[Critique] LE DAIM de Quentin Dupieux

Quentin Dupieux poursuit son exploration de l’absurde avec Le Daim, nouvelle pierre à l’édifice de son univers décalé, à travers sa filmographie à nulle autre pareil. Après des œuvres aussi déjantées que Rubber, Wrong ou Réalité, le réalisateur, dont la signature stylistique et thématique est de plus en plus marquée, ne se trahit pas avec ce nouvel opus. Mieux, il affine un style toujours plus assumé et de plus en plus minimaliste.
Georges quitte femme et vie sociale, plaque tout pour se retirer dans un bled paumé dans les montagnes où il achète un blouson en daim, fruit d’une fascination quasi-psychopathe. Sous l’emprise du vêtement et armé d’un caméscope, il se met en tête d’entamer une double croisade : réaliser un film et éradiquer tous les blousons qu’il croise. Un postulat de base farfelu, qui ne surprendra pas les amateurs du cinéma de Dupieux. Les mêmes qui savent bien que derrière ses apparats déjantés, son cinéma parle également, en creux, de la solitude et de la folie, voire de l’aliénation. Le film est une étrange ligne droite, qui pose ses bases dès le départ, sans en dévier et sans détour superflu. Le Daim se veut d’une simplicité désarmante dans la fidélité à son pitch, dégraissé au maximum de tout détour superflu, mais trouve sa précieuse richesse et ses plus beaux atouts dans son atmosphère paradoxalement si réaliste et en même temps si décalée.

Vampirisme vestimentaire

Cette affection de plus en plus troublante que porte Georges à son blouson s’assimile progressivement à un véritable cas de possession, d’ordre vestimentaire, mais une emprise bien réelle, à mesure que le personnage entame de véritables discussions avec son daim. Des échanges qui débouchent rapidement sur des velléités morbides et font basculer le récit vers le cinéma de genre et les films de serial killer, avec une série de meurtres aussi sanglants que leur auteur semble détaché de ses exactions. A mesure qu’il se « transforme » littéralement en daim, une forme de vampirisme vestimentaire, comme une nouvelle peau qui lui dicterait la voie à suivre, Georges s’active à assassiner les porteurs de blousons, alimentant dans le même temps son film de séquences sanglantes autant qu’il nourrit son nouveau statut de sociopathe. La conviction inébranlable du personnage de Dujardin est proportionnelle à l’enthousiasme affiché par celui d’Adèle Haenel, alors que cette-dernière va l’accompagner dans son périple en occupant la fonction de monteuse sur son film. A aucun moment les motivations du personnage ne sont remises en cause, elles intriguent et attirent au contraire la jeune serveuse et apprenti monteuse. Bien que s’enracinant dans la réalité, le film brode sa propre logique nonsensique, jusqu’à la faire passer comme naturelle. C’était déjà le cas avec l’odyssée sanglante du pneu tueur de Rubber.
Déroutante comédie noire, Le Daim peut également s’appréhender comme une mise en abîme de l’acte de réaliser un film, capter des images, même les plus insignifiantes, pour se sentir exister. Avec une économie de moyens évidente et assumée, des comédiens solides et impliqués, un sens de l’absurde élevé au rang d’art, Quentin Dupieux livre avec Le Daim une nouvelle copie enthousiasmante de sa vision du monde et de la vie. Une œuvre qui, en dépit de son minimalisme assumé, paradoxalement, redonne foi dans les images et le cinéma.


LE DAIM
Quentin Dupieux (France – 2019)

Genre Comédie non-sensique – Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Youssef Hajdi, Albert Delpy, Julia Faure… – Musique Janko Nilovic – Durée 77 minutes. Distribué par Diaphana Edition Video (Facebook) En DVD, Blu-Ray et VOD le 5 novembre.


Synopsis : Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.


Chronique réalisée en partenariat avec le site Cinetrafic qui considère Le Daim comme l’un des meilleurs films 2019 et propose le cinéma à regarder à tout prix.



Catégories :Bon, En Vidéo, Films

Tags:, , , , ,

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :