[Be Kind Rewind] LA MORT A SOURI A L’ASSASSIN de Joe D’Amato (1973)

Cet obscur objet du désir

Joe D’Amato, un nom qui résonne à l’oreille des fans de cinéma bis transalpin. Stakhanoviste de la pellicule, avec plus de 200 films réalisés, mais également directeur de la photographie, cadreur et scénariste, D’Amato (Aristide Massaccesi de son véritable nom) a œuvré principalement dans le cinéma érotique et pornographique, touchant également à peu près tous les genres, du western à l’heroic-fantasy. Une partie de sa prolifique carrière est dédiée au cinéma d’horreur avec quelques incursions pas piquées des hannetons : les sanglants Blue Holocaust en 1979 et Antropophagus en 1980, pour ne citer que les plus célèbres. Le réalisateur faisait ses premières armes dans le genre horrifique en 1973 avec La Mort a souri à l’Assassin, un étrange film atmosphérique se situant entre le giallo et le thriller gothique, plutôt désarçonnant au premier abord, puisqu’il présente des éléments d’intrigue plutôt disparates : une jeune fille amnésique qui débarque chez un couple bourgeois, un étrange médecin interprété par un Klaus Kinski (Aguirre, la colère de Dieu) en mode moins enfiévré qu’à l’accoutumée, qui semble travailler sur d’étranges expériences, un médaillon mystérieux, un assassin qui rode dans les environs, des cadavres, sans compter ces flashbacks et apparitions d’un mystérieux bossu dont on ne sait pas grand chose. Une histoire quelque peu nébuleuse, que le récit labyrinthique du film finit néanmoins par relier (pour la plupart) en un tout cohérent.

Artisan solide et polisson

Avec ce film, Joe D’Amato prend plaisir à perdre le spectateur dans cet univers onirique, au sein duquel se mêlent ambiance gothique, apparitions fantomatiques, crimes atroces, désir charnel, machination et vengeance. Le mystérieux tueur du film est longtemps laissé dans l’ombre, évoqué tel un fantôme, incarné la plupart du temps en caméra subjective et laissant derrière lui une poignée de cadavres. Evidemment, comme on est chez ce fripon de D’Amato (même si le film est antérieur à ses réalisations coquines), on n’échappe pas à quelques scènes de nudité et d’intimité érotico-soft. Les comédiennes Ewa Aulin (Candy de Christian Marquand en 1978) et Angela Bo s’y dénudent volontiers, la première étant un véritable objet de désir envié par le couple von Ravensbrück qui l’héberge. Contrairement à ce que sa réputation laisse entendre, D’Amato était un sacré bon technicien, un artisan du Bis qui avait un talent certain pour emballer des petits films solides. C’est le cas avec La Mort a souri à l’Assassin, qui ne cesse de surprendre par sa facture technique, avec sa très belle photographie et son esthétique léchée, sa partition lancinante et omniprésente du compositeur Berto Pisano, le tout renforcé par une approche de la narration et du rythme surprenante, qui tente de jouer avec la temporalité avec pas mal de brio. Même si certains effets spéciaux, notamment les maquillages gores, font un peu cheap sur les bords, on ne saurait trop conseiller à celles et ceux désirant se faire une idée du travail de Joe D’Amato de découvrir cet excellent petit film fantasmagorique qui fait de toute évidence parti du haut du panier de son œuvre.

Note : 3 sur 5.

LA MORT A SOURI A L’ASSASSIN (La Morte ha sorriso all’assassino). De Joe D’Amato (Italie – 1973).
Genre : Giallo. Scénario : Claudio Bernabel, Joe D’Amato et Romano Scandariato. Interprétation : Ewa Aulin, Klaus Kinski, Angela Bo, Sergio Doria, Attilio Dottesio, Marco Mariani… Musique : Berto Pisano. Durée : 84 minutes. Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume (juillet 2022).

L’histoire : 1909, en Europe – Greta von Holstein, qui entretient une liaison incestueuse avec Franz, son frère bossu, perd la mémoire à la suite d’un accident de calèche survenu devant la demeure des von Ravensbrück. Appelé au chevet de la malade, le Dr Sturges semble surtout s’intéresser à l’étrange médaillon inca qu’elle porte autour du cou et qui pourrait l’aider dans ses recherches sur la résurrection. Restée auprès de Walter et Eva von Ravensbrück qui se sont entichés d’elle, la belle Greta semble en proie à une ombre. La maisonnée est bientôt la cible d’une vague de crimes particulièrement violents…


L’édition Blu-ray du Chat qui Fume

TECHNIQUE. Restauration remarquable effectuée pour cette édition proposée par Le Chat qui Fume. Très lumineuse, l’image affiche un rendu cinéma avec un grain bien présent, et un niveau de détails asez dingue. Quelques flous sont à noter de temps à autre, probablement d’origine, et deux ou trois griffures et autres poussières en bord de cadre anecdotiques. Côté son, l’éditeur propose la seule version italienne en DTS-HD Master Audio 2.0, qui fait largement le job, sans aucun problème.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. Petite interactivité, mais pas inintéressante, avec la parole donnée à Gianlorenzo Battaglia, assistant réalisateur et compagnon de route de Joe D’Amato sur plusieurs films, qui évoque sa relation avec le cinéaste dans « Le talentueux Mr D’Amato » (19′). Puis, c’est la comédienne du film Ewa Aulin qui évoque ses souvenirs du tournage et ses relations avec le réalisateur, mais aussi les comédiens, dont Klaus Kinski, dans « Ewa a souri à l’assassin » (10′).

Note : 3 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Three Mothers Films

Trigger Warning : presque tout...

CritiKs MoviZ

Critiques de films ...

LA FOUTOIROTHÈQUE

Collection cinéphagique en forme de boxon

Sweet Judas

Le blog qu'on sait pas trop de quoi il parle, mais qu'il est vachement beau.

A Sad Picture Of A Red Sky

Un blog où je vous parlerais de mes passions, le cinéma, la musique, les romans, les comics/BD, les séries TV et qui sait, un jour peut-être je vous parlerais de l’Univers A Sad Picture Of A Red Sky et de mes romans ;) En attendant bonne lecture, bon visionnage et bonne écoute ! D.A.G. //// A blog about movies, music, novels, comics, TV-shows and maybe one day I will talk to you about A Sad Picture Of A Red Sky Universe. Meanwhile, have a good reading, viewing and listening ;) D.A.G.

Le blog de la revue de cinéma Versus

Films de genre & grands classiques

Mauvais Genre

par amour pour le cinéma de genre

Boires et Déboires d'un Zéro Masqué

Beaucoup de cinéma, un zeste de littérature, une cuillerée de sport et d'actualité et un tantinet d'histoires du quotidien d'un zéro.

%d blogueurs aiment cette page :