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[Be Kind Rewind] HURLER DE PEUR de Seth Holt (1961)

Thriller psychologique méconnu avec Christopher Lee, HURLER DE PEUR de Seth Holt est un petit bijou de manipulation à l'atmosphère délicatement fantastique. Un petit classique du genre à redécouvrir d'urgence dans la collection British Terrors d'ESC Editions.

Avec Hurler de peur réalisé en 1961 par Seth Holt, la Hammer fait un pas de côté et s’éloigne temporairement des films à dominante gothique et mettant en scène les monstres qui feront sa gloire (Dracula, Frankenstein…) pour investir le terrain bien différent du thriller psychologique contemporain. Une belle initiative car l’essai est plus que transformé. Film contemporain en noir et blanc, Hurler de peur privilégie une ambiance mystérieuse, voire oppressante qui se met en place dès son entame, alors que Penny, fille d’un richissime industriel, retourne en France dans la villa de son père qu’elle n’a plus vu depuis dix ans. On sent d’entrée l’influence que Psychose (sorti l’année précédente) a pu avoir sur le film. Avec l’ombre de ce père absent qui plane sur l’héroïne (allusions, apparitions spectrales), la santé mentale de cette dernière est tout de suite remise en question. Devient-elle folle ou est-ce son entourage qui lui joue la comédie ? Le film est un long labyrinthe mental dans l’esprit de la jeune fille, paralysée et clouée dans un fauteuil roulant, seule dans un environnement qu’elle ne connaît pas et pourtant (très) entourée de personnes qui lui sont étrangères (le chauffeur, la belle-mère, la gouvernante, le médecin…) De fait, le spectateur épouse son point de vue, et ne sait jamais à quoi s’attendre, même si l’hypothèse d’une machination ne met pas longtemps à germer alors que les apparitions et les indices laissant entendre que le père absent (ou son cadavre) pourrait en fait être présent dans la grande demeure. Des scènes d’effroi instillant le trouble dans l’esprit de l’héroïne, autant que dans celui du spectateur qui ne sait plus s’il doit se fier à ce qu’il voit à l’écran, le réalisateur se faisant un devoir de laisser planer le doute…

Manipulation et jeux de dupes

D’évidentes questions de testament et d’héritage interviennent rapidement. Le jeu des apparences prend une autre tournure et on en vient à suspecter tous les personnages dans une sorte de Cluedo sur grand écran. Penny s’allie avec Bob, le chauffeur de son père, pour mener son enquête et tirer les choses au clair. Hurler de peur contient son lot de jeux de masques et de dupes, où personne n’est réellement ce qu’il semble être, où la manipulation règne, jusqu’à un retournement final inattendu et cruel au cours duquel les masques tombent. Film de machination, à quelques encablures des Diaboliques de Clouzot et du Rebecca d’Alfred Hitchcock, Hurler de Peur joue avec les attentes et les connaissances du spectateur et, si l’intrigue n’est pas d’une folle originalité, son efficacité et le savoir-faire du réalisateur Seth Holt et du scénariste et producteur Jimmy Sangster (créateur des principaux succès de la firme) emportent largement le morceau. D’autant que le travail sur la lumière du directeur de la photographie Douglas Slocombe, l’un des grands chef opérateurs de sa génération (Les Aventuriers de l’Arche perdue), est remarquable, avec un travail sur la profondeur de champ, un noir et blanc très contrasté, un éclairage réaliste mais très fouillé. La prestation toute en élégance et en charisme de Christopher Lee dans un second rôle ne doit pas dissimuler la présence envoûtante de Susan Strasberg dans le rôle principal.
Hurler de peur est un petit classique du genre, pas le plus célèbre, mais aux qualités suffisamment nombreuses pour mériter une réévaluation urgente.

Note : 3.5 sur 5.
HURLER DE PEUR
Seth Holt (Royaume Uni – 1961)
Genre Thriller psychologique – Avec Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd, Christopher Lee, Anne Blake… – Musique Clifton Parker – Durée 78 minutes. Distribué par ESC Editions (17 septembre 2019).

Synopsis : Penny Appleby, jeune femme paralysée et condamnée au fauteuil roulant, revient dans sa demeure familiale située sur la Côte d’Azur après la disparition de son père. Accueillie par Jane, sa belle-mère, et épaulée à chaque instant par Bob, le chauffeur de la famille, voici qu’elle commence à avoir d’épouvantables visions : elle se met à voir le cadavre de son père dans différents endroits de la demeure, lequel disparaît aussitôt…

L’édition DVD d’ESC EDITIONS

Technique

Note : 3.5 sur 5.

Un nouvel opus dans la très chouette collection British Terrors d’ESC Editions. La version DVD que nous avons eu en notre possession fait état d’une image certainement moins bonne que la version HD, néanmoins, la restauration porte ses fruits et propose un contraste d’excellente facture, rendant justice au très beau travail sur la photographie et la profondeur de champ. Le grain est bien présent est, malgré quelques sensations de flous de temps à autre, l’image reste d’un très bon niveau.
Des deux pistes sonores proposées, la version originale anglaise est la plus équilibrée, la version française, tout en proposant un doublage de bonne tenue, souffre, quant à elle, d’une ambiance sonore quelque peu en retrait. La VO affiche de belles qualités, avec un son propre et dynamique, sans trop de souffle. 

Interactivité

Note : 3.5 sur 5.

L’incontournable Nicolas Stanzick, spécialiste de la Hammer, revient sur l’histoire du célèbre studio anglais dans un module d’une quinzaine de minutes. Un historique toujours plaisant à (re)découvrir, même si le bonus est essentiellement orienté vers les néophytes et n’apprendra rien de plus aux fans. Dans un second module, Laurent Aknin, journaliste et historien du cinéma, livre son analyse du film, évoquant l’esthétisme très différente et l’approche opposée aux films gothiques habituels du studio anglais. Il le place au sein des films “psychotiques” produits dans la foulée de Psychose (Paranoiac ! de Freddie Francis). Il évoque le réalisateur Seth Holt, peu connu et mort jeune lors d’un tournage, l’influence majeure du scénariste Jimmy Sangster et le second rôle de Christopher Lee, dont la carrière s’internationalisait à l’époque du tournage, créant un froid avec la Hammer, qui le cantonnait à des seconds rôles car le comédien refusait d’endosser à nouveau la cape de Dracula.
A noter que l’édition contient un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec (Mad Movies).

(2 commentaires)

  1. Ah… je vois qu’ESC ne daigne même pas fournir le BR…
    Ceci dit, avec cet éditeur, le master HD n’est pas toujours à la hauteur des attentes, surtout dans cette collection Hammer inégale en terme de définition.
    Je n’ai pas encore revu celui là en BR mais le film lui même je l’avais adoré…
    Je m’étais même fendu à l’époque de la sortie en DVD (de très bonne qualité) d’une petite critique sur mon blog et ma page Sens Critique:

    https://www.senscritique.com/film/Hurler_de_peur/critique/42848340

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne peux qu’être totalement d’accord avec ta critique !!! Ce film est une excellente surprise comme je les aime ! Et ta conclusion… concernant « ceux qui pissent froid ou vinaigrette »… mais quel bonheur !!! 🙂

      J'aime

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