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[Interview] Christelle Gras, Yohan Labrousse et Laurent Duroche pour la série RESET

RESET est un ambitieux projet français de série télé qui se propose de mixer le post-apocalyptique et le récit d'infectés. Entretien avec ses concepteurs Christelle Gras, Yohan Labrousse et Laurent Duroche...

RESET - LA SERIE

Depuis quelques semaines, un projet sur la toile fait tressaillir les amateurs de science-fiction et de fantastique. Son titre ? Reset. Son format ? Une série télévisée. Sa nationalité ? Française. C’est peut-être justement sur ce dernier point que l’attente des aficionados d’univers post-apocalyptique s’est particulièrement arrêtée. On le sait, développer des récits ouvertement estampillés « de genre » dans notre beau pays équivaut bien souvent à un parcours jalonné d’obstacles, associé, ne nous le cachons pas, à une inspiration et à un talent qui font malheureusement souvent défauts. 

RESET - LA SERIEAlors préparer un tel projet dans le cadre ultra étriqué et connoté de la fiction télévisée française, relève de la gageure la plus totale. Car à l’inverse de nos amis anglo-saxons, la frilosité ambiante hexagonale n’est pas propice à l’épanouissement d’un scénario ambitieux mettant aux prises une poignée de rescapés à des hordes d’infectés dans un futur plus ou moins proche. Développé par les scénaristes Christelle Gras et Yohan Labrousse, auxquels est venu s’ajouter le journaliste et réalisateur Laurent Duroche (Mad Movies, NWR), Reset est un récit de fin du monde, au sein duquel une poignée de personnages, confrontés à l’horreur et au désespoir, vont se révéler progressivement face à des hordes d’infectés cannibales. Car c’est du chaos que resurgissent caractère et personnalité. Un pitch rappelant des figures marquantes du genre, The Walking dead, 28 jours plus tard, The road en tête, mais duquel le trio Gras-Labrousse-Duroche va tenter de s’émanciper. C’est en tout cas la note d’intention. On ne peut que soutenir ce genre d’initiative, lancée sur une plateforme de financement coopératif (Ulule), afin de boucler le budget du pilote. Un projet d’autant plus prometteur, qu’une horde de personnalités ayant œuvré dans le ciné de genre a rejoint l’équipe : David Scherer (L’étrange couleur des larmes de ton corps) aux SFX, Alex Cortés (Martyrs) à la musique ou encore Lilian Matigot (NWR) au son.

L’histoire : France, de nos jours. La panique s’empare du pays au lendemain d’une épidémie sans précédent, suite à la fuite d’une souche virale. Dans l’urgence, le gouvernement distribue à l’ensemble de la population, dans la plus grande confusion, un supposé traitement. Mais celui-ci, loin de guérir ou de prévenir d’une infection létale, va radicalement modifier les effets du virus. Dès lors, on assiste à une mutation foudroyante des êtres humains contaminés, qui se transforment en créatures enragées et cannibales.
La pandémie se déploie en quelques heures sur l’ensemble du territoire et bientôt du continent. Alors que toute autorité s’écroule et que le pays bascule dans le chaos, un TGV est sur le chemin d’une grande ville. A son bord, 5 passagers d’horizons divers, n’ayant pas pris le traitement, sont encore loin de se douter qu’ils vont passer le restant de leur nouvelle vie ensemble…

Afin de mieux cerner les objectifs et les motivations des initiateurs de Reset, nous avons soumis à la question Christelle Gras, Yohan Labrousse et Laurent Duroche… Bon appétit !

De gauche à droite : Laurent Duroche, Christelle Gras et Yohan Labrousse
De gauche à droite : Laurent Duroche, Christelle Gras et Yohan Labrousse

– Comment est née l’idée du projet Reset ?

Christelle : Il y a deux ans, un pote à Yohan et moi voulait faire une web série avec des zombies. N’ayant pas la fureur de l’écriture, il nous a demandé de se pencher sur le scénario. On trouvait ça attrayant au début. Puis on a rapidement eu envie de faire quelque chose de plus viscéral. On n’en finissait plus d’écrire et de construire l’histoire. Ça ne pouvait plus tenir sur le Web. On est passé au format TV.

Yohan : Le projet est passé par énormément d’étapes depuis qu’on a commencé à travailler dessus. Comme disait Christelle, au départ, c’était une série de Zombie de base, puis The Walking Dead est sorti. Avant que Brad Pitt porte un coup fatal au genre zombie, nous avons décidé de garder les personnages et l’univers, mais de prendre une autre voie. C’est à ce moment là que les choses ont commencé à devenir intéressantes, parce qu’on était plus dans l’hommage à un genre qu’on aimait bien, mais la création d’une histoire originale.

– On sent actuellement un frémissement dans l’ambition de développer des projets ouvertement « de genre » (au hasard Les Revenants) dans le cadre ultra étriqué de la fiction télévisuelle française. Réaliser une série télévisée qui marie récit d’infectés et univers post-apocalyptique, est-ce un pari tenable aujourd’hui ?

