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[Critique] L’ETRANGE CAS DEBORAH LOGAN d’Adam Robitel

Retour sur un found-footage d'apparence classique, mais qui contient en son cœur les germes d'une terreur sourde... L'ETRANGE CAS DEBORAH LOGAN d'Adam Robitel ne révolutionne rien, mais parvient à générer une angoisse insidieuse...

L'étrange cas Deborah Logan
Les sociétés de production continuent d’abreuver le spectateur, à intervalles réguliers, de films d’horreur en mode found-footage, pour la plupart à la qualité extrêmement médiocres, et misant sur le faible engagement économique de la méthode et son apparente simplicité, à la limite de la flemmardise, qui voudrait qu’une immersion forcée serait génératrice de peur. Dans le lot des multiples films à sortir tous les mois, dont la plupart mériteraient de rester sur les étagères des producteurs, certains sortent leur épingle du jeu, sans, il faut bien le reconnaître, jamais proposer un résultat qui tutoierait les sommets du genre.

L’étrange cas Deborah Logan est de cette lignée de petits films d’horreur en caméra subjective qui nourrit l’intérêt du spectateur sur le simple argument de l’efficacité. Ce qui est déjà pas mal… Ce premier film d’Adam Robitel suit une équipe d’étudiants en médecine désirant réaliser un documentaire sur une malade d’Alzheimer, la dénommée Deborah Logan, une femme d’âge mûr vivant avec sa fille qui veille sur elle au quotidien. L’argument est mince, c’est toujours le souci majeur de ces found-footage : crédibiliser le postulat d’une caméra omniprésente, qui servira d’œil au spectateur. Ici, pas de miracle, dès l’entame, le procédé est gros comme une maison, et il faudra faire un effort pour oublier la justification poussive de la vue subjective… L’étrange cas Deborah Logan se nourrit dans un premier temps d’éléments dramatiques forts : la découverte progressive de la maladie, ses conséquences sur le comportement de la vieille femme, mais également sur son entourage. Adam Robitel prend le temps d’exposer une pathologie dans un contexte réaliste, pour mieux ensuite glisser vers l’étrange, le surnaturel et enfin la peur. Se servir d’une malade comme protagoniste principal, par qui l’angoisse naît, peut paraître déplacé, mais on peut à contrario voir cette astuce scénaristique comme un ancrage fort dans le réel, nécessaire à l’immersion du spectateur.

Mamie fait de la résistance

L'étrange cas Deborah LoganPeu à peu, la dégénérescence de Deborah Logan conduit les jeunes protagonistes de l’histoire vers l’incertitude : par quel procédé la vieille femme parvient-elle à léviter ? Comment expliquer ses crises de somnambulisme et ces fenêtres qui s’ouvrent et se ferment toutes seules. L’emploi des caméras de surveillance, bien qu’utilisées avec parcimonie, renvoie inévitablement aux lieux communs de la saga Paranormal Activity. Le basculement vers une véritable angoisse apparaît lorsque la malade erre la nuit dans la maison, et se retrouve seule dans l’obscurité à scruter l’extérieur. On touche là des représentations simples et basiques de la peur qui fonctionnent grâce au contexte du film. La folie progressive qui habite le personnage principal interroge comme à l’accoutumée sur la possibilité d’un cas de possession, et ouvre un parallèle intéressant sur les réactions de tout un chacun face à la maladie. Pas de grande thèse développée ici néanmoins, puisque, comme indiqué plus haut, c’est l’efficacité et la peur qui sont avant tout recherchées, quitte à abuser des jump-scares, chers aux productions Jason Blum (Insidious, Sinister et autres Ouija. Ce-dernier a d’ailleurs réquisitionné Adam Robitel pour le quatrième opus d’Insidious…) Il faut reconnaître néanmoins au film un climat pesant, une sourde angoisse qui contamine peu à peu l’image, grâce en grande partie au jeu de Jill Larson, qui campe une Deborah Logan extrêmement inquiétante, tour à tour souriante et effrayante, dont la transformation physique suffit à générer l’effroi. Basculant dans le surnaturel dans sa dernière moitié, L’étrange cas Deborah Logan a ce mérite de ne pas chercher une justification pompeuse remettant en cause ce qui a précédé, puisqu’il assume son histoire de sorcellerie jusqu’à une scène visuellement effrayante dans d’anciennes mines en toute fin de métrage.

Sans autre ambition que celle de proposer un ride horrifique jalonné de scènes efficaces, et en dépit de ressorts scénaristiques usés jusqu’à la corde, L’étrange cas Deborah Logan (produit par Bryan « X-Men » Singer) fait le job et provoque un certain malaise par certaines images dérangeantes. Mais il ne parvient pourtant jamais à tutoyer la justesse du discours sur la vieillesse et la perte de contrôle mentale et physique qui traversait l’excellent The Visit de M. Night Shyamalan, sur un sujet assez similaire, et ô combien plus pertinent.

L’ETRANGE CAS DEBORAH LOGAN d’Adam Robitel

USA – 2014bon

Genre : Horreur – Interprétation : Jill Larson, Anne Ramsay, Micelle Ang… – Musique : Haim Mazar – Durée : 90 minutes – Disponible en DVD et Blu-Ray depuis le 24 juin 2016 chez  Metropolitan Filmexport.

L’histoire : Pour sa thèse consacrée à Alzheimer, Mia Medina filme Deborah Logan, atteinte de la maladie, ainsi que sa fille qui s’occupe d’elle. Très vite, d’étranges événements se produisent : Deborah se réveille la nuit et procède à d’étranges rites. Petit à petit, l’équipe en vient à se demander si Alzheimer est vraiment responsable de ces événements ou si un esprit maléfique n’en serait pas la cause…

Chronique en partenariat avec Cinetrafic qui propose  tous les films d’horreur sortis cette année, ainsi qu’une liste des meilleurs films d’épouvante.

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