L’horreur littéraire vit un regain d’intérêt assez net ces dernières années. Les histoires horrifiques se fraient de plus en plus facilement un chemin vers les éditeurs français, quels qu’ils soient, comme à la belle époque des années 90. Et c’est une bonne nouvelle. Ainsi, les éditions Maison Pop ont créé leur propre collection dédiée exclusivement au genre, judicieusement nommée « Obscur », en collaboration avec la plateforme de streaming Shadowz, spécialiste du cinéma horrifique (mais pas que…). Leur première publication, Strandling de James Brogden, réunit tous les ingrédients d’une excellente entrée en matière. Une violente tempête ravage les terres et réveille des forces mystérieuses, dans le village de Salwick, quelque part en mer du Nord. Les villageois retrouvent leurs brebis égorgées et c’est bientôt au tour des humains d’être victimes d’une entité protéiforme et malveillante. Un affrontement sans pitié entre créatures surnaturelles et pouvoirs venus du fond des âges va peu à peu ravager la communauté aussi démunie que désunie de Salwick…

Entre récit horrifique pur et folk horror, Strandling manie les références et autres influences avec pas mal de doigté, tout en affichant une personnalité gaillarde. James Brogden, dont c’est ici le premier ouvrage publié en France, propose un récit prenant qui se lit d’une traite, en collant au plus près de son personnage principal, la jeune Megan, 19 ans, contrainte de végéter dans son village natal et de s’occuper de son père alcoolique, avant que des mythes anciens ne s’invitent dans un quotidien. Si, en soi, les amateurs du genre ne seront guère surpris par la succession des péripéties qui composent la ligne narrative de Strandling, une grande part du charme de ce livre réside dans sa localisation et l’ambiance qui s’en dégage. Le village de Salwick est balayé par l’écume de la mer du Nord et ses maisons à raz de marée menacent d’être immergées. Voilà déjà une idée sacrément évocatrice et stimulante. L’auteur dépeint ses protagonistes en leur octroyant suffisamment de caractérisation et de personnalité pour les rendre à minima intéressants, voire attachants. A commencer par son héroïne, forte tête, mais aussi sa comparse Lou, qui offre un contrepoint intéressant. L’autre belle trouvaille de Strandling, c’est la chienne Kelpy, véritable ange gardien de Megan, dont on ignore tout des origines puisqu’elle l’a recueilli sur la plage, dans les algues, sept ans avant que l’histoire ne débute. Mais dont on se doute qu’elle a un rôle central à jouer dans cette histoire…

Entre King et Lovecraft

L’auteur découpe son récit en courts chapitres et une poignée de lieux emblématiques : le pub, le camping, le domicile de l’héroïne… qui forment une sorte de quadrillage d’endroits où l’on revient régulièrement et dans lequel le lecteur se plaît à s’abandonner. C’est typique et bourré de cachet. Et une poignée de personnages rapidement caractérisés, qui renvoient à tout un pan de la littérature horrifique, au premier rang de laquelle, l’univers de Stephen King et ses communautés repliées sur elles-mêmes. Faisant s’entrechoquer une malédiction autour d’un personnage maléfique ancestral et des rites de sorcellerie, tout en ne ménageant pas les déviances et la part d’ombre des hommes et femmes qui composent cette communauté, un motif là encore totalement kingien, Strandling tient ses promesses. Surtout, alors qu’il s’enfonce de plus en plus dans la noirceur alors que l’intrigue progresse inlassablement, il n’est pas avare en moments sanguinolents, à grand renfort de descriptions bien gorasses.

Dans un style direct et efficace, James Brogden nous rappelle par instants au bon souvenir de Lovecraft. Sans révolutionner quoi que ce soit, Maison Pop et Shadowz, par ce partenariat diabolique, lancent idéalement leur nouvelle collection, avec un ouvrage, qui plus est, assez beau à regarder, derrière une magnifique couverture à l’illustration signée Camille Gautron, qui met directement dans l’ambiance. A voir si la prochaine parution de l’éditeur, Victorian Psycho de Virginia Feito (déjà adapté au cinéma par Zachary Wigon avec Maika Monroe et présenté au festival de Cannes 2026) va transformer l’essai avec sa promesse de récit gothique, qui doit sortir le 10 juin prochain…

Note : 4 sur 5.

STRANDLING. De James Brogden (Royaume Uni – 2026).

Genre : Fantastique/Horreur. 384 pages.
Edité par Maison Pop (25 février 2026).

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