Le grand Larry Cohen a marqué de son empreinte le cinéma de genre des années 70 à 90. Avec des séries B marquantes comme Le Monstre est vivant (1974), Meurtres sous contrôle (1976), Épouvante sur New York (1982), Special Effects (1984) ou encore L’Ambulance (1990), Cohen a tout au long de sa carrière livré un cinéma modeste financièrement, très urbain, généreux et impliqué dans les genres qu’il abordait, notamment l’horreur et le fantastique, tout en y associant un discours engagé, critique, bien souvent contestataire et éclairé sur nombre de sujets de société. C’est la marque « Larry Cohen », par ailleurs créateur de la fameuse série Les Envahisseurs.

Mais comme tous les cinéastes, il a eu ses hauts et ses bas. Mais ses films les plus mineurs renferment tous un petit quelque chose qui les rend sympathiques et pertinents. C’est tout à fait le cas de The Stuff, qui sort sur les écrans en 1985. Le film invente un dessert crémeux à la mode, à tel point qu’on ne voit plus que cela à la télévision et que les pots envahissent les rayons des supermarchés et remplissent les frigos des foyers américains. Forcément agacée, la concurrence charge David Rutherford, un ex-flic aux méthodes douteuses, de découvrir le secret de ce produit miracle. Au même moment, Jason, un jeune garçon, constate avec horreur que l’étrange substance est vivante. Chacun de leur côté, ils sont les seuls à comprendre que le dessert, d’origine inconnue, s’empare des corps et des esprits, transformant ceux qui y goûtent en véritables zombies…

Des sensations pures

On ne pourra pas reprocher à Larry Cohen d’avoir eu le nez creux avec cette histoire de blob crémeux vampirisant les consommateurs, à l’heure d’une malbouffe évidente qui n’a cessé de s’amplifier depuis. Quarante ans après la sortie du film, The Stuff demeure toujours aussi actuel dans son propos. Et Cohen n’y va pas avec le dos de la cuillère pour dénoncer cette addiction et surtout cette illusion et lobotomie collective qu’elle entraîne. Une sorte d’opium du peuple qui sert au réalisateur et scénariste pour pointer vigoureusement du doigt un consumérisme galopant lié à un capitalisme glouton, en dessinant une satire à destination de la malbouffe et des publicités invasives. The Stuff dévoile des spots vantant les mérites du produit, tout comme il en expose les coulisses, tel un système gangréné à la racine, à la mécanique bien huilée. Et tout cela au profit toujours des plus riches car tout est une question de gros sous. On ne saura jamais précisément quelle est l’origine de cette substance livrée telle quelle jusqu’au consommateur, sans se poser la question de sa toxicité (problématique là aussi très actuelle), mais la critique virulente de Larry Cohen est au vitriol. Tout comme ses personnages, même les plus caricaturaux ou de fonction, sont présentés avec ce léger décalage qui en font des individus typiques du cinéma de Cohen. Que ce soit le héros, un ex-flic lui-même avide de s’enrichir et qui n’hésite pas à employer les méthodes les plus extrêmes (Michael Moriarty, déjà vu dans Épouvante sur New York), la scientifique en plein repentir, le soldat bourrin et raciste (Paul Sorvino en roue libre), la galerie de protagonistes n’a rien de lisse. Et puis il y a les effets du dessert. Cette crème qui envahit les corps, les grignote de l’intérieur avant de les faire fondre ou d’en faire des enveloppes vides. La référence à L’Invasion des profanateurs de sépultures est évidente.

Cependant, on reste un peu sur sa faim face aux scènes horrifiques trop peu nombreuses. Avec un budget serré comme de tradition, Cohen espace ses effets chocs, et la narration s’en ressent. C’est d’autant plus dommage que les effets spéciaux présentant les corps sous l’emprise du « Stuff » sont spectaculaires et remarquablement exécutés. Tout est très artisanal, avec une bonne dose de débrouille réunissant maquettes, transparences, juxtapositions d’images et autres trucages mécaniques pour faire croire à la propagation de la substance maléfique. Tout cela est aujourd’hui un peu trop visible et prête volontiers à sourire. De même, le jeu des comédiens reste extrêmement fragile : le jeune héros et ses parents sont à côté de la plaque, même le charismatique Paul Sorvino n’est pas le plus subtil dans son rôle de militaire énervé. Enfin, en dehors d’une forme très basique, le film se traîne un peu en longueur, et peine au final à transcender son concept de base, alors que les péripéties deviennent de plus en plus abracadabrantes, même si, au fond, tout cela n’est pas très sérieux et relève d’un certain sens du second degré. De quoi plomber ce « petit » Larry Cohen, définitivement mineur dans sa filmographie, qui demeure néanmoins pertinent dans son discours et sa volonté d’embrasser le genre avec une bonne part de poil à gratter.

Note : 2.5 sur 5.

THE STUFF. De Larry Cohen (USA – 1985).

Genre : Comédie horrifique et satirique. Scénario : Larry Cohen. Photographie : Paul Glickman. Interprétation : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino, Danny Aiello, Patrick O’Neal, James Dixon… Musique : Anthony Guefen. Durée : 88 minutes.
Distribué par Rimini Editions (7 août 2026).

L’édition Blu-ray de Rimini


The Stuff n’est pas le plus célébré des films de Larry Cohen. Déjà disponible en DVD (en paquage avec Mad Movies à l’époque), il trouve là sa première édition HD en France, chez Rimini au sein de sa collection Angoisse dans un combo Blu-ray + DVD accompagnée d’un livret de 24 pages signé par Marc Toullec : « Du Blob au dessert ». En terme de suppléments, l’éditeur propose une présentation du film par Mylène Da Silva, de la chaîne Welcome to Primetime Bitch (13′). En parallèle, on trouve un copieux documentaire d’époque, « Le Stuff, vous n’en aurez jamais assez ! », d’une durée de 52 minutes. Un morceau de choix qui donne la parole au réalisateur Larry Cohen, au producteur Paul Kurta, à l’auteur et critique Kim Newman, à la comédienne Andrea Marcovicci et au responsable des effets spéciaux mécaniques Steve Neill.
Niveau technique, c’est du très propre. Le blu-ray assure une image d’une très grande qualité, avec un master propre, détaillé, dénué de défauts, hormis quelques plans plus granuleux et marqués par le temps. Côté son, deux pistes répondent à l’appel : anglaise et française en DTS-HD Master Audio 1.0 Mono et c’est globalement du tout bon.

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