[Critique] COME PLAY de Jacob Chase

Ghost in the Shell

Dans sa grande entreprise de récupération/recyclage d’idées, le cinéma de genre hollywoodien est friand de concepts à fort potentiel qu’il va chercher depuis quelques années dans les courts-métrages et autres vidéos pullulant sur internet pour alimenter des films généralement médiocres. Come Play est une nouvelle adaptation en version allongée d’un court-métrage à haute teneur « film concept » ayant tapé dans l’œil des producteurs. Le réalisateur Jacob Chase s’est en effet vu confier les clés de l’exercice de transposition au format long de sa propre œuvre courte : Larry, sortie en 2017. Il est question dans ce film sorti en 2020 d’un jeune garçon autiste, Oliver, qui utilise téléphone portable et tablette pour communiquer avec ses proches et son entourage. Une aide technologique précieuse pour surmonter ses troubles personnels, mais qui se révèle une menace lorsqu’une créature tente de se servir des écrans comme porte d’entrée dans la réalité pour venir s’emparer de l’enfant.
Le principal problème de ces courts-métrages gonflés souvent artificiellement réside pour leurs auteurs dans le fait de se reposer un peu trop sur leur concept initial sans développer suffisamment les fondations, tenants et aboutissants d’un film plus long (voir Dans le noir pour s’en convaincre). Ici, Jacob Chase se sort assez bien du piège, en creusant avec pertinence certains aspects essentiels de son script, faisant s’interconnecter les versants humains et fantastique du film, en leur donnant une certaine résonnance à travers la problématique des risques liés aux téléphones, tablettes et autres écrans. Une thématique bien dans l’air du temps, mais qui échappe à l’opportunisme primaire en faisant de son jeune héros un inadapté social, pour qui les écrans sont les seuls moyens de communiquer avec l’entourage. Une manière plutôt habile de traiter son sujet, sans pour autant verser dans la critique primaire mais sans omettre pour autant d’aborder les dangers liés à la dépendance et surtout à l’intrusion d’étrangers pas toujours bien intentionnés à l’égard des jeunes utilisateurs. De manière plutôt habile, le réalisateur renvoie en miroir les deux personnage d’Oliver et de la créature Larry, deux être à leur manière isolés, contraints de communiquer par un biais détourné et qui sont, quelque part, destinés à se rencontrer. Un lien pertinent qui ne retrouve pas la même justesse malheureusement dans la relation entretenue par le jeune garçon et ses camarades de classe, dont la progression des rapports est dépeinte de manière caricaturale et un peu artificielle.

Humains avant tout

L’aspect purement horrifique du film ne surprendra pas grand monde, Come Play reste dans des codes déjà bien rodés du genre, même s’il les réutilise de manière efficace. Et pourtant, ça n’était pas gagné d’avance… Come Play débute assez laborieusement avec une première scène d’angoisse, comme on en a vu mille dans le genre. Le film inquiète d’autant plus avec l’usage de gimmicks de mise en scène un peu too much (les vues subjectives du téléphone portable), et on redoute que le concept du film soit traité dans un premier degré opportuniste, tout en rabâchant les éternels jump-scares du genre. Le design visuel autant que l’approche sonore liés à la créature sentent bon le déjà-vu, mais Jacob Chase déploie quelques belles idées de mise en scène pour la traiter à l’écran, la révélant aux yeux des personnages grâce à un jeu sur les sources de lumières qui vacillent à son approche, mais également par l’usage des écrans et applications permettant de la localiser dans l’espace. Il a ainsi retenu les leçons sur l’usage du hors-champ et s’en sort de manière plutôt astucieuse, même s’il ne réinvente pas non plus la roue. Certaines scènes font monter la pression de manière très convaincante, jusqu’à un final, qui titille la fibre émotionnelle de manière inattendue, où un jeu de regard se révèle bouleversant, aboutissement d’un cheminement empruntant là encore à d’autres films comme Mama ou Mister Babadook, qui placent le drame familial à hauteur de la dimension horrifique. Come Play se révèle plus modeste à cet égard, mais parvient à toucher au but, se révèle même d’une efficacité surprenante et apporte clairement sa pierre à l’édifice du film de genre habité. Usant de codes éculés, Come Play est un élève appliqué mais qui ne surprend jamais dans sa dimension horrifique. Il trouve néanmoins une pertinence plus inattendue dans ses ramifications émotionnelles et dans son discours à portée sociale, ancrant son récit dans une réalité très contemporaine et laisse, au final, une saveur d’œuvre plus aboutie que la moyenne dans le genre, qu’il serait donc dommage de ne pas découvrir…

Note : 3 sur 5.

COME PLAY. De Jacob Chase (USA – 2020).
Genre : Horreur. Scénario : Jacob Chase. Interprétation : Gillian Jacobs, John Gallagher Jr, Azhy Robertson, Winslow Fegley… Musique : Roque Baños. Durée : 96 minutes. Disponible en Blu-ray chez Universal Pictures (25 août 2021).


L’édition Blu-ray de UNIVERSAL PICTURES

TECHNIQUE. Le disque proposé par Universal est d’une excellente facture technique. Côté image, le master utilisé donne lieu à une définition pointue, avec un piqué précis et des contrastes remarquablement bien marqués, notamment des noirs profonds. Côté son, la piste anglaise en DTS-HD Master Audio 5.1 est puissante et dynamique, avec une spatialisation des sons remarquablement bien gérée. La piste française proposée en DTS 5.1 est correcte mais logiquement inférieure.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. Néant.


Retrouvez la fiche du film COME PLAY sur le site CineTrafic.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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