Comment présenter un monument comme David Lynch ? L’on peut citer bien des noms : Mulholland Drive, Lost Highway, Blue Velvet, Inland Empire, Elephant Man, Eraserhead, Twin Peaks, Dune, Une Histoire Vraie… Mais ce qui est surtout important est de rappeler que Lynch était un réalisateur qui emmenait dans des rêves cinématographiques et qu’on ne peut que regretter. Car, malheureusement, ce début d’année 2025 a été marqué par la disparition brutale de David Lynch. Un cinéaste qui, on l’espère, reviendra dans nos rêves. David Lynch est mort… Vive David Lynch ! L’hommage est court, oui, mais l’on ne pourra jamais rien faire d’assez important ou profond pour parler de lui. Alors, en toute modestie, nous proposons ici une critique de Sailor et Lula, sa Palme d’Or de 1990 qui, disons-le, n’est qu’un prétexte pour parler de Lynch. Pour ceux qui ne le sauraient pas, voici de quoi parle le métrage : la passion amoureuse que vivent Sailor et Lula n’est pas du goût de la mère de Lula, Marietta, qui veut faire assassiner Sailor et engage un homme de main. Sailor le tue et se retrouve en prison. Deux ans plus tard, à sa libération, Lula vient l’accueillir. Les amants prennent la fuite afin d’échapper au sombre dessein de Marietta…

Adieu David Lynch…
À la fois bourré de mille et une idées mais aussi manquant de mille et une autres, ce Sailor et Lula tangue entre certains aspects inaboutis bien que fonctionnels (l’idée des sorcières par exemple) et d’autres parfaitement exceptionnels et qui ne font que bonifier un tel récit. Dans le premier cas, se trouve la relation du titre qui fonctionne vraiment bien dans sa première partie, mais dont les tenants et aboutissants de sa dégradation laissent à désirer, restant pas mal en surface, là où il faudrait chercher à se diriger au plus loin. Les protagonistes sont attachants, passionnants à suivre même, cependant, il y a quelques tâches sur le tableau qui n’en reste pas moins un objet de fascination profond. Il y a parfois tout l’inverse, de l’approfondissement sur le passé des personnages, nous faisant comprendre admirablement leur façon de penser et leurs actes. Ce qui est sûr, c’est que Lynch ne bazarde ou n’omet rien, il fait des choix. Principalement dans ses visuels carrément mirifiques, ses plans ingénieux et sa mise en scène au cordeau ; des couleurs rouges lors d’une séquence à un concert de métal, jusqu’aux plans sur les yeux larmoyants de Lula ou les dents de Bobby. Les transitions d’une scène à une autre au travers d’objets, les cigarettes mises en premier plan par exemple, sont très bien faites là aussi. La bande-son, oscillant entre des instants métal follement entraînants et d’autres plus jazz, plus doux mais pas moins prenants, n’hésite pas à jouer des reprises d’Elvis Presley. Des choix musicaux excellents face auxquels on ne peut qu’applaudir. Et puis, ce casting excelle, dominé par les prestations de Nicolas Cage et Laura Dern, et le grain de folie qu’ils parviennent tout deux à inculquer, le phrasé du premier apportant une complète aura à l’ensemble. Les rôles secondaires sont eux aussi superbe, d’un Willem Dafoe – meilleur acteur de son époque, loin s’en faut – complètement déjanté à une Diane Ladd qui en fait tout autant dans la démesure, si ce n’est bien plus. En conclusion, un thriller romantique parfois vachement étrange et graphique où des quidams errent après des accidents de voiture (la scène en question est assez onirique), un Lynch superbe, bien qu’avec certains manquements.

SAILOR ET LULA (Wild at Heart). De David Lynch (USA – 1990).
Genre : Thriller, Romance.
Scénario : David Lynch, d’après l’œuvre de Barry Gifford.
Photographie : Frederick Elmes.
Interprétation : Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, J.E. Freeman, Crispin Glover, Diane Ladd…
Musique : Angelo Badalamenti.
Durée : 125 minutes.
Film découvert lors de la rétrospective David Lynch à UGC Les Halles, Paris. Disponible en VOD.

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