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[Critique] DETENTION de Joseph Kahn

Attention OVNI ! Bande filmique totalement décomplexée (c’est le moins qu’on puisse dire), Détention est le deuxième film de l’américain Joseph Kahn, qui s’était jusque là porté coupable de l’épouvantable Torque, la route s’enflamme (2004), un Fast and Furious à deux roues, gorgé de tics clippesques, frappé du bocal et crétin au dernier degré. C’est dire à quel point personne n’attendait quoi que ce soit du deuxième film de ce réalisateur certes généreux, mais pas plus talentueux et intéressant qu’un vulgaire… Rob Cohen, tiens au hasard ! Et pourtant… Ce deuxième film de Kahn provoque l’effet d’un électrochoc sur l’épiderme du cinéphage amateurs de bandes de genre décomplexées. Un ouragan, un tourbillon, c’est en quelque sorte l’effet que produit Détention sur le spectateur. Un miracle ? Pas tant que ça. On sentait clairement dans Torque poindre un certain talent visuel, logiquement hérité du passif de l’énergumène dans le clip et la publicité. La bonne nouvelle, c’est que Kahn a su canaliser ses ardeurs, et surtout les mettre au service de son histoire, afin de proposer un film dont le fond et la forme épousent un même élan, se rejoignant pour accoucher d’une oeuvre certes délirante, mais cohérente dans sa conception.

Fantasme de spectateur geek

Détention prend place dans le cadre du slasher, ou plus exactement du « méta-slasher », oeuvre consciente de sa condition d’observatrice d’un certain style de cinéma, à l’image d’un Scream. Mais contrairement à la saga de Wes Craven, Détention dépasse le carcan du simple commentaire du genre dans lequel il s’illustre, pour réaliser une greffe d’éléments inattendus au sein d’un même projet : film de campus, slasher, récit de science-fiction, avec une générosité qui met littéralement… sur le cul ! Car Détention donne beaucoup de plaisir. Tous les ingrédients d’un bon slasher sont là : un tueur mystérieux, une bonne poignée d’ados constituant autant de proies que de suspects potentiels, des séquences gores, un bal de fin d’année, et surtout un ton irrévérencieux et des personnages border-line comme rarement vus dans ce style de productions. Visuellement, le film accroche le spectateur dès son introduction (séquence regard caméra avec un personnage s’adressant directement au spectateur), pour ne plus le lâcher jusqu’à son terme. Bourré d’audaces visuelles, de mouvements de caméras dingues, d’incrustations et autres effets de montages, à un point tel que l’on pourra frôler l’indigestion, Détention est un pur fantasme de spectateur geek. Certes, les clins d’oeil abondent, ciblant principalement le connaisseur cinéphile. De son côté, le profane du cinéma de genre pourrait passer à côté de nombreux plaisirs immédiats… Sauf que Joseph Kahn n’abandonne jamais ce-dernier, tant le rythme élevé du film ne laisse personne sur le bas-côté.

Le festival de Kahn

Des audaces, Détention en propose également dans son histoire. Il faut être quand même sacrément burné pour associer au sein d’un même film les caractéristiques du Whodunit, et les paradoxes temporels associés aux récits de voyage dans le temps. Le tout saupoudré d’un second degré, d’un humour potache (l’engin temporel est caché dans l’ours, mascotte du lycée !) et de dialogues ciselés, déclamés à la mitraillette et qui participent au rythme sans temps mort du film (il faut être bien concentré pour saisir toutes les allusions et punchlines du film). Mais là où Kahn fait très fort, c’est qu’il traite chaque aspect de son intrigue avec tout l’intérêt nécessaire à la crédibilité de l’ensemble. Découpé en chapitres explorant chacun un personnage, les différents segments de Détention prouvent que le réalisateur sait de quoi il parle, et n’hésite jamais à associer référence pointilleuse et décalage humoristique, semi-parodique. A ce titre, tout le passage sur le personnage de Billy Nolan, magnifique brute au déchirant secret (le Seth Brundle de La Mouche n’est pas loin…), concentre toute la note d’intention de Joseph Kahn. Et on est bien loin de « l’humour » opportuniste et cynique de la série des Scary Movie. C’est bien simple : il y a plus de cinéma et d’amour du genre dans cinq minutes de Détention, que dans l’interminable série initiée par les frangins Wayans. Sous ses aires de délire foutraque prépubère et en marge du fracas de ce maelström d’images et de sons, Détention est surtout l’oeuvre ultra-maîtrisée d’un connaisseur du cinéma de genre, portée par des comédiens au physique passe-partout (un choix pertinent du cinéaste) ultra concernés et crédibles. Un film précieux à ranger à côté de Scott Pilgrim Vs The World d’Edgar Wright. Une oeuvre qui donne la pêche et qui fait du bien… Un véritable festival… de Kahn (!!!!)

DETENTION de Joseph Kahn (USA – 2011)

Intéressant

Avec Josh Hutcherson, Dane Cook, Spencer Locke, Aaron Perilo, Carrie Wiita, Parker Bagley, Will Wallace…

Adolescente paumée, Riley tente de survivre à la pression quotidienne d’un lycée complètement azimuté et frappé par un tueur tout droit échappé d’un authentique slasher. Mais l’établissement recèle aussi d’autres secrets…

(2 commentaires)

  1. MDR Le Festival de Khan, il a osé lol
    Sinon, j’ai tout compris à ton papier bien que ça parle d’un film dont globalement on ne comprends rien… Je salue la gageure d’en parler aussi clairement et sans même rien en spoiler d’important (bravo pour ta délicatesse à propos de l’ours « mascotte lol)
    Et, comme tu le sais, je partage TOTALEMENT ton avis, c’est übber généreux et totalement jubilatoire… Et nom d’un chien, c’est du cinéma en prime !!!

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    1. hé hé hé ! Il fallait la faire, obligé 😉
      et tu n’as pas tort quand tu dis qu’on n’y comprend rien dans ce film, c’est un aspect que je n’ai pas relevé, mais effectivement, c’est à peu près incompréhensible… mais on s’en fout, tant c’est maîtrisé et généreux. J’ai prix une belle claque !
      Je ne sais pas ce que nous réserve Kahn pour la suite, mais sur ce film, il a clairement réussi son coup le gredin !!!!!!!!!!!!

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