[Be Kind Rewind] LE CONVOI DE LA PEUR de William Friedkin (1977)

Le convoi de la peur

LE CONVOI DE LA PEURFilm maudit, Le Convoi de la peur (Sorcerer en VO) réalisé en 1977 par William Friedkin a gagné au fil des années ses galons d’oeuvre culte. Longtemps invisible jusqu’à ce que le réalisateur américain s’attaque à une restauration en bonne et due forme, sortie en Blu-ray l’année dernière, le film a titillé durant de longues années l’imaginaire des cinéphiles de tous poils.
Le Convoi de la peur, c’est en premier lieu le remake du Salaire de la peur, réalisé par Henri-Georges Clouzot en 1953 et adapté du roman de Georges Arnaud. Cette version américaine retrace le parcours de quatre hommes qui ont fui leur pays d’origine (un truand américain, un homme d’affaire véreux français, un terroriste arabe et un tueur hispanique) et ont trouvé refuge dans un pays d’Amérique du Sud. Sur place, et contre une grosse somme d’argent, ils acceptent de convoyer deux cargaisons de nitroglycérine à travers la jungle jusqu’à un gisement de pétrole…

Rédemption impossible

Au sortir d’un double succès critique et public avec French Connection (1971) puis L’Exorciste (1973), William Friedkin propose sa version du Salaire de la peur de Clouzot sorti près de 25 ans plus tôt. Il s’approprie le récit en y ajoutant, avec l’aide de l’auteur du roman Georges Arnaud et du scénariste Walon Green (La Horde sauvage), des scènes d’exposition s’attardant sur les événements ayant conduit chaque personnage à l’exil. La notion de culpabilité qui infuse l’ensemble des films de Friedkin est bien présente. Pour autant, le réalisateur de Cruising ne propose jamais de portraits détaillés, loin de là. Rapidement esquissés et caractérisés, ses personnages sont des pantins tentant vainement de croire qu’ils peuvent maîtriser un destin qui leur échappe. Ils sont déjà condamnés. Des hommes jamais montrés comme des héros, glissant peu à peu vers la folie et une sauvagerie qui renvoient à des réflexes bestiaux et primaires. Un glissement justifié par l’instinct de conservation, comme on peut le retrouver chez John McTiernan (Predator, Le 13e Guerrier). Le film est d’ailleurs très peu pourvu en dialogues dès lors que l’on bascule dans la jungle, les survivants en sursis s’expriment essentiellement par onomatopées, éructation et autres cris… les rapprochant un peu plus de la bestialité dans leur lutte face aux éléments.
Le Convoi de la peur est un film d’aventure sans concession, à la tension palpable, à l’atmosphère moite, aux scènes de bravoure terrassantes. Mais c’est aussi et surtout un film sur la rédemption. La rédemption impossible de quatre personnages ayant du sang sur les mains. Leur fuite dans l’enfer vert qui sert de cadre au film va prendre l’allure d’un long parcours rédempteur dont toute échappatoire s’avère très rapidement totalement illusoire.

Le convoi de la peur

Souillures et au-delà…

Face à une nature qui souille les organismes (sécrétions corporelles et saletés maculent les corps et contaminent les esprits), étouffante, moite, hostile : branchages agressifs, pont de corde fragilisé, tempête déchaînée… les deux convois tentent de se frayer un chemin au sein d’une adversité sauvage volontairement exagérée. Aux limites du réalisme. Le fantastique et le mysticisme ne sont pas loin. Les énormes mastodontes mécaniques qui transportent les explosifs sont eux-mêmes pourvus d’éléments les rapprochant de monstrueuses créatures possédées. Les dernières séquences du film illustrent d’ailleurs un passage vers un au-delà que n’aurait pas renié Lucio Fulci…
Niveau casting, on est dans le royal. Roy Scheider promène son physique atypique et semble comme possédé au fur et à mesure que le récit progresse. Bruno Cremer impose un impressionnant charisme au convoyeur français, Amidou et Fransisco Rabal complètent une distribution en or massif.
Le Convoi de la peur continue plus de 35 ans après sa réalisation à fasciner tant il mixe avec un équilibre parfait aventure explosive et introspection hallucinée. Plus qu’un remake, de la nitro en barres !


LE CONVOI DE LA PEUR
William Friedkin (USA – 1977)

Note : 4.5Genre Aventure – Interprétation Roy Scheider, Bruno Cremer, Fransisco Rabal, Amidou… – Musique Tangerine Dream – Durée 121 minutes. Distribué par Warner Bros.

L’histoire : Quatre hommes de nationalités différentes, chacun recherché par la police de son pays, s’associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine…

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Comments

  1. Un incroyable chef d’oeuvre !!

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  2. Immense film ! Et cette incroyable musique électronique de Tangerine Dream composée presqu’à l’aveugle en suivant juste les rares indications transmises par Friedkin.

    Aimé par 1 personne

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  1. […] oublier les folles ressorties sur grand écran du sauvage Sorcerer de William Friedkin et de l’esthétisant A Touch of Zen de King Hu. Deux (re-)découvertes majeures. Des petites […]

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  2. […] brut, les émotions simples et les années 70/80/90. A contrario donc, mon premier visionnage de Sorcerer de William Friedkin me fait dire que certains vieux pots ont eu en leur temps de bonnes graines et du très bon […]

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  3. […] également, une soirée courts-métrages, et surtout la projection de trois œuvres marquantes, SORCERER de William Friedkin (1977), DARK STAR de John Carpenter (1974) et MADE IN FRANCE de Nicolas Boukhrief (2015), dont la […]

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