[Critique] HOSTILE de Mathieu Turi

Hostile est le premier long-métrage du jeune réalisateur français Mathieu Turi, après une flopée de participations en tant qu’assistant réalisateur sur des films maousses comme Inglorious Basterds (2009), G.I. Joe : Le Réveil du Cobra (2009) ou encore Lucy (2014). Technicien affirmé, le cinéaste est également l’auteur du scénario de ce film de genre aux influences multiples, qui plus est produit par Xavier Gens (Cold Skin). Car pour se lancer dans le bain du premier long, mieux vaut savoir où l’on va.
Maîtrise ne signifiant pas sécurité à tout prix, Mathieu Turi a mis dans ce projet, on le sent, beaucoup d’envies de cinéma. Le résultat est un film gorgé de bonnes intentions, mais qui ne parvient malheureusement pas à cadrer ses désirs et à verrouiller ses multiples ambitions. Le film démarre d’emblée comme un récit post-apocalyptique, une dystopie à la Mad Max où l’on suit une jeune femme, Juliette, seule au volant de son 4×4 sur une route désertique, à la recherche de vivres pour ce que l’on devine être une communauté de survivants. On comprend vite que des créatures cannibales rodent et constituent la principale menace. Dépeinte à grand renfort de plans léchés, superbement photographiés, dotée de mouvements de caméras amples comme il faut, cette mise en bouche se révèle particulièrement réussie. Un accident plus tard, notre Max Rockatansky au féminin se retrouve coincée dans l’habitacle du véhicule, blessée, alors que la nuit est tombée et qu’une créature débarque… Du post-apo, on passe au film concept, qui s’annonce oppressant et claustrophobe, sorte de survival en lieu très confiné. Quinze premières minutes tendues, superbement shootées, presque parfaites. Et là, patatra…

Retour vers le futur

Changement de décor et de temporalité, puisque le film nous emmène plusieurs années en arrière, à New York. Flash-back sur la jeune Juliette rencontrant son futur amour dans une galerie d’art. Concrètement, on ne peut pas faire plus en décalage avec ce qui a précédé. Et on comprend le projet de Mathieu Turi : son survival post-apo ne sera pas un trip régressif où la tension et l’agressivité régneront en maîtres des lieux. Le réalisateur souhaite apporter de la consistance à ses personnages en prenant le temps d’évoquer leur passé et faire comprendre leurs motivations et surtout leurs faiblesses. Hostile va ensuite, durant un peu plus de 80 minutes, faire se succéder ces allers-retours entre passé et présent à l’aide d’un montage parallèle. Une ambition louable sur le papier, qui devient malheureusement catastrophique à l’écran. Ce choix narratif créé un déséquilibre total dans le film, entre des scènes censées provoquer une tension et une attente maximale (le survival dans le 4×4) et d’autres un peu naïves et fleur bleue (la bluette amoureuse, la toxicomanie, la grossesse et ses conséquences). Et là où le bas blesse, c’est que les scènes dans la voiture au beau milieu du désert, censées être un sommet de suspense, sont délestées de toute tension par ce rythme sortant littéralement le spectateur de l’intrigue. Pourtant, la créature et le maquillage de Jean-Christophe Spadaccini font leur effet. Même les péripéties, si elles ne sont pas très originales, ne parviennent pas à maintenir un semblant d’angoisse. Pire, malgré les efforts d’identification au personnage, on ne sent jamais réellement attaché à lui. Comme si le film penchait d’un coup vers sa narration parallèle, au détriment du film de genre qui a ouvert le récit. Jusqu’à l’épilogue, qui vient justifier de manière un peu grossière l’importance des séquences passées, et que l’on pourra juger émouvant ou d’une bêtise affolante. Un premier film prometteur et qu’on aurait aimé porter au pinacle, mais qui pêche finalement par trop d’ambition, une structure male construite et bancale, à l’interprétation également assez inégale, qui laisse pourtant entrevoir un réel talent technique de son auteur.


HOSTILE
Mathieu Turi (France – 2017)

Genre Drame/horreur/post apocalyptique – Interprétation Brittany Ashworth, Grégory Fitoussi, Javier Botet, Jay Benedict, David Gasman… – Musique Frédéric Poirier – Durée 83 minutes. Distribué par ESC Distribution (4 juin 2019).

L’histoire : Dans un monde en ruine après une catastrophe inconnue, l’espèce humaine tente de se reconstruire. Les survivants ne sortent que la journée car la nuit venue d’étranges créatures sortent pour chasser. Juliette est la seule à oser s’aventurer près des villes. Un jour, sur le chemin du retour, elle perd le contrôle de sa voiture. Lorsqu’elle reprend connaissance, elle est blessée, coincée dans son véhicule, et… Il fait nuit.


L’édition d’ESC Distribution

Technique : ★★★★☆
Interactivité : ★★★★☆

Technique
On ne va pas se mentir : visuellement Hostile est un plaisir pour les yeux, tant pour la composition de ses plans que pour sa superbe photographie signée Vincent Vieillard-Baron. L’image du Blu-ray de l’édition ESC rend particulièrement justice au travail sur l’image, avec des couleurs ocres et bleues dans le désert, mais aussi les jeux de lumières hyper contrastés lors des séquences de nuit. Le piqué est précis, les noirs bien tenus, le tout est très détaillé et d’une finesse indéniable.
En dépit de dialogues un peu en retrait sur la VO, la puissance sonore qui se dégage de cette édition est incontestable. Pas de coup d’éclats démesurés, pas d’esbrouffe, mais les scènes dans la voiture sont très efficaces et correctement restituées au niveau sonore.

Interactivité
A l’image du film, la section des bonus se démarque par sa grande générosité, avec plusieurs modules dédiés à la conception de Hostile. L’ensemble est dominé par un copieux making-of de près de trois quarts d’heure, qui revient sur les différentes étapes de conception du film et le tournage avec des instantanés sur les différents plateaux entre New-York, Paris et Ouarzazate. Trois autres courts documents évoquent les costumes, les maquillages et les effets spéciaux. On retiendra notamment le focus consacré au comédien espagnol Javier Botet, dont le physique filiforme est réellement impressionnant et lui a ouvert les portes de films comme [REC], Alien Covenant ou encore Insidious. Une scène coupée sans grand intérêt et le commentaire audio de Mathieu Turi complètent une belle interactivité.



Catégories :En Vidéo, Films, Moyen

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7 réponses

  1. Rien à ajouter, tout est dit et bien dit… tout ça pour amener ce beau final monstrueux mais était-ce bien nécéssaire…
    Mais bon, rien que pour le génial Javier Botet, ça vaut déjà le coup d’oeil…

    Aimé par 1 personne

  2. Pour ma part, « Hostile » est un très bon petit film d’horreur disposant d’une histoire familière, d’une intrigue singulière et d’un développement original. Le rythme est agréable, le récit est fluide et la narration fait appel à de nombreux flashbacks. La photographie est simple mais soignée, la bande originale est sympathique et l’édition est très bien équilibrée permettant de bien se positionner par rapport aux différentes époques. La distribution offre de bonnes prestations avec un focus particulier pour Brittany Ashworth qui porte le métrage sur ses épaules et une appréciation toute particulière pour Javier Botet dont c’est toujours un régal à chacune de ses apparitions, dans ce métrage, mais également en général. Un film français qui aura finalement été une agréable surprise.
    Ma note : ★★★☆☆
    Ma critique : https://wp.me/p5woqV-7Dh

    Aimé par 1 personne

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