Dans sa collection Slash’Edition qui sent bon les années 80 /90 et les séries B délicieusement bourrines et efficaces, ESC ajoute un nouveau chapitre à sa grande œuvre avec la sortie du Sadique à la tronçonneuse de Juan Piquer Simón. En 1942, un jeune garçon pervers, grondé alors qu’il faisait un puzzle représentant une femme nue, décapite sa mère à coups de hache. Le garçon simule le traumatisme et échappe à la prison. Quarante années s’écoulent, et désormais, le garçon termine son puzzle en découpant des jeunes étudiantes à la tronçonneuse. Qui pourra l’arrêter ?
Juan Piquer Simón était un réalisateur espagnol emblématique d’un cinéma d’exploitation sans grands moyens mais avec de l’envie et des idées. Et surtout, une volonté inébranlable de traduire à l’écran les concepts les plus fous. Si on le connaît en grande partie pour ses adaptations à grand renfort de bouts de ficelles et de pas mal d’huile de coude des récits de Jules Verne (Le Continent fantastique, Le Mystère de l’île aux monstres), Juan Piquer Simón a touché un peu à tous les genres, tant sa grande générosité épousait ce cinéma d’exploitation qui se voulait multiple à l’époque. Épouvante (La Poupée de sang), super-héros kitchissime (Supersonic Man), agressions animales (Slugs), horreur sous-marine (The Rift) et même adaptation éloignée de Lovecraft (Magie noire), le réalisateur espagnol a surfé également sur la vague du slasher, mâtiné de giallo, avec un même appétit, en tournant Le Sadique à la tronçonneuse sorti en 1982. Destiné à empiéter sur un genre globalement très américain, le film est sensé se dérouler aux États-Unis, mais a été filmé quasiment intégralement à Madrid. Pas grave, car la supercherie fonctionne et apporte même ce doux décalage si charmant dans ce genre de productions. Un mystérieux tueur sanguinaire hante les couloirs d’une fac américaine, trucidant à tour de bras les étudiants, usant pour cela de multiples moyens d’exécution, et notamment d’une impressionnante tronçonneuse, pour au final, n’emporter avec lui qu’un membre ou un morceau de corps à chaque fois. Comme pour reconstituer un puzzle du passé qui aurait fortement mal tourné…

Le charme discret de l’artisanat
N’y allons pas par quatre chemins : Le Sadique à la tronçonneuse n’est franchement pas un bon film. Constellé de défauts, souffrant d’une interprétation générale défaillante et d’un rythme pour le moins toussotant, régurgitant les codes du slasher avec pas mal de maladresse, le film de Juan Piquer Simón est une copie, un ersatz qui ne souffre d’aucune comparaison avec les parangons du genre. Et bizarrement, ce n’est pas si grave… Ce qui pourrait enterrer et rendre antipathique n’importe quelle production américaine de bas étage, trouve ici une forme de charme discret qui vient provoquer tantôt un sourire, tantôt un esclaffement, toujours une sorte de sympathie. Car on sent que Juan Piquer Simón y met du cœur, malgré toutes les limites et contraintes qui se dressent face à lui (et notamment un talent intermittent). Le film joue la carte du décalage, semble continuellement chercher à creuser un sillon parodique, tout en maintenant un indéfectible premier degré qui le précipite vers un humour involontaire. Voir à ce titre le personnage du colosse jardinier, l’un des premiers suspects, campé par un Paul L. Smith qui semble prendre beaucoup de plaisir à en faire des caisses sur les mimiques, ou encore cette irruption aussi soudaine et WTF que totalement hors sujet de Bruce Le, clone du célèbre Petit Dragon, qui lève une fois la jambe pour aussitôt disparaître. Une fois encore avec Le Sadique à la tronçonneuse, Juan Piquer Simón pêche par excès d’engagement, de générosité, quitte à balayer toute notion de cohérence et de crédibilité. A ce titre, l’ultime retournement de la scène finale, qui fait totalement basculer le film dans le fantastique, tombe comme un cheveu sur la soupe, parce que pourquoi pas… Sa propension à filmer ses actrices (mais pas seulement…) dans le plus simple appareil demeure une convention du genre s’il en est. Et puis, il serait malhonnête de fustiger la mise en scène de Juan Piquer Simón, qui sait concocter quelques séquences soignées. Ainsi, toute la coloration giallesque du film, avec la silhouette de son assassin sorti tout droit d’une œuvre de Dario Argento ou Mario Bava, est furieusement évocatrice, les assassinats sont variés et donnent lieu à des effets prosthétiques et un système D qui fonctionnent grave. On peut d’ailleurs admettre que la scène du meurtre sur le matelas à eau est l’une des séquences les mieux imaginées, filmées et découpées qu’il nous ait été donné de voir dans le genre. Rien que pour cela, Le Sadique à la tronçonneuse mérite le coup d’œil, même si on le répète, c’est loin d’être un bon film. Mais l’œuvre très imparfaite d’un artisan du Bis, généreux et à la jouissance communicative.

LE SADIQUE A LA TRONCONNEUSE (Pieces). De Juan Piquer Simón (Espagne/États-Unis/Italie – 1982).
Genre : Horreur/slasher. Scénario : Dick Randall, Joe D’Amato et Juan Piquer Simón (non crédité). Photographie : Juan Mariné. Interprétation : Ian Serra, Christopher George, Lynda Day George, Frank Braña, Edmund Purdom, Paul L. Smith… Musique : Librado Pastor. Durée : 86 minutes.
Distribué par ESC Editions (4 février 2026).
L’édition Blu-ray d’ESC
Dans la collection Slash’Edition, ESC joue la carte du rétro assumé, et propose un grand soin à ces films d’exploitation qui n’en demandaient pas tant. Et cette volonté se retrouve dans l’aspect technique du Blu-ray, qui s’en remet à une image assez incroyable pour ce genre de petite série B. Image lumineuse et parfaitement définie, nettoyée de ses défauts, contrastes appuyés, avec notamment des scènes nocturnes lisibles, un grain sympa et des couleurs retrouvées. C’est le Pérou !
L’édition propose trois pistes, en espagnol, anglais et français. Toutes les trois bénéficient d’un doublage, on privilégiera donc la piste anglaise qui s’avère peut-être plus cohérente au regard de la localisation de l’intrigue. Si le calage de la post synchronisation n’est pas toujours très heureux, rien de bien grave cependant. La dynamique générale s’avère très bonne, avec des dialogues limpides, et surtout des pics d’ambiance sonore lorsque rugit la tronçonneuse. Tout cela offre des conditions sonores assez idéales.
Au sein de ce combo Blu-ray et DVD, on retrouve l’habituel livret de 24 pages sur le film rédigé par Marc Toullec. La section bonus retrace la carrière deJuan Piquer Simón, dans « Juan Piquer Simón, artisan du fantastique ibérique », module commenté par Alexandre Jousse, et qui propose une rétrospective aussi intéressante qu’amusante, qui a en plus l’avantage pas si courant (souvent pour des questions de droit) de proposer des images et extraits des différents films du réalisateur, ce qui en fait un bonus incontournable pour les néophytes. On trouve également un long entretien d’époque de près d’une heure entre Juan Piquer Simón et Nacho Cerda, réalisateur de l’éprouvant Abandonnée. Enfin, outre la bande-annonce, un court module un peu réalisé à l’arrache, présente un Juan Piquer Simón à la fois fier et modeste, dévoiler des visuels du film à grand renfort d’anecdotes.

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