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[Critique] LA MAISON DES OMBRES de Nick Murphy

La Maison des Ombres (The Awakening en VO) est la première réalisation de Nick Murphy, scénariste et dialoguiste sur The Last Son d’Agnès Merlet. Le Britannique s’emploie sur ce premier film à exploiter son savoir-faire narratif pour revisiter la tradition du film de fantômes. Située dans les années 20, l’intrigue de La Maison des Ombres se donne d’emblée les moyens de harponner l’intérêt du spectateur, avec son pitch attrayant, qui suit les pas d’une chasseuse de fantômes interprétée par Rebecca Hall. Une chasseuse de fantômes… ou plus exactement d’imposteurs qui tentent de faire croire en leurs pseudo-dons pour communiquer avec l’au-delà, et alimentant des croyances très prises à l’époque. Dans la première séquence, le réalisateur met à mal les méthodes de ces charlatans. Au cours d’une (fausse) séance de spiritisme tétanisante, il prend soin de mettre en place tous les ingrédients requis en la matière, s’appuyant sur ces éléments pour créer un climat angoissant en l’espace de quelques minutes… Avant que le personnage de Florence Cathcart ne fasse voler en éclat la supercherie, mettant un coup d’arrêt à l’atmosphère pesante qui naissait en ce début de film. Une première séquence très réussie, qui met en avant le caractère cartésien de la jeune femme. Celle-ci, aidée de tous ses appareils et ustensiles, affiche un scepticisme inébranlable envers le monde des esprits.

Son arrivée dans le pensionnat et une série de situations toutes plus intrigantes les unes que les autres vont mettre à mal les convictions de la jeune femme, suivant un schéma finalement des plus classiques. Le cinéaste convoque en effet ici un soupçon de Saint-Ange (Pascal Laugier), une pincée de L’échine du Diable (Guillermo Del Toro), le tout agrémenté d’une touche des Autres (Alejandro Amenabar), pour les références les plus évidentes aux yeux du spectateur. Film de couloir, La Maison des ombres trouve cependant sa propre personnalité en épousant un rythme assez lent, et surtout en esquissant les contours de personnages forts. Florence Cathcart est frappée d’un traumatisme enfoui dans son inconscient, et qui va se réveiller peu à peu au contact du pensionnat et de ses occupants. Mallory, brillamment interprété par Dominic West, est quant à lui un rescapé de la première guerre mondiale. Il représente la dure réalité du conflit, les séquelles psychologiques liées aux images de ses compagnons morts sous le feu adverse, et qui s’auto-mutile pour se persuader de payer un tribu. Un ancrage puissant dans la réalité de l’époque. Enfin, les enfants apparaissent comme autant de fausses pistes aux yeux de l’enquêtrice, dont les croyances vont voler en éclat, quand son propre passé resurgit dans toute l’atrocité de sa triste réalité.

Réalité et fantasmagorie

La collision entre réalité et fantasmagorie est au centre du scripte de Nick Murphy, ou comment les traumatismes du passé, bien réels, resurgissent au travers d’éléments purement fantastiques. Car rassurons les amateurs, le film est jalonné de séquences d’angoisse, d’apparitions de fantômes, assez réussies pour la plupart (l’utilisation de la maquette du pensionnat), bien que très classiques. Mais le film va chercher plus loin que ces scènes d’effroi faciles, il puise dans l’émotion brute, notamment dans une séquence finale touchante à bien des égards, et qui plonge cette Maison des ombres dans le drame familiale évoquant la douleur ressentie dans l’épilogue des Autres d’Amenabar. Une référence qui, sans en atteindre la perfection, place le film de Nick Murphy en digne descendant du chef d’oeuvre de l’auteur de Tesis. Et comme indiqué  fort justement par ailleurs (Alexandre Bustillo in Mad Movies n°254), le personnage de Florence Cathcart semble tout droit sorti des cases d’une bande dessinée de Tardi, comme un bel hommage (involontaire ?) au personnage d’Adèle Blanc-Sec… N’en déplaise à Luc Besson…


LA MAISON DES OMBRES de Nick Murphy (Grande Bretagne – 2011)

Intéressant

Avec Rebecca Hall, Dominic West, Imelda Staunton, John Shrapnel…


Angleterre, 1921. Trois ans se sont écoulés depuis la fin de la Première Guerre mondiale. L’écrivain et scientifique Florence Cathcart est la meilleure chasseuse de fantômes du pays. Elle est invitée par Mallory, un mutilé de la Grande Guerre, à venir à la campagne dans le pensionnat où ce dernier est enseignant pour enquêter sur une mort mystérieuse attribuée à l’esprit maléfique d’un enfant. À l’aide d’une caméra, de pièges à fil et d’enregistreurs, Florence en vient rapidement à la conclusion qu’il existe une explication logique derrière cette tragédie…

(4 commentaires)

  1. UN TRES grand film et une Rebecca Hall à tomber par terre de beauté, de talent…
    Dans le CV de Nick Murphy, tu as oublié de citer Occupation qui était une mini-série magnifique !!!
    Une des plus belles choses vues depuis un an…
    A mon avis, très supérieur aux Autres que j’ai toujours trouvé un poil surestimé (même si le film est très beau…)

    J'aime

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