C : C’est au contraire très excitant de faire parti d’un mouvement émergeant en France, avec ce souhait d’apporter un autre univers dans ce paysage « séristique ». Le public français est très friand du genre SF. Et si il délaisse l’écran cathodique, c’est qu’il ne s’y reconnait plus. Tout ça manque cruellement d’authenticité, de questionnements, de franchise, de drôleries, de fantaisie, contrairement aux anglosaxons. Les gens s’ennuient et se sentent éloignés de ce qui se fait. Et puis le contexte SF n’est qu’un prétexte pour parler de la société dans laquelle nous vivons et de l’être humain. Il est temps de faire des séries au regard universel avec notre identité française, qui je suis sûre, aura un vrai écho à l’étranger.

Y : Même si aujourd’hui, le paysage de la fiction peut sembler moribond, les chaines seront obligées de s’y mettre un jour où l’autre. Le marché évolue, les nouveaux modes de diffusion sont maintenant une réalité incontournable, il n’est plus possible de rassembler à la télévision. La peur de segmenter le public a toujours été l’excuse des diffuseurs pour ne pas investir dans le genre, parce qu’il est segmentant par définition. Donc pour toucher tous les publics qui se sont détournés de leur vieux poste vers le streaming, légal ou non, les chaines vont devoir s’adapter. On a vu avec Canal+ et leurs Revenants, et dans une moindre mesure sur France 4 avec Hero Corp, ce genre d’initiative peut trouver son public, voire même se vendre très bien à l’international. A côté de ça au cinéma, les gros cartons sont souvent dans la SF ou le fantastique, ce phénomène va devoir inévitablement se reporter à la télévision. C’est déjà le cas aux USA.

Laurent : Il y a depuis toujours en France des forces vives qui veulent aborder le genre de façon plus frontale, se débarrasser des carcans typiquement français qui réfutent l’imaginaire, la fantaisie… C’est terrible de penser que nous vivons dans un pays qui n’aime pas son propre imaginaire. Mais les choses bougent petit à petit, grâce à des chaînes comme Canal+ avec Les Revenants, France 4 qui a ressuscité Hero Corp ou Orange avec Lazy Company. Reset est un projet assez logique, finalement, un prolongement de ce frémissement.

RESET - LA SERIE

– Comment s’est effectué le choix du casting ? Je pense notamment à Thomas VDB, complètement à contre-emploi à première vue… De même pour l’équipe technique, composée de personnalités ayant œuvré de près ou de loin dans le ciné de genre…

C: On a organisé un casting en septembre 2013 pour les 5 rôles principaux. Nous avons vu une centaine de comédiens, tous plus motivés que jamais. Et il y a eu cinq évidences. Puis j’avais rencontré Thomas VDB sur le tournage du clip des Dead pop club, réalisé par David Basso (le réal de notre teaser) dans lequel je jouais une geekette amoureuse de lui. On est restés en contact. Et on cherchait un comédien avec David pour le teaser pour jouer un personnage secondaire fort, susceptible de présenter nos cinq personnages et d’assurer la voix off. Thomas s’est imposé, comme on le connaissait tous les deux. J’adore sa voix et c’est un comédien complet, à plusieurs facettes. Il a fait le boulot comme un chef. Je n’avais aucun doute sur la profondeur et la gravité qu’il pouvait apposer à son jeu. Mais pour ça, il fallait le connaitre un peu. Pour David Scherer, ce n’était pas compliqué. C’est une référence en France. Un passionné du film de genre et de cinéma indépendant. Quant à Alex Cortés, j’ai marché sur le pied de son frère dans un bar, on a discuté et je me suis retrouvée à une soirée chez lui à parler avec Alex du projet. Magique !

Y: C’était peut être inconscient ou naïf de notre part, mais dès le début on voulait que le projet ait de la gueule. Même lorsque ce n’était qu’une web série, on ne voulait pas faire ça à l’arrache, prendre un Canon 5D, cinq copains et tourner ça avec un élastique et trois crottes de nez. Donc très vite on a passé des annonces pour recruter une équipe et des comédiens, sans vraiment attendre un niveau de compétence énorme et en précisant bien que pour le moment le projet était bénévole. On a fait le casting dans lequel on a pu voir des comédiens formidables. Puis on a reçu des candidatures pour les chefs de postes très compétents. On a clairement halluciné, on s’y attendait pas. Dès lors, on s’est dit qu’on était peut être pas partit dans la mauvaise direction.

L: Quant à Dédo, ce n’était pas un choix d’avoir « un autre comique ». C’est un ami dont j’admire le talent de comédien : son spectacle est excellent. Il était aussi très bon dans Bref. Et c’est un énorme fan de cinéma de genre. Il le comprend intimement et je savais qu’il prendrait le personnage avec beaucoup de sérieux, et peut-être comme un défi aussi. De plus, physiquement, il s’accorde parfaitement avec David Doukhan, l’acteur qui jouera son frère dans la série.

