interdisant pas au passage des accès de violence sanglants, pour une approche plus adulte du mythe. Liu et Montgomery livrent une adaptation dégraissée au possible, ne s’embarrassant pas de circonvolutions superflues pour aller droit à l’essentiel. En résulte un film condensé (à peine 1h05), peut-être trop par instants, dont le découpage elliptique propose un rythme peut-être un peu trop rapide, les séquences s’enchaînant sans temps mort, là où on aurait aimé s’attarder par instants. Il n’en demeure pas moins que le résultat est d’une efficacité à toute épreuve et sûrement l’une des meilleures adaptations à l’écran du Chevalier Noir.

Note : 4 sur 5.

BATMAN : YEAR ONE. De Sam Liu et Lauren Montgomery (USA – 2011).
Genre : Super-héros. Scénario : Tab Murphy, d’après les comics de Frank Miller et David Mazzucchelli. Distribution : Benjamin McKenzie, Bryan Cranston, Eliza Dushku, Jon Polito, Alex Rocco, Katee Sackhoff… Musique : Christopher Drake. Durée : 64 minutes. Réédité en Blu-Ray, en Edition Commémorative pour son dixième anniversaire, le 8 décembre 2021 chez Warner Bros. Entertainment France (page Facebook et page Twitter).

L’histoire : Alors que Gotham City a désespérément besoin de héros, deux hommes choisissent des chemins diamétralement opposés dans leur lutte pour la justice, ce qui les mène à un affrontement inévitable. Bruce Wayne revient à Gotham pour livrer bataille contre le crime après des années passées à l’étranger, au même moment où le lieutenant James Gordon, honnête policier, arrive pour éradiquer la corruption à tous les niveaux. Lorsque Bruce devient le justicier masqué Batman, la ville bascule dans le chaos alors que sa nouvelle némésis Catwoman, la mafia et Gordon se rapprochent. 


L’édition Blu-ray de Warner Bros

TECHNIQUE. Très beau master HD au transfert 1080p pour ce film d’animation de 2011 qui n’a vraiment pas pris une ride. La définition est excellente et le niveau de détail à l’avenant. Techniquement, c’est du costaud. Au niveau sonore, cette édition propose pléthore de possibilités, mais on préfèrera évidemment la piste anglaise, la seule proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 (il faudra se contenter de Dolby Digital 2.0 pour la version française), pour sa puissance, son dynamisme et sa belle répartition des effets.

Note : 3.5 sur 5.

INTERACTIVITE. Côté bonus, c’est plutôt consistant, avec un commentaire audio, un module intitulé « Réinventer Gordon », qui s’attarde longuement (22′) sur l’évolution du personnage tout au long des versions et adaptations du comics, avec intervention des auteurs, scénaristes et de la plupart des interprètes, jusqu’à Jeffrey Wright qui endossera le rôle dans le prochain The Batman de Matt Reeves. Egalement au programme : « Conversations avec DC Comics » (39′), discussion autour de la mythologie Batman ; « Au cœur de la vengeance » (23′) revient sur l’évolution du ton dans la franchise ; « DC Showcase présente Catwoman » (14′) est un court-métrage centré autour de l’héroïne, et enfin, trois présentations de films animés Soul of the Dragon (12′), The Long Halloween, Partie 1 (10′) et Partie 2 (9′).

Note : 4.5 sur 5.

Retrouvez la fiche du film sur le site Cinetrafic.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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