Fin de parcours pour le réalisateur Alberto De Martino qui, avec Formule pour un meurtre, réalise son avant-dernier long-métrage en 1985, tout comme il offre un baroud d’honneur au genre du Giallo, alors en toute fin de règne. Comme pour mieux masquer l’achèvement d’une filmographie en perte de vitesse, le cinéaste italien signe, comme une bonne partie de l’équipe technique, sous pseudo américain, histoire de noyer le poisson, tout en situant l’action de son film à Boston aux Etats-Unis. Pas de quoi transformer de manière significative ce thriller à forte coloration giallesque, qui rejoue une formule déjà bien essorée et sans y ajouter la moindre surprise. Une sportive de haut niveau fortunée et clouée dans un fauteuil suite à une chute dans les escaliers alors qu’elle tentait d’échapper à l’agression d’un faux prêtre lorsqu’elle était enfant, voit son quotidien bouleversé par une série de meurtres dans son entourage… Pas de quoi se relever la nuit pour ce pitch assez peu emballant, qui assure le minimum syndical du récit de machinations. Il est ici question de manipulations, dans l’optique rapidement avoué d’empocher la fortune de l’héroïne, et Alberto De Martino et son coscénariste Vincenzo Mannino ne font pas mystère très longtemps de la nature de la menace et de l’identité du tueur : il ne s’agit pas d’un fantôme, ni d’un assassin sur le retour, mais bien d’un complot dévoilé assez tôt dans le métrage. Ce qui a pour effet de faire retomber le soufflet du suspense pourtant jusqu’alors assez brillamment entretenu. Pas réellement de surprise dans le déroulé d’une intrigue qui peut évoquer rapidement des films tels que Hurler de peur de Seth Holt, Seule dans la nuit de Terence Young ou encore Terreur aveugle de Richard Fleischer, même si les similitudes avec le concept du récit survivaliste d’une femme atteinte d’un handicap face à un assassin en huis-clos n’interviennent qu’en fin de métrage, lors d’un climax qui tente des rebondissements à la portée limitée. Face à une structure ultra-rabâchée, et une certaine radinerie en termes de meurtres, bien qu’assez graphiques dans l’ensemble, ce Formule pour un meurtre finit néanmoins par séduire grâce à une forme très soignée et, disons le, grâce au talent d’Alberto De Martino et son directeur de la photographie Gianlorenzo Battaglia (La Maison de la terreur et Démons de Lamberto Bava). Clairement, le cinéaste, déjà auteur en 1974 d’un Antéchrist malaisant, démarquage de L’Exorciste qui avait marqué les esprits, bonifie son script à l’aide d’une mise en scène particulièrement inspirée, assurant une composition des cadres et une profondeur de champ signifiantes, s’amusant avec les reflets et iconisant son assassin avec gourmandise. C’est ce qui fait que l’on suit ce Giallo de série avec une certaine curiosité, sans pour autant s’y abandonner corps et âme, devant une intrigue assez flemmarde et peu intéressante.

Note : 3 sur 5.

FORMULE POUR UN MEURTRE (7, Hyden Park – La casa maledetta). D’Alberto De Martino (Italie – 1985).
Genre : Thriller/Giallo. Scénario : Martin Herbert (Alberto De Martino) et Franck Walker (Vincenzo Mannino). Directeur de la photographie : Lawrence Barbey (Gianlorenzo Battaglia). Interprétation : Christina Nagy, David Warbeck, Carroll Blumenberg, Rossano Brazzi, Andrea Bosic, Loris Loddi… Musique : Franck Mason (Francesco De Masi). Durée : 88 minutes. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui Fume (30 juin 2023).

LE BLU-RAY DU CHAT QUI FUME. Cette édition du Chat qui Fume est une fois encore en tous points remarquable techniquement. L’image, issue d’une copie restaurée avec soin, propose une définition extrêmement détaillée, basée sur un piqué pointu et des contrastes excellement gérés. Tout le travail du directeur de la photographie et du réalisateur sont remarquablement mis en valeur et constituent le point fort du film et de cette édition, qui ne souffre par ailleurs pas de sa bande-son. La version italienne est propre et demeure plus convaincante que le mixage français, dont le doublage s’avère moins probant.
L’éditeur ajoute au films deux bonus : un entretien avec le comédien Loris Loddi (15′) et une interview du directeur de la photographie Gianlorenzo Battaglia (20′).

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