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[Critique] LA DAME EN NOIR de James Watkins

De retour en 2010 avec Laisse moi entrer, remake du chef d’oeuvre Morse, après des années de purgatoire, le légendaire studio anglais Hammer Films n’a pas vraiment confirmé l’essai depuis. C’est avec un certain plaisir pourtant que l’on goûte à cette Dame en noir, film de fantôme qui, au-delà des ses qualités indéniables, renvoit par sa thématique et son aspect gothique assumé aux nombreux succès passés de la firme. Un retour aux sources en somme… Réalisé par le Britannique James Watkins, qui avait déjà marqué les esprits dans un genre totalement différent avec le survival Eden Lake, cette nouvelle adaptation du roman de Susan Hill renvoit à toute une tradition d’oeuvres aux aspirations gothiques, dont la Hammer s’était fait la spécialiste dans les années 60-70, avec notamment sa série des Dracula et autre Frankenstein, interprétés par Christopher Lee et Peter Cushing. Bon, ici, point de vampire, de gousses d’ail ni docteurs fous, mais une intrigue fortement ancrée dans un certain classicisme cinématographique anglais. Le film ne surprendra pas par son intrigue, et c’est là l’un des premiers points communs avec ses vénérables (et vénérés) ancêtres de la Hammer films. Un pitch réduit à sa plus simple expression, qui répond intelligemment aux codes classiques vus des milliers de fois. Un étranger débarquant pour raisons professionnelles dans un petit village, des autochtones pas commodes, une vieille demeure abandonnée et une malédiction locale. Voilà pour les grandes lignes. Le véritable travail de James Watkins et de son directeur photo Tim Maurice-Jones, est de retrouver cette ambiance si particulière développée au sein des oeuvres précédemment citées, mais aussi du Wicker Man de Robin Hardy (1973).

Hammer’s Touch

Watkins se sort admirablement de ces contraintes, que l’on devine clairement issues du cahier des charges du film. Après une séquence pré-générique glaçante, l’exposition est un modèle du genre, présentant un Daniel Radcliffe post-Harry Potter, dont le manque d’expressivité peut paraître rédhibitoire ou bénéfique au rôle, selon l’humeur du spectateur. Les codes stricts du film de fantôme ne semblent pas étrangers au réalisateur, qui joue à fond la carte du premier degré. A cet égard, les scènes d’effroi fonctionnent particulièrement bien. Les apparitions de la Femme en noir tétanisent, car elles sont à chaque fois savamment orchestrées, loin, très loin, des gimmicks destinés à faire sursauter le spectateur (le parfait contre-exemple du Français Derrière les murs). Les règles de la peur sont là, et Watkins s’amuse à jouer avec l’attente du spectateur, les irruptions feutrées dans le plan, la profondeur de champs, le hors-champ et la bande-son. Des règles élémentaires, ancestrales, que le réalisateur d’Eden Lake manipule avec brio.

C’est poussiéreux… mais c’est bon !

Rayon points négatifs,  le rythme du film, faisant alterner séquences à suspense et développement de l’intrigue, toussote par moment, alors qu’un inévitable côté « déjà-vu » pourra agacer les cinéphiles amoureux du genre, tout comme un final qui peine à s’extraire d’une imagerie kitch. Mais le film bénéficie d’une telle sincérité, en ces temps de surenchère visuelle et de déluges de found-footage (caméra subjective) jusqu’à l’écoeurement, que l’on se doit d’accueillir La Dame en Noir à la hauteur de son engagement cinéphilique. Constater que l’on peut encore produire des films classiques de cette trempe est finalement une sacrée bonne nouvelle. C’est poussiéreux, certes, mais ça tombe bien, c’est exactement ce que l’on a envie de voir sur un écran de cinéma.

LA DAME EN NOIR de James Watkins (Royaume Uni – 2012)

Intéressant

Avec Daniel Radcliffe, Ciaràn Hinds, Janet McTeer, Sophie Stuckey…

Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

5 réponses »

      • Ni aux anciennes qui vouent un culte aux Hammer films d’antan en oubliant que tous n’étaient pas des chefs d’oeuvre et que la firme a produit bon nombre de super nanars…
        En ce qui me concerne, je trouve que la nouvelle collection est plutôt, globalement de très bonne tenue…
        J’adore cette Dame en noir, le rimec de Morse est loin d’être mauvais, La locataire est une très honnête série B, pas inintéressante d’un strict point de vue scénaristique, notamment…
        Et Wake wood est franchement très fréquentable.
        Je n’ai pas vu Beyond the rave mais pour le reste, je trouve que cette renaissance n’est pas estimée à sa juste valeur…
        Long live Hammer !!!

        J'aime

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