[Be Kind Rewind] MANIAC de William Lustig (1980)

Rarement un film aura autant fait corps avec son comédien principal que Maniac de William Lustig qui met en scène un Joe Spinell fiévreux, à la fois terrifiant et touchant, par ailleurs co-auteur du scénario. Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce classique du cinéma, thriller horrifico/urbain tourné sans un sou et à l’arrache sans souvis d’autorisation b dans les bas-fonds de New York à la fin des années 70. Beaucoup de choses et surtout une vérité : Maniac a marqué au sang le genre du film de tueur en série. Et surtout, a ouvert la voie à d’autres œuvres également remarquables que sont Schizophrenia de Gerald Kargl (1983) et Henry, Portrait d’un serial killer de John McNaughton (1986).
Porté par Joe Spinell, second couteau du cinéma américain ayant marqué de sa présence et de son physique hors-normes des films aussi importants que Le Parrain (Coppola, 1972), Rocky (Avildsen, 1976), Taxi Driver (Scorsese,1976), Maniac est la première réalisation (hors porno) de William Lustig, et l’oeuvre qui révéla le réalisateur américain, un coup d’essai marquant qui sera suivi par d’autres séries B de haute qualité (Vigilante, Maniac Cop). Il n’est pas exagéré d’affirmer que l’excellence de ce premier film se situe (entre autres) au croisement, à la conjonction des talents des deux bonhommes qui ont relevé le pari de brosser le portrait d’un personnage complexe, Franck Zito, tueur en série de son état. Tourmenté depuis son enfance par une mère abusive qui le hante continuellement et ayant développé un dégoût vis-à-vis des femmes qu’il croise, Zito les tue avec sauvagerie dans un réflexe de répulsion. Maniac développe autour de cette trame une atmosphère putride, malsaine, à grand renfort d’effets gores abominablement réalistes conçus par l’incontournable Tom Savini.

Les fondations d’un genre

Le film de William Lustig est surtout l’occasion de prendre le pouls d’une ville de New-York que le réalisateur montre moins comme une toile de fond que comme un véritable personnage, entité déliquescente qui vampirise sa population, appuyant inexorablement la solitude de Franck Zito et l’aliénation urbaine qu’elle engendre. C’est dans ces ruelles, mais aussi sur la plage dans un clin d’œil aux Dents de la mer, ou sur un parking (référence au tueur du Zodiac) que Zito part à la recherche de ses proies, prenant plaisir à les trépasser avec une efficacité et une inventivité redoutables : tête explosée au fusil de chasse, égorgements, meurtre à l’arme blanche… avant de scalper ses victimes féminines et fixer ses trophées sur des mannequins réunis dans son appartement, tel un purgatoire crasseux et jonché d’un bric-à-brac invraisemblable.
Véritable coup de maître, Maniac démontre tout le sens de la mise en scène de William Lustig avec un budget rachitique, qu’il s’agisse de créer un suspense insoutenable ou tout simplement de composer des séquences fondatrices du genre et devenues cultes avec les années : le meurtre sur le parking, la poursuite dans le métro, l’intrusion dans l’appartement, l’épilogue hallucinatoire.
Le travail sur la bande-son n’est pas en reste, la musique de Jay Chattaway, à la fois lancinante et en décalage avec l’horreur graphique, à laquelle se superpose la respiration entêtante du tueur, attestant de cette volonté de pénétrer son univers mental. Rythmé par la voix-off de Franck Zito, qui échange continuellement avec sa défunte mère, le film est une longue plongée dans l’esprit malade du personnage, jusqu’à un final horrifique qui plonge dans le surnaturel pour mieux visualiser la psychose du personnage.
Malgré quelques approximations liées à sa nature même de film commando et quelques éléments ayant mal vieillis, Maniac conserve près de quarante ans après sa sortie (et après un remake réalisé en 2012 par Franck Khalfoun qui ne démérite pas) mais son étrange pouvoir de fascination, et demeure le monument de cinéma glauque et habité qu’il a toujours été.


MANIAC
William Lustig (USA – 1980)

Genre Thriller – Avec Joe Spinell, Caroline Munro, Gail Lawrence, Rita Montone, Tom Savini… – Musique Jay Chattaway – Durée 87 minutes. Distribué par Le Chat qui fume (3 octobre 2019).

Synopsis : Frank Zito est un homme tourmenté. Victime d’une mère abusive durant son enfance, il a gardé depuis lors un complexe vis-à-vis des femmes. La nuit, il erre dans les quartiers chauds de New York et, dès que l’occasion se présente, tue sauvagement ses proies. Chaque fois, il scalpe la fille ayant eu la malchance de croiser sa route et ramène le trophée chez lui, pour le placer sur la tête d’un des mannequins décorant sa chambre. Toutes les femmes susceptibles d’éloigner Frank Zito de sa mère doivent mourir… Et elles sont nombreuses. Jusqu’au jour où il rencontre, Anna, une photographe.


