[Critique] COLD GROUND de Fabien Delage

Le found footage a-t-il encore quelque chose à dire ? “Oui !” clame M. Night Shyamalan avec son passionnant The Visit. “Non !” rétorquent 95 % du reste de la production… Et Cold Ground, tentative française dans le genre, a-t-il quelque chose dans le ventre ?
Étonnant qu’aujourd’hui, un petit film français fauché au casting international continue à tenter de rejouer le Projet Blair Witch, maître-étalon populaire du genre found-footage qui affiche déjà ses 20 ans au compteur. C’est pourtant le projet qu’a concrétisé Fabien Delage, jeune réalisateur français habitué du “documenteur”, spécialiste du film d’enquête surnaturel en caméra subjective dont il a apporté deux contributions au genre avec Dead Crossroads, puis La Rage du Démon. Il faut croire que Fabien Delage n’est pas rassasié avec ce Cold Ground qui marche ouvertement dans les pas des randonneurs égarés de Blair Witch. Soit, ici, un duo de journalistes décidés à faire le clair sur une étrange histoire d’épidémie et de mutilations animales, dans les montagnes franco-suisses. Accompagné d’un petit groupe (et autant de victimes potentielles), le couple part à la recherche d’une équipe de chercheurs introuvable. Et ce sont évidemment leurs images brutes, retrouvées peu après leur disparition, qui nous sont montrées. Le scénario tient sur un timbre-poste, comme d’habitude dans ce genre de production. L’essentiel étant dans l’immersion et le point de vue subjectif. Cold Ground ne révolutionne nullement le style du found footage, puisqu’il en présente les atouts et évidemment (et surtout) les faiblesses. On pourra ainsi râler sur le manque de naturel du procédé visant à justifier une caméra portée en permanence, et sur la pénible manie de faire déclamer les grandes lignes de l’intrigue par les personnages directement interrogées à l’écran alors que nos randonneurs du dimanche crapahutent. Tout cela est un peu trop forcé et mécanique pour être convaincant. Il faut par ailleurs se fader de longues minutes de marche dans la neige avant de rentrer dans le vif du sujet…

La montagne, ça vous gagne…

Pourtant, on ne peut nier que le procédé fait toujours son petit effet quand il est (plutôt) bien ficelé. Et c’est le cas de ce Cold Ground bardé de défauts énervants, mais dont la sincérité est indéniable. Si on évacue d’emblée les problèmes de jeu de certains comédiens (une fois encore, la langue française n’aide pas à rendre les choses crédibles), le reste fonctionne plutôt bien : la proximité directe avec les événements, la suggestion bien utilisée, le crescendo dans l’évolution du mystère et de ce qui est montré à l’écran. La simplicité de l’intrigue sera toujours un avantage dans le genre, loin des péripéties ineptes qu’on essaye de nous faire avaler avec une poignée de graviers dans des atrocités comme Jeruzalem… Par ailleurs, Fabien Delage a eu la bonne idée de planter le cœur de l’action par 2 000 mètres d’altitude, et les difficultés inhérentes aux conditions hivernales ajoutent à l’angoisse ressentie par les protagonistes face à l’horreur qui finit par les encercler dans les bois sombres et enneigés.
Quand le film s’emballe dans sa dernière partie, que le casting rétrécit comme peau de chagrin, et même si on retrouve de nouveau la structure du Projet Blair Witch (toujours lui), confession face caméra comprise, on se prend à frissonner malgré tout, l’action se déportant avec succès de la forêt dans une caverne venant rappeler le traumatisant The Descent de Neil Marshall. Un mot également sur les effets spéciaux qui font la part belle aux prothèses en dur à l’ancienne, du look des créatures, dont on ne connaîtra jamais réellement la nature et dont la présence à l’écran restera limitée, à une scène d’automutilation bien craspec…
Cold Ground n’a donc rien à offrir de plus que son aîné de la forêt de Blair il y a vingt ans. Il se contente de plaquer ses pas dans les traces du film d’Eduardo Sànchez et Daniel Myrick. C’est donc très limité, pas toujours très juste en termes de jeu des comédiens, et ça ne plaira pas aux spectateurs les plus exigeants, mais il se dégage du film une belle ambiance, une telle envie de cinéma d’horreur et un tel amour pour le genre, que l’ensemble en devient sympathique.


COLD GROUND
Fabien Delage (France – 2017)

Genre Horreur – Interprétation Doug Rand, Gala Besson, Philip Schurer, Maura Tillay, Fabrice Pierre… – Durée 86 minutes. Distribué par Ciné2genre (18 décembre 2018).

L’histoire : En 1976, un couple de journalistes se rend à la frontière franco-suisse pour tourner son premier reportage : une enquête sur d’étranges cas de mutilations de bétail. Une fois sur place, l’équipe de chercheurs qui devait les accueillir manque à l’appel. Accompagnés d’un secouriste, d’une biologiste britannique et d’un enquêteur de police américain, Melissa et David vont partir à la recherche du groupe de disparus, au coeur de la montagne.


L’édition Ciné2genre

Technique : ★★☆☆☆
Bonus : ★★★★☆

Comme tout found footage qui se respecte, Cold Ground présente une image inégale, volontairement “salie” pour figurer l’enregistrement pris sur le vif. Volonté de donner l’illusion des années 70 oblige, l’image est volontairement et exagérément granuleuse, avec une coloration tirant volontiers sur le jaunâtre et pas franchement belle. L’esthétique est donc très aléatoire, mais ça n’a rien de surprenant. Reste une copie honnête en regard du style du film. Pas grand chose à relever du côté de la piste dolby digital 2.0 proposée, les dialogues sont clairs et précis, l’environnement sonore, primordial dans ce genre de film, est plutôt soigné, avec quelques bruitages furtifs et glaçants qui se détachent de temps à autre. Efficace. L’ensemble est suffisamment dynamique rapport aux contraintes du found footage.
Le jeune éditeur français Ciné2genre propose un double DVD dotée d’un premier disque avec le film, un making of et deux trailers. Le second (que nous n’avons pas eu en notre possession) permet de découvrir le film The legend of Boggy Creek réalisé par Charles B. Pierce en 1972. Le premier DVD propose donc un making of d’une quinzaine de minutes, “Survive the cold”, réalisé par David Tillault, qui permet de découvrir l’envers du décor du film, en montrant des instantanés de tournage et des interventions des comédiens et du jeune réalisateur sur l’expérience du film. Il s’en dégage un sentiment de modestie, d’honnêteté et de bonne humeur générale qui rend l’ensemble plutôt sympathique par l’implication évidente de tous les protagonistes dans le projet. Bon point également, la parole est donné à David Scherer, spécialiste français des effets spéciaux, qui évoque les effets gores à base de prothèses utilisés dans le film, ainsi que les costumes des créatures. A l’ancienne.

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Catégories :En Vidéo, Moyen

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1 réponse

  1. En effet, je suis d’accord, dans le genre c’est plutôt très sympatoche.

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