Un film d’horreur néo-zélandais, qui évoque la culture maorie au sein d’une enveloppe formelle gothique, voilà qui est rare et donc, sûrement un peu précieux, même avant d’en avoir vu une seule image. Mārama de Taratoa Stappard est un premier long-métrage, adapté du court réalisé en 2022 par Stappard : Taumanu.

Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme maorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant. Les visions gothiques qui émergent à la lecture du pitch sont une promesse belle et bien tenue par le réalisateur. L’une des principales qualités de Mārama, qui saute aux yeux dès les premières images, est de s’appuyer sur une facture technique assez irréprochable dans sa puissante capacité d’évocation. Le cinéaste ne se cache pas, d’ailleurs, d’avoir donné une grande liberté à sa directrice de la photographie Gin Loane, et sur sa direction artistique pour composer de superbes tableaux graphiques. On n’est pas très loin du cinéma d’Ari Aster à ce niveau, et le réalisateur ne s’en cache pas.

Horreur, appropriation culturelle et patriarcat

Le film revisite les codes du cinéma horrifique à travers le prisme de l’histoire et de la culture maorie. Le réalisateur choisit de déplacer le récit dans un manoir assez lugubre du Yorkshire au milieu du XIXe siècle et donne du grain à moudre aux amateurs du genre : déambulations dans des couloirs sombres éclairés à la bougie, esprits tourmentés et secrets de famille inavouables, figures du patriarche, de la gouvernante… A cela se mêle assez adroitement la quête de vérité des origines de l’héroïne. Car au final, l’horreur née moins de l’ambiance déployée assez adroitement par le film, que par les agissements des personnages britanniques qui accueillent Mary Stevens, par la violence systémique et ouvertement patriarcale mise en place au sein du manoir, et par son patriarche Sir Cole, ainsi que son acolyte bouffon qui piétinent les traditions de la jeune femme. Une emprise colonialiste marquée également symboliquement par la reconstitution au cœur d’un jardin typiquement anglais d’une maison maorie. La scène centrale du Haka, introduite par une représentation moquée des occidentaux, et aussitôt contrebalancée par la fureur de la réponse de la jeune femme contre ses hôtes, est l’un des plus incroyables moments de cinéma vus ces dernières années. Mārama bascule alors vers une sorte de film de vengeance hargneux anticolonialiste et féministe. Jouant la carte de la suggestion jusqu’alors, le réalisateur va complètement ouvrir les vannes de la violence graphique et du gore dans son ultime chapitre. L’association du gothique et de la tradition maorie se retrouve jusqu’à la bande-son, cosignée Karl Sölve Steven et Rob Thorne. Enfin, on ne peut que souligner la prestation bluffante d’Ariāna Osborne dans un rôle principal particulièrement ardu à porter.

Situé quelque part entre The Witch de Robert Eggers et Les Innocents de Jack Clayton, malgré quelques fragilités, en partie dues au statut de premier long-métrage de son réalisateur (rythme lancinant impliquant quelques longueurs, scénario assez classique et sans grande surprise au demeurant), Mārama demeure une oeuvre marquante par la puissance de son discours contre le patriarcat et l’anticolonialisme, sa charge à l’encontre de l’appropriation culturelle. Un geste cinématographique imparfait mais qui infuse favorablement et durablement dans l’esprit.

Note : 4 sur 5.

MĀRAMA. De Taratoa Stappard (Nouvelle Zélande/Royaume-Uni – 2025).

Genre : Horreur gothique. Scénario : Taratoa Stappard. Photographie : Gil Loane. Interprétation : Ariāna Osborne, Toby Stephens, Umi Myers, Erroll Shand, Turia Schmidt-Peke… Musique : Karl Sölve Steven et Rob Thorne. Durée : 85 minutes.
Distribué par Blaq Out Editions (11 septembre 2026).



Voilà un film qu’on aurait aimé découvrir en salles (pour sa sortie rapido en avril 2026 en France), puis en Blu-ray, mais que nous n’avons pu voir qu’au support DVD fournit par l’éditeur. C’est cependant bien suffisant pour se faire une idée précise de tout l’intérêt de l’oeuvre. L’image demeure très soignée et les grandes qualités graphiques du film sont intactes. Film tout en contrastes, entre la photographie (très) sombre et les couleurs vives (la robe écarlate de Mary) intenses, les extérieurs froids et les intérieurs entre chaleur et obscurité, l’image du DVD est très propre et suffisamment fine pour une expérience satisfaisante. Niveau son, le Dolby Digital 5.1 anglais est associé à une version plus simple en 2.0 Stéréo. La première piste est évidemment la plus intéressante car plus immersive. Mais la seconde s’avère tout aussi convaincante, bien que mois enveloppante et percutante.
L’éditeur ajoute en bonus un entretien très intéressant avec le réalisateur Taratoa Stappard (36′) qui explique avec beaucoup de sincérité toute sa démarche, l’origine de l’histoire qui vient de ses racines familiales, ses influences, les difficultés de tourner ce premier long et la grand confiance laissée à ses collaborateurs. C’est sincère et passionnant. Cerise sur le gâteau, Blaq Out propose le court-métrage à l’origine du film : Taumanu de Taratoa Stappard (23′), qui entretient de nombreux rapports avec Mārama, et constitue une sorte d’ébauche du long-métrage aujourd’hui visible.

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