[Série TV] PARIS POLICE 1900 de Fabien Nury

Une époque formidable

Paris Police 1900 est l’une des dernières “créations originales” en date produites par Canal +. La chaîne cryptée a pris pour habitude de concevoir des séries haut de gamme, explorant tous les genres, très ambitieuses tant sur le fond que dans la forme, accompagnées bien souvent de budgets confortables et débouchant sur des réussites artistiques assez incontestables dans l’ensemble (Pigalle, Les Revenants, Le Bureau des légendes…) Des séries ayant d’ailleurs ouvert la voie à de nombreuses fictions télévisuelles bien plus tenues et rigoureuses. 
Cette nouvelle création portée par Fabien Nury, scénariste de bande dessinée spécialisé dans le récit historique, n’apparaît d’ailleurs pas comme la moins ambitieuse, puisqu’elle propose de replonger dans le Paris du début du XXe siècle. Sur fond d’affaire Dreyfus, de révolte anarchiste et d’ambiance antisémite délétère sur la place publique, des cadavres de femmes démembrés sont retrouvés dans des valises abandonnées. Les services de police enquêtent sur ces assassinats qui pourraient être liés au contexte populaire extrêmement tendu… Loin des clichés ripolinés de certaines séries, Paris Police 1900 s’applique à présenter la face sombre et violente de la capitale française et d’une époque alors en pleine mutation. Une transition sociétale et technologique qui concerne notamment les forces de l’ordre, dont les méthodes traditionnelles d’investigation s’accompagnent et s’enrichissent désormais d’une approche scientifique rigoureuse. Tout au long des huit épisodes de cette première saison, Paris Police 1900 prend un soin particulier, voire maniaque, à faire découvrir au spectateur ces évolutions procédurales assez passionnantes. La série s’attache également à recréer les éléments d’une reconstitution précise et immersive de l’ambiance Belle Epoque, où se côtoient la misère des bas-fonds parisiens autant que les dorures des appartements bourgeois. Costumes, décors… La direction artistique travaillée que l’on devine très documentée et qui ne néglige aucun détail est la grande force de la série, appuyée par la puissance d’évocation indéniable des images, dont la mise en scène des huit épisodes est assurée par trois réalisateurs, Fabien Nury, Julien Despaux, et Frédéric Balekdjian. Inspirée sans tomber dans l’excès d’un dynamisme trop moderne, elle sait se montrer efficace et surtout totalement au service d’une atmosphère, conférant un véritable cachet à la série. Une véritable réussite stylistique.

Les femmes au pouvoir

Si sur la forme, Paris Police 1900 s’assure un enrobage de très haute volée, dans le déroulé de sa narration, la série peine à se maintenir à un niveau d’excellence comparable sur la durée. Passé deux premiers épisodes très convaincants, aussi mystérieux que haletants, cette première saison se perd un peu trop dans son action, ses multiples sous-intrigues, diluées sur huit épisodes d’environ une heure. Le rythme en pâtit, l’accumulation de personnages et de situations n’aide pas à fluidifier un ensemble qui finit par ronronner, à tel point que l’on se retrouve avec un ventre mou assez longuet, marqué par de longues scènes dialoguées, des enjeux qui finissent par s’étioler. L’enquête autour des cadavres, qui assurait une ambiance presque fantastique au show, passe rapidement au second plan pour mieux se raccrocher au “réalisme historique”. Une série comme L’Aliéniste, à l’ambiance pas si éloignée, et malgré ses défauts, était à ce titre plus honnête et convaincante. C’est dommage, car la série de Fabien Nury a des parti-pris intéressants à proposer. A commencer par le choix d’offrir la part-belle aux personnages féminins, des femmes fortes qui tentent de s’affranchir du patriarcat écrasant, que ce soit l’épouse du préfet Lépine et son addiction aux drogues, Marguerite Steinheil, courtisane qui devient espionne pour la police ou encore Jeanne Chauvin, première femme avocate en France, les auteurs donnent de l’importance, de l’épaisseur à la place de la femme dans cette société très étriquée. Et l’interprétation y est globalement très convaincante (à quelques exceptions près) pour l’ensemble du casting, mention spéciale à Marc Barbé, impressionnant en préfet ainsi qu’au flic dur à cuir Joseph Fiersi (Thibaut Evrard). 
Quelque peu engoncé dans sa volonté de coller au plus près de la véracité historique, Paris Police 1900 se veut très pointilleux dans sa représentation du Paris Belle Époque et finit par se retrouver un peu à l’étroit, manquant de souffle et d’émotion. Ambitieuse et qualitative dans ses ambitions formelles, rendant admirablement l’ambiance violente et glauque de la capitale, la série pêche dans son écriture, peut-être par excès de personnages et de situations. Un équilibre à retrouver on l’espère dans la saison deux à venir…

Note : 3 sur 5.

PARIS POLICE 1900
Julien Despaux, Frédéric Balekdjian et Fabien Nury (France – 2021)

Genre Policier – SCENARIO Fabien Nury, Benjamin Adam, Thibault Valetoux, Alain Ayroles – Avec Jérémie Laheurte, Evelyne Brochu, Thibaut Evrard, Marc Barbe, Eugénie Debrouand, Patrick D’Assumçao, Alexandre Trocki, Hubert Delattre… – Musique  Grégoire Hetzel – Durée 8×52 minutes. Distribué par Studio Canal (3 mars 2021).

Synopsis : Le président Félix Faure vient de mourir. La République, épuisée par l’affaire Dreyfus, prise en étau entre les ligues nationalistes et antisémites et la menace anarchiste, n’a jamais paru si faible. Alors que le préfet Lépine est rappelé pour maintenir l’ordre dans Paris, le cadavre d’une inconnue retrouvé dans la Seine entraîne Antoine Jouin, inspecteur ambitieux de la criminelle, et Jeanne Chauvin, une jeune avocate, au cœur d’une enquête complexe…


L’édition Blu-ray de STUDIO CANAL

TECHNIQUE. Le soin apporté à la reconstitution du Paris 1900 se retrouve à l’écran magnifié par cette édition blu-ray de Studio Canal. Techniquement, l’image est superbe, d’un piqué remarquable, les nuances dans les éclairages, bougies et lampes à pétrole, se détachent de noirs bien profonds au sein de contrastes précis. Une œuvre qui trouve toute sa puissance grâce à ce support physique. Alleluia !
La piste DTS HD Master audio 5.1 nous gâte avec une répartition des différentes sources sonores, que ce soient les dialogues, clairs la musique de Grégoire Hetzel ou les sons d’ambiance, c’est un mixage très équilibré et qui ne souffre d’aucun défaut que nous livre l’éditeur.

Note : 4.5 sur 5.

INTERACTIVITE.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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