-Dossiers -News/Previews -Publications Richard Matheson

[Dossier] Le monde idéal selon RICHARD MATHESON… (1/2)

Simon Blanchemain replonge dans l'oeuvre du grand Richard Matheson, explorant ses obsessions, mais surtout ses apports au petit comme au grand écran. En un mot comme en cent, il décortique l'influence d'un très grand... (Première partie)

Bien que la disparition du grand RICHARD MATHESON il y a quelques semaines ait été une bien triste nouvelle, elle a éveillé chez notre ami et collaborateur Simon Blanchemain une flamme de nostalgie. Titillé par sa fibre d’amateur invétéré de fantastique, tant littéraire que cinématographique ou télévisuel, Simon replonge dans l’oeuvre du grand Richard, explorant ses obsessions, mais surtout ses apports au petit comme au grand écran. En un mot comme en cent, il décortique l’influence d’un très grand… (Première partie)

Richard Matheson
Richard Matheson

Après avoir combattu lors de la seconde guerre mondiale, connu une expérience de journaliste, avoir écrit 14 romans, 9 recueils de nouvelles, 25 nouvelles et 29 scénarios, tout en ayant bouleversé la culture populaire américaine et le cinéma de genre en particulier, Richard Matheson s’est éteint le 23 juin dernier à l’age honorable de 87 ans, se délestant au passage de ses doutes et des maux qui ont eu raison de lui durant toute sa carrière d’écrivain.

Pour écrire ses romans, scénarios et autres nouvelles, il s’est imprégné de la mort, souvent pour mieux décrire «sa» société moribonde, controversée par l’absurdité de l’Homme, au fil des décennies de sa vie. Vie, durant laquelle il n’a cessé de chercher le monde idéal…

« Mon bien aimé père est décédé hier à la maison, entouré des gens et des choses qu’il aimait…il était drôle, intelligent, chaleureux, généreux, créatif, et le meilleur père qui ait existé… tu me manque, et je t’aime à tout jamais ‘Pa, et je sais que tu es maintenant heureux et en bonne santé, dans un monde magnifique, emplit d’amour et de joie, un endroit que tu as toujours su existait… » »

ALI MATHESON.

Si la Guerre, ou plutôt l’Après-guerre (1950 étant l’année de sortie de sa première nouvelle – Le journal d’un monstre) était probablement l’un des éléments déclencheurs de son oeuvre, Richard Matheson a exploré toute une palette de thèmes récurrents liés aux expériences de la vie quotidienne, autant de faits vécus, d’individus rencontrés, de souvenirs et sentiments qu’il a choisi de transposer dans un univers surnaturel mais où le fantastique ou l’horreur ne sera jamais considéré comme banal. L’auteur de JE SUIS UNE LEGENDE mélangera ainsi subtilement le vrai et le vraisemblable, à différents degrés de lecture et d’humour :

« « Merci quand même, Dr Van Helsing… » pensa Neville en refermant Dracula*. (…)Les vampires, c’était le passé, un sujet de fables pour magazines populaires et films d’épouvante. »

Matheson évoque probablement lui-même son passage douloureux sous les armes et l’intègre dans le chaos du règne vampire :

« Il ne mettait jamais la veste de ses pyjamas : c’était une habitude qu’il avait prise à Panama, pendant la guerre. En se levant, il regarda sa large poitrine dans le miroir. Et la croix tatouée qui l’ornait. (…) : peut-être lui devait-il la vie ? »

On pourrait s’étendre sur l’évidence d’une carrière prolifique et sensitive, il était un touche à tout, œuvrant donc simultanément pour ses lecteurs, le cinéma et la télévision dans les registres du suspense, du fantastique et de la science-fiction. Les débuts de Matheson, auréolé du succès de sa première nouvelle, Le journal d’un monstre, étaient déjà placés sous le signe d’une carrière littéraire et cinématographique, comme si ces deux arts ne faisaient qu’un. Edgar Allan Poe et Friedrich Murnau faisaient notamment partie des références ayant inspiré le travail de l’écrivain, et lui ont permis de collaborer avec Roger Corman pour le cycle sur Poe, lui offrant au passage une légitimité pour accomplir son oeuvre. Mais il n’imaginait peut-être pas avoir une telle influence sur les générations futures. Sa thématique générale, qui vise à réfléchir sur la société et l’humanité, et ses textures employées, donnant une tonalité angoissante et dérangeante à ses histoires, auront eu raison des plus grands spécialistes du genre.