L’édition du Chat qui fume

Technique ★★★★☆

A film majeur, édition majeure ! Le Chat qui fume sait soigner ses propositions éditoriales et il semblait évident que Maniac ne souffrirait d’aucune contestation. C’est vérifié ! Après différentes éditions DVD et Blu-Ray sorties ces dernières années, le film de William Lustig bénéficie ici d’une version HD restaurée 4K à partir du négatif d’origine couplée à un DVD, pour une édition qui fait office de référence actuellement.
Un avertissement néanmoins au préalable : de par sa nature même, son sujet et ses conditions de tournage, Maniac ne se destine pas à devenir une démo technique. Dès lors, les aspects bruts de l’image : flous de certains plans, grain très prononcé, passages en extérieur moins convaincants, ne sauraient remettre en cause la qualité de l’édition qui est ici quasi irréprochable en terme de remasterisation. L’image bénéficie d’une qualité générale on ne peut plus correcte, voire même superbe dans certains séquences en intérieur.
Côté son, pléthore de choix avec des version DTS HD 2.0 en anglais et français de très bonne qualité. L’éditeur propose également deux autres versions originales en 5.1 et 7.1. proposant une plus grande amplitude du son, tout en restant dans la limite du raisonnable d’un film qui n’est pas destiné à faire sauter votre installation audio.

Interactivité ★★★★★

Au niveau de l’interactivité, Le Chat qui fume a littéralement lâché les chevaux ! D’un point de vue éditorial, on a rarement vu section de bonus aussi fournie. Reprenant l’essentiel des suppléments déjà parus sur de précédentes éditions (dont la version Opening sortie en 2003), l’éditeur félin s’est attaché à fournir quelques gourmandises supplémentaires, histoire d’être bien sûr de faire le tour du film. Et là clairement, voilà une édition vidéo dont le contenu supplémentaire vaut autant que la qualité du film qu’il illustre. Répartis entre le Blu-ray et le DVD, on y trouve de tout : deux commentaires audio, des entretiens et interventions du réalisateur William Lustig, qui commente des scènes inédites, revient sur les différents lieux de tournages, de la comédienne Caroline Munro, du maquilleur Tom Savini, du compositeur Jay Chattaway. Egalement au menu, des extraits d’époque faisant intervenir l’inévitable Joe Spinell, qui bénéficie également d’un documentaire de 50 minutes sur son incroyable vie, des films annonces et des spots télévisés en pagaille. Petite afféterie courante chez l’éditeur, on peut même visionner le film en qualité VHS de chez René Chateau. Collector !
Morceau de choix inédit sur cette édition, les interventions du scénariste Fathi Beddiar qui revient sur son expérience de spectateur traumatisé par le film et ses liens avec le projet de remake (qu’aurait pu réaliser Gaspar Noé !) ainsi que celui de Maniac Cop, cornaqué par Nicolas Winding Refn.
Bref, on trouve de tout dans ces bonus, du pertinent et du moins indispensable, un tout qui fait un peu plus grandir le film dans l’esprit et le cœur du spectateur.

Liste des bonus : Commentaire audio de William Lustig, Tom Savini, Lorenzo Marinelli (montage) et Luke Walter (assistant personnel de Joe Spinell) (vostf) ; Commentaire audio de William Lustig et du producteur  Andrew W. Garroni (vo) ; Bill & Joe par Fathi Beddiar ; Les remakes de Lustig par Fathi Beddiar ; Maniac Outtakes (19 mn) ; Retour sur la scène du crime (8 mn) ; Anna et le Maniac (13 mn) ; Le dealer de la mort (12 mn) ; Dark notes (12 mn) ; Maniac men (10 mn 30) ; Bill Lustig chez Movie Madness (47 mn) ; Joe Spinell au Joe Franklin Show (13 mn) ; Joe Spinell à Cannes (1 mn) ; MR.Robbie (7 mn 30) ; L’histoire de Joe Spinell (50 mn) ; Critique sac à vomi (2 mn) ; MIDNIGHT BLUE – Al Goldstein mutile sa poupée (2 mn 40) ; MIDNIGHT BLUE – Al Goldstein contre les films violents (4 mn) ; Les nouvelles de Chicago ( 2 mn 15) ; Les nouvelles de Los Angeles (8 mn) ; Les nouvelles de Philadelphie (3 mn 45) ; Films annonces américain hard et soft (3 mn) ; Film annonce international (3 mn 50) ; Films annonces Allemand – Italien – Français (8 mn 30) ; 9 spots télé (3 mn) ; Le film en mode VHS.



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