[Critique] IRON SKY 2 – THE COMING RACE de Timo Vuorensola

A l’origine modeste film de science-fiction sorti en 2012, Iron Sky est devenu un véritable phénomène, un concentré de débrouillardise surprenant réalisé par des fans pour les fans, véritable parangon de hype des festivals. Basé sur un pitch pour le moins farfelu (réfugiés sur la Lune, les Nazis attendent leur heure pour venir nous mettre une branlée), le film de Timo Vuorensola (coproduction entre l’Allemagne, la Finlande et l’Australie) en avait surpris plus d’un par sa générosité, mû qu’il était par l’énergie et la passion dévorantes de ses concepteurs. Près de sept ans plus tard, le succès d’estime s’est transformé en rampe de lancement pour une inévitable séquelle.
Une suite qui fait un bond vingt ans après le premier opus, alors que les rescapés de la Terre se sont installés sur la face cachée de la Lune. Un groupe va pourtant retourner sur la planète bleue et plus exactement son centre, qui abriterait une fabuleuse source d’énergie, susceptible de sauver l’humanité. Un pitch basique, auquel viendront se greffer une race d’extraterrestres reptiliens, une secte d’adorateurs de Steve Jobs, des représentations écaillées de Margaret Thatcher, Mark Zuckerberg, Sara Palin…, des voyages spatiaux, un Hitler à dos de dinosaure, un (double) Udo Kier en roue libre… Pas d’erreur, Iron Sky 2 (The Coming Race en VO) respecte son cahier des charges et part dans le bigger and louder en multipliant les références, moments WTF et autres saillies spectaculaires. Avec un budget bien plus important (près de 21 millions de dollars contre les 7 millions du précédent) mais malgré tout encore raisonnable, ce second opus se révèle à nouveau un véritable tour de force visuel. S’appuyant sur des effets numériques toujours plus détaillés et nombreux, que ce soit pour reconstituer une base lunaire, un vaisseau spatial ou une cité au centre de la Terre, le film surprend et vient démontrer que rien n’est aujourd’hui impossible à transposer à l’écran, même pour une enveloppe budgétaire pas démente. Même si quelques décors en carton-pâte font un peu tâche (c’est possiblement assumé), cet Iron Sky 2 reste dans le perpétuel équilibre entre le foisonnant et le too much. Même s’il n’échappe pas à une direction artistique parfois douteuse et à un trop plein d’images bariolées qui en font un gloubiboulga un peu indigeste…

Grosse pochade un peu vaine

Mais si on peut largement passer outre un côté visuel outrancier, là où le bât blesse réellement dans Iron Sky 2, c’est en termes d’intrigue. De son pitch basique, le Finlandais Timo Vuorensola n’en fait quasiment rien. Même s’il lorgne très largement du côté des théories de la Terre creuse et du roman The Coming Race d’Edward Bulwer-Lytton, Iron Sky 2 se contente d’enfiler les scènes à la cool, les répliques prétendument drôles, les références et autres clins d’œil (les blagues à rallonge sur Apple et le Nokia 3310) censés brosser le fan dans le sens du poil. Sauf que l’ensemble tourne tout de même à vide. Et que passé l’enthousiasme de découvrir un univers visuel qu’on n’aurait pas attendu dans une si petite production, on s’ennuie tout de même assez rapidement. Le film ne se cache plus dès lors et se révèle pour ce qu’il est : une bande démo de premier ordre pour son réalisateur et son équipe technique, un CV XXL envoyé à la face des producteurs dans l’optique de décrocher la direction d’un blockbuster dans deux ou trois ans. L’approche fait parfois penser à une très longue cinématique de jeu vidéo (sans évidemment disposer de l’atout du rapport au joueur), et niveau finesse, on repassera, mais une fois encore, au rayon de la générosité et de l’absence de limites (et de bon goût), Iron Sky 2 se pose là. Alors certes, voir un combat impliquant un Hitler reptilien juché sur un dinosaure est un concept à la fois con et jouissif, mais s’il n’est pas exploité… En l’état, l’effet de surprise passé, le manque d’ambition scénaristique, autre que l’empilement de clichés, ne peut plus porter un film à bout de bras. Les meilleures blagues sont les plus courtes, et si Iron Sky 2 n’est qu’une grosse pochade, il serait peut-être temps de passer à quelque chose d’un peu plus consistant pour ses concepteurs, alors qu’un troisième opus est dans les tuyaux.


IRON SKY 2 : THE COMING RACE
Timo Vuorensola (Finlande/Allemagne/Belgique – 2018)

Genre Science-fiction – Interprétation Lara Rossi, Vladimir Burlakov, Julia Dietze, Udo Kier… – Musique Tuomas Kantelinen et Laibach – Durée 93 minutes. Distribué par Metropolitan (9 mai 2019).

L’histoire : Suite à une guerre nucléaire totale, les humains ont trouvé refuge sur la Lune. A la recherche d’une mystérieuse source d’énergie, un groupe d’aventuriers embarque pour un voyage au centre de la Terre. Ils s’apprêtent à découvrir le plus grand secret de l’Humanité.


L’édition de Metropolitan

Technique : ★★★★☆
Interactivité : ★★★☆☆

Technique
L’image HD est bluffante de précision et de netteté. Les détails sont innombrables, et si l’ensemble est à nette dominante numérique, la définition et le rendu écran sont propres, issus d’un transfert très solide et qui fait plaisir à voir. Le traitement du film a semble-t-il suivi les mêmes égards qu’un blockbuster de compétition.
Niveau son également, les deux pistes s’avèrent bien bourrines comme il faut, l’éditeur ne rigole pas avec la marchandise et assure une très belle restitution et répartition sonore, le spectaculaire des situations est fort bien retranscrit et ne prend pas le pas sur les dialogues, clairs et nets. Une belle ampleur générale.

Interactivité
Un détail qui ne trompe pas : l’essentiel des bonus sont tournés vers les effets visuels du film, signe de leur prépondérance sur le reste. Cela se traduit par un making of évoquant différents aspects de la conception, du tournage et de la post-production du film. On y décèle beaucoup d’envie et de motivation, mais ce module reste très promotionnel et n’entre jamais dans le détail. Deux autres courts segments sont directement orientés vers les effets numériques, avec comparatifs avant/après, et confirment leur omnipotence sur le projet. Sympathique, mais l’ensemble est assez redondant. Restent un diaporama et surtout trois bande-annonces/teasers promotionnels centrés chacune sur un personnage (Trump, Poutine et même Jésus Christ). Amusant.



Catégories :En Vidéo, Films, Mauvais

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