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[Critique] WRONG de Quentin Dupieux

WRONG de Quentin Dupieux

Aborder un nouveau film de Quentin Dupieux, après les OVNIS Nonfilm, Steak et Rubber, a quelque chose de réjouissant. Car le cinéaste/musicien (Mr Oizo inside) français n’emmène jamais là où on l’attend, et encore moins dans les circuits balisés du cinéma traditionnel. L’univers Dupieux, c’est avant tout un cadre en dehors de tous codes habituels, qui donne la part belle à un cinéma, un scénario, des comédiens qui se vautrent et s’épanchent avec joie dans un contexte absurde et non sensique.
Wrong, troisième film (quatrième si l’on prend en compte le projet Nonfilm) de Dupieux, qui semble particulièrement affectionner les titres brefs et percutants, est en quelque sorte un aboutissement des précédents essais du cinéaste. Pas de scénario tarabiscotté, une mise en scène épurée à son maximum, des couleurs délavées, un cadre de banlieue américaine typique et des personnages tous plus farfelus les uns que les autres. Quentin Dupieux powa ! On adhère ou pas…
Mais attention, réalisation simplifiée ne veut pas dire baclée, et encore moins inadaptée. Wrong est un délice visuel. Si les mouvements de caméras au raz du bitume ou ascensionnels sont toujours là, ils sont discrets. Dupieux filme simple, mais beau. Partant d’une ligne d’histoire aussi fine que du papier à cigarette : un homme recherche son chien disparu, Dupieux brode des scènes toutes plus irrationnelles les unes que les autres, dans lesquelles des personnages en décalage complet avec la réalité échangent, s’apostrophent et se tournent autour.

WRONG de Quentin Dupieux

Cohérence incohérente…

Au gré de ces situations abracadabrantes, le spectateur qui souhaite se laisser porter n’est pourtant jamais perdu. Rien d’incompréhensible dans Wrong, juste des éléments à priori antinomiques, juxtaposés à d’autres et dont la relation n’est clairement pas évidente. Que ce soit un réveil qui affiche 7h60 ou un palmier qui devient sapin, des véhicules repeints sans que les personnages l’aient réclamé ou des crottes de chien qui révèlent, vidéo à l’appui, leurs derniers instants avant d’être expulsées, un bureau dans lequel il pleut continuellement ou des pompiers qui défèquent littéralement au beau milieu de la route à proximité d’une camionnette en feu et sous le regard blasé de leurs collègues…

Tout Wrong n’est que non-sens, absurde, poésie et surréalisme. Mais au sein même de cette incohérence, tout semble cohérent, et c’est ça qui est très fort. Jack Plotnick, qui interprète un personnage lunaire, en proie à des difficultés à se faire accepter par ses semblables, irradie de nonchalance béate. Eric Judor fait du Eric (sans Ramzy), avec un accent à couper au couteau. La palme de l’interprétation hallucinée revient à William Fichtner qui, sorti des superproductions Armageddon, Pearl Harbor, The Dark Knight campe ici avec une conviction jouissive, un spécialiste très haut perché en communication avec les chiens. Tous ces personnages quelque peu « borderline », à la communication très approximative, apparaissent dans une naïveté splendide et font vivre ce microcosme refermé sur lui-même et dans lequel il n’y a pas d’échappatoire. C’est d’ailleurs vers un infini littéralement indéfini que l’un des personnages tentera de prendre la poudre d’escampette à la toute fin du film. Wrong pourra laisser de marbre, le barbu Dupieux (sosie de l’autre barbu mégalo/taré Sébastien Tellier) pourra clairement irriter par son “brassage de vide”, il reste néanmoins ici le manifeste d’une proposition de cinéma ou poésie et liberté règnent en maîtres absolus. Et ça c’est bon !

WRONG afficheWRONG de Quentin Dupieux (France – 2012)

Moyen

Avec Jack Plotnick, Eric Judor, William Fichtner…

Disponible en DVD chez Realitism Distribution.

Dolph, un personnage commun mais irrésistible, perd son chien Paul. Il découvre que Paul a été kidnappé par un étrange justicier, Master Chang. Sous les yeux d’une livreuse de pizza nymphomane, d’un voisin joggeur en quête d’absolu, ou d’un jardinier mexicain opportuniste, Dolph va progressivement perdre la tête… et son identité…

(4 commentaires)

  1. A la cohérence nonsensique de Dupieux ! Reste que « non film » me semble le projet le plus tenu du sieur Oizo… A quand une critique des 2 opus précédents voire un dossier sur Dupieux ?

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  2. n’ayant toujours point vu « Non Film », je ne me prononcerais pas sur le film… Néanmoins, je trouve cette idée de dossier sur Dupieux très cool ! Pareil pour les critiques des deux précédents opus… N’est-ce pas M. Benoît 😉

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