Richard Matheson dans le petit écran

STAR TREK - THE ENEMY WITHIN (1966)
STAR TREK – THE ENEMY WITHIN (1966)

Afin de donner une autre dimension à son travail et le faire évoluer, Matheson s’emploiera à écrire pour différents médiums et participera à de nombreux projets télévisuels qui poseront des questions scientifiques essentielles (dans un futur plus et moins proche, ex : la téléportation) comme pour cet épisode de STAR TREK, «The Enemy Within» où Le capitaine Kirk se frotte à son propre soi négatif qu’il cherche à éliminer… Cette pensée l’affaiblira jusqu’à ce qu’il se rende compte de l’utilité de sa part sombre.

Matheson sera aussi un scénariste très actif sur La Quatrième Dimension, autre série SF, dont le créateur avait voulu s’attacher les services des plus grands écrivains de science-fiction de l’époque. Il contribuera donc à valoriser un genre en pleine bourre en développant ses idées folles, paranoïaques, étranges, un maelström organisé et qui avait déjà influencé la culture américaine, mais pas seulement….

Dans son monde fantasmagorique, seul le personnage principal semble subir les effets du surnaturel. Il est également le seul à avoir pour mission de trouver les solutions, un fardeau en somme. Neville (Je suis une légende), Scott Carey (L’homme qui rétrécit), Chris (Au delà de nos rêves), pour ne citer qu’eux, sont donc les victimes choisies ou collatérales (c’est selon, …) d’une civilisation sur le déclin, absurde ou dangereuse. Il leur faut donc un ennemi capable de les faire douter, les effrayer, les faire progresser dans leur quête. Qui de mieux que leur double maléfique ou la représentation de leur humanité opposée pour y arriver ?

Le travail de Jack Arnold sur L’Homme qui rétrécit est une vraie réussite. Disons que la série B lui sied bien et qu’il a une certaine expérience de ce genre de tournage, il aimait les monstres et leur donner de l’importance, les rendre supérieurs à l’homme afin de mettre ceux-ci à l’épreuve face à l’adversité, au changement. Et Scott Carey fera les frais d’une dame nature cruelle, qu’il avait pourtant piétiné avant de subir cet état de déliquescence…

L'HOMME QUI RÉTRÉCIT de Jack Arnold (1957)
L’HOMME QUI RÉTRÉCIT de Jack Arnold (1957)

Des adaptations en demi-teinte

Après une décente aux enfer, s’ensuit en règle générale la mort, mais après la mort…? Et bien après, il y a Vincent Ward et son Au-delà de nos rêves. Et c’est 40 ans après qu’il peindra (comme un peintre…) le paradis et l’enfer, tel que le voit Chris, à qui on a enlevé la vie et, quelques années plus tôt, ses enfants, dans les circonstances dramatiques que sont les accidents de la route. Seul… Oui, Chris l’est certainement maintenant qu’il est dans les champs paisibles du paradis, d’autant que sa femme a décidé d’en finir pour sauter directement dans les flammes de l’enfer, mais qu’il se rassure, le spectateur l’est également et ne sait toujours pas reconnaître, après la projection, le bien du mal. Mais qu’à cela ne tienne, le film a obtenu l’oscar des meilleurs effets spéciaux visuels…

THE LAST MAN ON EARTH de Sidney Salkcow (1964)
THE LAST MAN ON EARTH de Sidney Salkcow (1964)

