Les Universal Monsters ne sont pas vraiment à la fête depuis quelques années. Le « Dark Universe », monde partagé imaginé par les pontes du studio, s’est vautré dans les grandes largeurs en confondant facilité et qualité, avec des films comme Dracula Untold (2014), ou encore La Momie (2017) avec Tom Cruise, qui ont tué le projet dans l’oeuf. Pour autant, la reprise en main de ses grandes figures par Leigh Whannell, cocréateur et coscénariste des sagas Saw et Insidious, avec une relecture audacieuse bien qu’inégale de Invisible Man en 2020, avait relancé un semblant de quelque chose. Le réalisateur récidivait en 2025 avec une nouvelle version de Wolf Man, un peu moins marquante, bien que parsemée de bonnes idées. On peut même y ajouter l’excellente relecture de Nosferatu de Robert Eggers en 2024. Si le Dark Universe est mort, ses créatures sont immortelles, et réapparaissent à intervalles plus ou moins réguliers dans des films one shots plus à la mesure de leur grandeur. Et parmi elles, La Momie attendait patiemment son heure pour laver l’affront de l’hideuse version de 2017.
Cette fois, c’est au tour de Lee Cronin de s’emparer de la mythologie de la créature à bandelettes pour en livrer sa propre version. Le réalisateur irlandais, découvert avec The Hole in the Ground en 2019, avait été propulsé quatre ans plus tard dans le grand bain avec Evil Dead Rise, opus qui avait considérablement partagé les fans de la saga créée par Sam Raimi, alors que franchement, le film avait de sérieux atouts à faire valoir. Avec Le Réveil de la Momie, le voilà avec des pouvoirs plus étendus (bien qu’encadré par James Wan et Jason Blum), sur un script rédigé par ses soins. Et force est de constater que le réalisateur/scénariste vise juste sur pas mal de points…

Evil Dead et L’Exorciste au pays des bandelettes
Le récit suit un couple d’Américains installés au Caire en Egypte, qui voient leur jeune fille kidnappée. Elle réapparait mystérieusement huit ans plus tard. Mais les retrouvailles tournent vite au cauchemar. Alors que son comportement devient de plus en plus inquiétant, sa famille se lance dans une course contre la montre pour comprendre l’origine du mal…
Ouvrant son intrigue dans le cœur de la mythologie du célèbre personnage, Cronin s’en émancipe assez adroitement avec ce lien tissé entre l’Egypte et le Nouveau Mexique aux Etats-Unis. Deux lieux qui se répondent en permanence dans le récit, et viennent éclairer les recherches menées à la fois par le père de famille (Jack Reynor – Midsommar) et la détective Dalia Zaki (May Calamawy – Gladiator 2). Car ce Réveil de la Momie fonctionne également très bien par son volet « film d’enquête », élément finalement constitutif du mystère lié à la créature.

Mais évidemment, la figure centrale du film reste le personnage de la petite fille Katie (Natalie Grace), qui vampirisée par le démon égyptien, autant que des influences directement issues du film de possession (L’Exorciste en premier lieu), mais aussi aux démons de Evil Dead, ce qui tend à montrer que Cronin était un choix pertinent pour participer à la saga de Sam Raimi. On retrouve donc des éléments connus, et on ne sera finalement pas surpris de l’évolution du personnage qui contamine progressivement toute la cellule familiale dans laquelle elle atterrit. On n’échappe pas non plus à quelques grosses ficelles et des situations attendues, avec même un petit ventre mou (le film aurait gagné à condenser sa durée) et une gestion de la temporalité un peu hasardeuse (des ellipses assez inexplicables). Pour autant, il faut louer la propension de Cronin à emballer son récit avec une belle maestria, car tout issu qu’il est du folklore horrifique de la Universal et de l’héritage de dizaines d’années de films de monstres, Le Réveil de la Momie sait afficher une personnalité propre et solide. Dans son choix d’avoir recours à des maquillages prosthétiques tout d’abord, bien que le numérique soit évidemment aussi présent (et d’ailleurs moins convaincant). Mais aussi par la mise en scène de Cronin, qui sait ménager son ambiance, ayant recours à la double focale chère à Brian De Palma, qui associe deux points de vue nets dans un même plan (même s’il a tendance à en abuser un peu).

Jubilation et excitation
Sans être à proprement parler terrifiant, le film n’en demeure pas moins baigné d’une atmosphère malsaine et putride, qui trouve son apothéose dans des scènes aux débordements gores assumés avec une sacrée vigueur. A ce titre, la séquence de l’enterrement est déjà un moment de bravoure destiné à rester dans les mémoires. On se serait cependant nettement passé d’un épilogue en forme de vengeance un peu déplacé alors que la film avait ce qu’il fallait pour s’achever sur une note humaniste et optimiste. Néanmoins, à la vue du film proposé, on retiendra la générosité extrême et surtout la fine connaissance et la déférence évidente de Lee Cronin pour son personnage et son sujet. Sans prétendre devenir un classique du genre, et malgré ses évidents défauts, voilà une série B de standing qui provoque jubilation et excitation au spectateur et prouve le haut potentiel des Universal créatures. Quand on a la foi…

LE RÉVEIL DE LA MOMIE (Lee Cronin’s The Mummy). De Lee Cronin (USA – 2026).
Genre : Horreur. Scénario : Lee Cronin, d’après La Momie écrit par John L. Balderston. Photographie : Dave Garbett. Interprétation : Jack Reynor, Laia Costa, Verónica Falcón, Natalie Grace, May Calamawy, Shylo Molina, Billie Roy… Musique : Stephen McKeon. Durée : 133 minutes.
Distribué par New Line Cinema/Warner Bros. (15 avril 2026).

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