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[Critique] TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson

Puissant et incarné, TU NE TUERAS POINT, le dernier film de Mel Gibson, imprime violemment et durablement la rétine tout en célébrant l'humain et une force de conviction inébranlable. Impressionnant.

TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson

Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, le cinéma de Mel Gibson a pour lui d’être actuellement l’un des plus engagés dans sa volonté de creuser un sillon faisant la part belle à la violence et aux interrogations sur la foi et l’héroïsme. Par delà les notions de réalisme et de bienséance ou les critiques acerbes l’accusant de beaufferie antisémite (La Passion du Christ), Mad Mel insuffle dans ses films un souffle guerrier qui n’a pas beaucoup d’équivalent sur les écrans.

Avec Tu ne tueras point, Mel Gibson ne se renie pas, bien au contraire. Un peu rapidement catalogué antimilitariste, le film est pourtant une plongée suffocante et premier degré au coeur des combats, et fait l’effet d’un véritable uppercut pour ses scènes reconstituant les combats s’étant déroulés sur la crête d’Hacksaw, durant la guerre du Pacifique. Ces séquences qui composent le dernier tiers du film, sont d’une âpreté et d’une violence graphique rappelant la vision du débarquement allié ouvrant Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg. Avec un curseur poussé encore un peu plus loin pour ce qui est de la barbarie et sa restitution à l’écran. Au sein d’un dispositif de mise en scène qui magnifie cette représentation crue(lle) de la guerre, Gibson parvient à rendre palpable la folie qui s’abat sur les soldats américains lancés comme de la chair à canon à l’assaut des lignes japonaises pour tenter de conquérir un point stratégique qui pourrait faire basculer le conflit. Entre souffrance radicale et résignation hébétée, toute l’incompréhension de la situation éclate aux visages de ces jeunes militaires mus par l’adrénaline d’une cause qui les dépasse. A ce titre, la dernière heure de Tu ne tueras point est estomaquante d’intensité et de débordements gores (membres arrachés, corps portés à bout de bras en guise de bouclier…)

TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson

L’épreuve de force

C’est au sein de ce carnage humain que figure Desmond Doss (idéalement campé par Andrew Garfield), objecteur de conscience qui refuse de toucher une arme, mais souhaite plus que tout apporter sa contribution au conflit en tant que médecin et aider ses camarades en tentant d’en sauver un maximum sur le champ de guerre. Tirée d’une histoire vraie, cette invraisemblable démonstration de ténacité embrasse la forme plus classique d’un découpage en deux actes. Le premier met en place les personnages, le traumatisme initial qui pousse le jeune homme a développer une aversion pour les armes, la mise à l’épreuve de force familiale entre un père, ancien officier, bourru, alcoolique, violent envers sa mère, et un frère taillé pour le front. C’est également l’heure de la romance entre Desmond et la jolie infirmière Dorothy Schutte (Teresa Palmer). Puis vient la mise à l’épreuve guerrière lors de la phase d’entraînement succédant à l’incorporation. On retrouve un côté Full Metal Jacket dans cette représentation de l’aliénation militaire, à la différence près que le ton adopté se veut volontiers humoristique, moins froid, grave et inéluctable que chez Kubrick. Autre différence, la volonté chevillée au corps du personnage de s’affranchir de toute forme de violence, qui accepte sa condition de souffre-douleur avec une conviction qui frise le masochisme (au contraire d’un engagé Baleine qui se meut progressivement en une machine de mort chez Kubrick).

Une foi chevillée au corps

TU NE TUERAS POINT de Mel GibsonTu ne tueras point est donc, au-delà de l’impressionnant récit de guerre, un film qui met en avant et questionne des notions aussi fortes que la puissance de la foi, des convictions inébranlables, des croyances portées en étendard. Pour autant, la religiosité omniprésente dans les films de Mel Gibson (La Passion du Christ, toujours lui) n’est pas ici la principale incarnation des croyances du personnage principal. Même si celui-ci est chrétien pratiquant, s’il se réfère au commandement qui donne le titre au film pour s’affranchir des armes, et même si Gibson appuie un peu trop grossièrement le trait avec des scènes à connotation christiques lourdingues et superflues, le réalisateur dépeint surtout la puissance de la conviction et de la croyance en l’humain. Si Desmond Doss s’en remet à Dieu pour trouver le courage de continuer à sauver des soldats alliés (voire ennemis) sur le champ de bataille, c’est sa foi en l’autre, son amour pour sa compagne et pour la vie qui le guident. Si ses camarades soldats le regardent comme un Messie après s’être copieusement payé sa tête, c’est davantage l’homme, le héros qui est alors mis en avant qu’une figure christique qu’on voudrait pour autant nous vendre. Le réalisateur d’Apocalypto met d’ailleurs face à face Américains et Japonais, placés sur un même plan, lorsque les seconds, convaincus de la défaite approchant, vont jusqu’au bout de leurs propres croyances et convictions en se faisant Hara-Kiri. Des héros à leur manière.

Dans Tu ne tueras point, entraide, bravoure, rédemption, humanité sont des notions qui jaillissent à l’écran au moins autant que le sang qui éclabousse les corps et l’objectif. Mel Gibson affirme dès lors sa foi en l’humain et dans un même élan, sa foi dans un cinéma classique, incarné, porteur de valeurs et sans concession. Et tant pis pour ses détracteurs…

TU NE TUERAS POINT de Mel Gibson

Australie/USA – 2016tres-bon

Genre : Guerre – Interprétation : Andrew Garfiled, Vince Vaughn, Sam Worthington, Teresa Palmer, Hugo Weaving… – Musique : Rupert Gregson-Williams – Durée : 131 minutes – Distributeur : Metropolitan.

L’histoire : Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros…

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