C’est un grand OUI ! Voir Zach Cregger, le réalisateur très inspiré de Barbare en 2022 et Évanouis en 2025 se coller à l’adaptation sur grand écran de la saga vidéoludique Resident Evil n’était pas d’une évidence totale. Pourtant, le choix fut le bon, tant ce nouvel opus cinématographique de la franchise est une réussite sur tous les plans. En tant que film d’horreur, mais aussi transposition réfléchie, Resident Evil cuvée 2026 coche beaucoup de cases de satisfaction. Mettons de côté rapidement la série interminable de films opportunistes et mal fichus par Paul W. S. Anderson et Russell Mulcahy entre 2002 et 2016, constituant autant de trahisons catastrophiques de l’univers du jeu vidéo de Capcom, ainsi que le premier reboot, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City signé en 2021 par Johannes Roberts, plus méritant mais pas bon pour autant. Cette nouvelle mouture est la preuve qu’une adaptation réussie doit savoir s’écarter juste ce qu’il faut de son matériau d’origine tout en conservant la saveur et l’esprit. Soit l’antithèse des bouillies filmiques avec Milla Jovovich.

Premier choix fort et première réussite pour Cregger : l’approche du personnage principal. Bryan, un coursier médical, citoyen lambda venant d’apprendre qu’il allait devenir papa sans y être vraiment préparé. Le gars doit transporter un mystérieux colis de la plus haute importance à l’hôpital de Racoon City, alors qu’un étrange virus s’abat sur la population transformant les êtres humains en infectés complètement furibards et hargneux. On ne peut pas faire plus basique, mais les jeux originels n’étaient guère plus évolués en terme d’intrigue. Ici, laisser de côtés les personnages iconiques de la saga, en gros des militaires armés jusqu’aux dents, pour se pencher sur le cas d’un nouveau venu aussi insignifiant est un pari cent fois réussi. Incarné par Austin Abrams (déjà au casting d’Évanouis), le personnage de Bryan se veut globalement assez pleutre, maladroit as fuck, incapable de faire fonctionner une arme à feu, faisant souvent les mauvais choix. Bref, un facteur d’identification idéal. Et surtout, un générateur d’humour et de comédie imparable. Car ce Resident Evil a l’audace (l’affront ?) d’embrasser littéralement le genre de la comédie horrifique, loin de l’ambiance angoissante et anxiogène des jeux et la bastonnade décérébrée des précédentes adaptations. Les hésitations et réflexes de Bryan, au-delà d’apporter un semblant de véracité et de crédibilité à un univers qui en est tout de même fortement dépourvu, sont également le reflet de la progression et de l’attitude d’un joueur manette en main.

Une nuit en enfer

Et c’est bien là le deuxième atout majeur du film, et sa très grande réussite intellectuelle : il s’agit d’une adaptation ultra intelligente du média vidéoludique à l’écran. Zach Cregger, qui signe également le scénario au côté de Shay Hatten (jusqu’alors scénariste pourtant peu subtil pour Zack Snyder), a réfléchi sa transposition, jouant sur les mécaniques de gameplay et cherchant à en reconfigurer l’essence par le biais du cinéma, plus qu’il n’en décalque les effets à grand renfort de clins d’oeil et autres allusions bourrines. Certes on retrouve une machine à écrire (moyen de sauvegarde dans les jeux) par ci, une plante verte (pour régénérer son personnage) par là, des décors, la compagnie Umbrella, des fameux cadenas à exploser (avec beaucoup de difficulté), mais ces easter eggs sont plutôt amusants sans être encombrants. Là où Cregger fait fort, c’est dans sa compréhension de l’univers Resident Evil et sa faculté à en faire rejaillir la sensation éprouvée par le joueur. A titre d’exemple, la confrontation avec la première infectée, au-delà d’intervenir à l’issue de scènes mêlant déjà adroitement horreur et comédie (dans la voiture de police), est cadrée, photographiée, montée avec un art de l’attente et de la tension qui renvoient incontestablement à l’irruption du premier zombi de l’histoire du jeu conçu par Shinji Mikami, sans pour autant la décalquer bêtement. Ou encore cette scène où deux personnages attendent pendant de très longues minutes à l’abri dans une voiture qu’un troisième, parti explorer des recoins alors que le danger guette, contestant toute logique raisonnable. Ou tout simplement le moment de sidération lorsque Bryan effectue son premier tir en pleine tête d’un infecté. La progression de l’intrigue, en quasi temps réel, récit d’une nuit d’enfer qui dérape sérieusement, un peu à la After Hours, suit pareillement une voie similaire à la construction d’un jeu vidéo, avec son personnage devant transporter un colis, franchir des obstacles, progresser dans des milieux différents et hostiles, jusqu’à se retrouver dans la dernière partie dans un immeuble où chaque étage fait l’objet d’un niveau. Et Cregger s’avère diablement inspiré, emballant son film avec une maestria visuelle qui fait souvent cruellement défaut à ce genre de productions, proposant des scènes complètements folles (les infectés qui tombent du toit), tout en se permettant d’ajouter, en plus, une couche thématique à peine voilée sur les angoisses de la paternité et les responsabilités qui en découlent, entrelacée dans son récit de survie horrifique. Et d’achever son film sur une fin assez osée, exubérante, comme un feu d’artifice de monstruosité rendant hommage aux créatures de la saga, autant qu’au body horror.

Ce Resident Evil 2026, tout reboot qu’il soit, prouve qu’avec un peu de matière de grise, une bonne connaissance du jeu vidéo, pas mal de réflexion et une envie de bien faire, on peut créer une adaptation qui tienne la route avec autorité. Zach Cregger confirme son talent et son intégrité, y compris au sein d’un pur produit de commande. Si le film n’est pas un chef d’oeuvre cinématographique, c’est en revanche un excellent film d’horreur, drôle, particulièrement divertissant et spectaculaire, qui assume ses inspirations (The Thing de John Carpenter en premier lieu). Mais surtout, et c’est en cela qu’il mérite notre respect le plus total, c’est une date dans l’histoire des transpositions vidéoludiques à l’écran. Il trône clairement aux côtés du Silent Hill de Christophe Gans (autre survival horror empruntant en revanche une démarche totalement différente) au sein du panthéon des meilleures adaptations. Ce qui en fait donc, n’ayons pas peur des mots, un quasi chef d’oeuvre du genre. Et une voie à suivre pour les suivants…

Note : 4.5 sur 5.

RESIDENT EVIL. De Zach Cregger (USA/Allemagne – 2026).

Genre : comédie horrifique. Scénario : Zach Cregger et Shay Hatten, d’après le jeu vidéo de Capcom. Photographie : Dariusz Wolski. Interprétation : Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry, Kali Reis, Will Merrick… Musique : Hays Holladay et Ryan Holladay. Durée : 97 minutes.
Distribué par Metropolitan Filmexport (16 septembre 2026).

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