En ces circonstances, c’est à se demander si Matheson ne perdait pas de son aura lorsqu’il s’associait aux réalisateurs de la nouvelle génération. Et ce ne sont pas les trois adaptations de Je suis une légende qui contrediront cette idée. Si la première d’entre elles, The last man on earth (1964), la plus fidèle, n’a pas comblé son auteur, elle a le mérite d’être créative et ce, malgré une production américano-italienne un peu cheap. Créative, dans la mesure où le réalisateur, Sidney Salkow, a su trouver la bonne atmosphère, une ambiance «réaliste» et un Robert Neville charismatique en engageant Vincent Price qui a toujours su faire parler le potentiel de ses personnages (même si Richard Matheson avait contesté ce choix).

Les deux autres adaptations ont subi des traitements différents, leurs réalisateurs respectifs, Boris Sagal et Francis Lawrence se sont octroyés quelques libertés scénaristiques et de mise en scène en mettant de côté tout le charme de l’écrin de l’écrivain. Concernant le choix des interprètes, il a fallu dénicher l’acteur le plus populaire du moment. Bingo pour Sagal, son film réalisé en pleine période de guerre du Vietnam fait l’apologie des armes. Charlton Heston est donc l’incarnation idéale pour porter un Robert Neville révolté et limite « badass ». Il sort du tournage de La Planète de singes et fêtera les 100 ans de la NRA (qu’il présidera entre 1998 et 2003) dans la peau d’un médecin-militaire seul contre tous. Seulement, le film s’enlise dans ses démonstrations musclées où Neville n’hésite pas à sortir son pistolet-mitrailleur pour neutraliser les contaminés, à défaut de pouvoir développer le vaccin en grande quantité.

RICHARD MATHESON

Le héros de The Omega Man (1971) finira par y arriver juste avant de mourir… un javelot planté entre les omoplates, son flingue s’étant enraillé… Pas de bol. De plus, Ce Robert Neville ci ne semble pas être assailli par la solitude (se sentir seul et non ¨être¨seul). La faute sans doute à un jeu d’acteur trop prévisible, starisé par des plans surprenants (lorsque Neville utilise sa mitrailleuse pour la première fois, le passage est monté à une vitesse surréaliste) lors d’une séquence d’introduction « westernisée » et une musique rappelant le générique de la série Mike Hammer… Pour autant, Boris Sagal conserve la structure émotionnelle du roman (la représentation de la femme, l’angoisse, la terreur, les doutes, …) et l’utilisation des décors est intéressante, il pousse d’ailleurs au maximum l’allégorie de la protection en édifiant le siège de Neville au sommet d’un immeuble, pour mieux laisser à distance ses démons, des morts-vivants rock stars grunges en l’occurrence (en référence à Woodstock). S’il réussi à démontrer une certaine excentricité et sincérité, le duo Sagal/Heston n’arrive pas à porter une oeuvre peut-être trop intime et rend une copie plutôt impersonnelle.

Bref, passé cet épisode, le récit de Richard Matheson suscite toujours l’intérêt 36 ans après et prouve que son influence ne fléchit pas. Mais l’adaptation homonyme de Francis Lawrence prouve quant à elle l’inéluctable constat que l’on peut tout adapter, mais pas n’importe comment. Will Smith, star de son époque, habitué du petit et du grand écran, aura beau utiliser tout son potentiel de jeu d’acteur atypique : ce qui ne fonctionne pas dans les deux premiers exemples n’est pas plus efficace ici. Il semble néanmoins donner une touche de modestie à son personnage, mais Lawrence distille trop peu d’éléments narratifs d’un livre extrêmement bien détaillé. Mais la solution se trouve sans doute autre part, dans le paysage cinématographique…

(A suivre…)

JE SUIS UNE LÉGENDE de Francis Lawrence (2007)
JE SUIS UNE LÉGENDE de Francis Lawrence (2007)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s