[Critique] DRACULA 3D de Dario Argento

DRACULA de Dario Argento

DRACULA de Dario Argento

Cette nouvelle adaptation de Dracula par Dario Argento a déjà beaucoup fait parler d’elle. Présenté au dernier festival de Cannes, le film encaisse depuis un dédain critique dans la lignée des dernières œuvres de l’auteur de Suspiria. On aura tout entendu de négatif sur le sujet, souvent à juste titre, tant ce nouvel essai de réhabilitation du maître de l’horreur transalpine affiche des défauts assez ahurissants (évacuons d’emblée le manque d’ampleur de la mise en scène, les effets numériques catastrophiques, l’interprétation très limite, le rythme pépère de l’ensemble…). Pour autant, Dracula n’est pas le pire des derniers opus d’Argento, Mother of tears et Giallo étant nettement plus problématiques et embarrassants. Avec beaucoup d’indulgence, on peut même y trouver quelques qualités. Si, si… Alors on met la sulfateuse à la gâchette facile de côté, et on s’efforce de positiver…

DRACULA de Dario Argento

Entre présomption et modestie

Premier aspect notable, Argento ne revisite plus sa gloire du passé, et c’est une bonne chose. Pas de trace ici de tueur aux mains gantées, ni de ritournelles obsédantes, pas plus de fantastique lié à la mythologie des trois Mères. Le cinéaste s’attache à revoir l’un des récits gothiques les plus célèbres et les plus transposés au cinéma. Argento fait amende honorable du passé et s’applique à donner sa vision du mythe de Dracula en en respectant tout de même les principaux codes (pas tous, certes, mais quand même…) Mine de rien, ce choix que l’on peut considérer à la fois comme présomptueux mais également humble, c’est selon, peut témoigner d’un possible désir du réalisateur de ne plus se mettre en avant, de mettre de côté l’auto-citation plombante de ses dernières œuvres, afin de se ranger au service de l’histoire qu’il adapte. Un constat automatiquement contrebalancé par la présence du nom du cinéaste accolé au titre du film, mais un choix que l’on attribuera plus volontiers au département marketing du projet. Car sur un plan strictement artistique, on est en droit de relever l’orientation nettement plus modeste de l’entreprise. Un projet qui évoque davantage la précédente adaptation du Fantôme de l’Opéra d’Argento que tout autre oeuvre de sa filmographie.

DRACULA de Dario Argento

Dario remue encore…

Cette nouvelle version de Dracula s’inscrit également dans une volonté manifeste de rendre hommage au classicisme gothique des productions Hammer. Après l’adaptation magnifique mais très libre de Francis Ford Coppolla en 1992, après les dérivés nawakesques produits par Wes Craven (Dracula 2000 and co) et l’approche lénifiante des Twilight, ce retour aux sources de ce qui a forgé dans l’inconscient collectif la mythologie du vampire et de son plus célèbre représentant sur grand écran, fait tout de même sacrément plaisir. Et c’est là que ce nouveau Dracula trouve probablement ses plus grandes qualités. Bien que limité par un budget que l’on devine riquiqui, l’aspect visuel du film est globalement réussi. Quelques fautes de goûts et une direction artistique parfois hasardeuse viennent de temps en temps gâcher la fête, c’est certain, mais l’imagerie déployée par Argento a du cachet et renvoie à tout un pan du cinéma gothique. Le sens du cadre du maestro est également toujours présent. Il suffit de voir les scènes nocturnes dans les bois, ou encore les séquences à la gare qui sont visuellement très inspirées. Dario n’est pas complètement mort ! Il remue encore le bougre !

DRACULA de Dario Argento

Entreprise vaine ???

Après, reste cette question lancinante : pourquoi une nouvelle adaptation de Dracula. Des brouettes de films sur le célèbre comte ont déjà été tournées, et le principal défaut de ce nouvel opus, au-delà de la signature de son auteur déchu et de la montagne de quolibets qu’elle provoque, vient bien de la vacuité de l’entreprise. Vouloir rendre hommage aux classiques de la Hammer est, certes, une ambition plus que louable. Mais cet énième Dracula n’apporte rien de pertinent au mythe, si ce n’est une conversion en 3D anecdotique et certaines orientations que l’on passera volontairement sous silence (la mante religieuse…)  Mais soyons fous, heureux et optimistes, et songeons au fait que ce projet participe d’une démarche volontaire d’Argento de revenir dans la lumière. De mieux prouver à ses détracteurs qu’il en a encore sous la pédale. Et puis, si Asia Argento trouve là l’une des pires prestations de sa carrière, la charmante et poumonnée Miriam Giovanelli est une raison à elle seule de découvrir ce nouveau film de ce grand cochon de Dario… Si, si…


DRACULA 3D
Dario Argento (Italie/Espagne/France – 2012)

2-5Genre Horreur – Interprétation Rutger hauer, Asia Argento, Thomas Kretschmann, Marta Gastini, Miriam Giovanelli… – Musique Claudio Simonetti – Durée 110 minutes.

L’histoire : Transylvanie, 1893. Jonathan Harker, arrive dans le village de Passo Borgo afin de travailler pour le Comte Dracula. Confronté à la personnalité mystérieuse de son hôte, Jonathan ne tarde pas à découvrir la vraie nature du Comte et le danger qu’il représente, notamment pour sa femme, Mina. Alors que les morts violentes s’accumulent, seul Abraham Van Helsing, qui a déjà croisé la route de Dracula, semble à même de pouvoir l’empêcher de poursuivre son sinistre dessein.

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Trackbacks

  1. […] En parallèle de ses immenses qualités graphiques, Opera souffre également des faiblesses du cinéma d’Argento, à l’image d’une direction d’acteur faiblarde, pour une interprétation générale peu convaincante, en dehors de l’éternelle Daria Nicolodi et de la jeune Cristina Marsillach, qui livre une prestation convaincante, malgré les tensions apparues sur le tournage avec le réalisateur. Mais l’intérêt du cinéaste (et du film) se situe ailleurs. Il est intéressant de noter qu’Argento l’a réalisé après avoir été évincé de la mise en scène d’un véritable opéra, le Rigoletto de Verdi. Et de fait, l’opéra ne sert pas uniquement de toile de fond à l’intrigue mais fait partie intégrante du projet de mise en scène du cinéaste, qui filme avec beaucoup d’attention, de soin, les scènes de chants, qu’il se plaît à faire durer. Souffrant d’une réputation calamiteuse et injustifiée, mais considéré par Argento lui-même comme l’un de ses films les plus aboutis, Opera est à la fois la quintessence du cinéma d’Argento, et le pivot d’une carrière qui dévissera inéluctablement par la suite (avec des sursauts qualitatifs comme Le Syndrome de Stendhal ou Dracula 3D). […]

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