– On songe à différentes références littéraires, cinématographiques, télévisuelles à la lecture du synopsis (The Walking Dead, The Road…). Comment allez-vous gérer le lourd poids et l’influence de ces œuvres passées ?

C: On ne rejette pas ces influences. Tout du moins celle de La route, parce que TWD nous a ennuyé. Elles font partie de nous, comme Romero ou Boyle. Mais l’histoire s’éloigne de ces films ou séries, tout comme le ton et le traitement bien plus lumineux. Nous ne partageons que le contexte, et encore dans les grandes lignes.

L: C’est forcément délicat d’évoluer dans un domaine aussi codifié que le post-apo avec infectés. On voit d’ailleurs dans la façon dont Reset est parfois accueilli que la première pensée des gens est « un Walking Dead à la française ». Mais c’est finalement réducteur je trouve. Le cinéma japonais n’aurait jamais fleuri sur ses films de sabres si les gens s’étaient dit : « oh la la, encore un film avec des samouraïs qui se battent ». Le post-apo est un genre, et un genre n’est pas une oeuvre. C’est l’oeuvre qui véhicule une identité, pas le genre.

Y: En ce qui concerne les références que tu donnes, je ne me sens pas particulièrement visé. J’aime bien sûr le genre, mais je ne suis pas particulièrement passionné par ce cinéma, en tout cas pas plus que le reste. J’attendais beaucoup de The Walking Dead, mais au final la série m’ennuie profondément. Je suis beaucoup plus inspiré par des scénaristes tels Steven Moffat, Charlie Brooker, Armando Iannucci en Angleterre ou des gens comme Aaron Sorkin ou Dan Harmon aux USA. Des choses très éloignées du genre. Donc en ce qui me concerne, je me décharge des oeuvres passées, en écrivant une série aux univers très éloignés de mes influences.

RESET - LA SERIE

– Pouvez-vous nous en dire plus sur les connexions avec internet que vous prévoyez de mettre en place dans le cadre de la progression de la série ?

Y: Tant que la série n’a pas de diffuseur, ce sont des choses qui restent assez floues parce que c’est probablement avec eux que nous allons décidé de ce côté transmedia. En tous cas, on a pleins d’idées, mais la plus aboutie à ce moment est donc la web-série parallèle à la série TV. Chaque épisode de 5-10 minutes se concentrera sur le passé des personnages, avant que tout bascule. Plutôt que de charger la narration de la série avec des flashbacks ou des dialogues trop appuyés sur leur passé, on a décidé de raconter ça autrement. Le public ne sera pas obligé de regarder la web-série pour tout comprendre non plus.

– Vous développez l’aspect financier du projet par le biais d’une plateforme de soutien participative. Pourquoi ce choix ?

C: Parce qu’on est fauchés et inconnus ! Plus sérieusement, on a envoyé notre dossier de 103 pages (qui n’est pas passé inaperçu pour le coup) à des boites de production qui nous semblaient coller à l’esprit de Reset. On a eu des retours encourageants mais je pense que l’histoire manquait de peaufinnage et un pilote avait l’air d’être le bienvenu, afin d’éviter justement les comparaisons avec TWD. Et puis c’est une façon aussi de voir si les gens sont intrigués et ont envie de voir Reset à la TV. Pour l’instant, on en a bien l’impression.

RESET - LA SERIE

– Où en êtes-vous actuellement dans l’avancement de la série (pré-production, tournage…) ?

C: Niveau pré-prod, on est dans le recrutement du reste de l’équipe technique. Et puis on monte une boite de production avec Yohan, ce qui est déjà notre logique de travail depuis le début, vu qu’on s’est occupé d’absolument tout. Notre dossier de prod allégé va être envoyé au CNC et à d’autres boites. Côté artistique, on continue d’affiner le scénario du pilote tous les trois et c’est de plus en plus excitant ! On a commencé le découpage du pilote avec Laurent, qu’on veut soigné. Mais, on ne pourra commencer vraiment la pré-prod avant d’avoir terminé la campagne. Ça nous prend beaucoup de temps et après ça, on y verra plus clair. Donc tournage prévu d’ici fin 2014.

– A considérer que la première saison voit le jour (et on le souhaite fortement !), avez-vous déjà des idées pour la suite ?

C: Oui ! On a toute l’intrigue de la saison 1 et déjà une vision du contenu de la saison 2, qui se passera dans un tout autre environnement, où les règles auront encore changé. On va monter crescendo…

Y: Je suis incapable d’écrire sans avoir une petite idée d’où va l’histoire, surtout dans un univers avec une mythologie aussi importante. Et puis ça fait deux ans qu’on travaille dessus, on a eu le temps d’explorer toutes les pistes possibles pour la suite. Donc, oui, on a pleins d’idées, à plus ou moins long terme.

Propos recueillis par Nicolas Mouchel

Pour davantage d’informations sur Reset – La série : http://www.reset-laserie.com/

Pour participer au financement : http://fr.ulule.com/resetlaserie/

Le teaser de la série :

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