[Critique] MAMA d’Andrés Muschietti

MAMA d'Andrés Muschietti

MAMA d'Andres Muschietti

Mama, premier long-métrage d’Andrés Muschietti, produit par Guillermo Del Toro, a tout du film bicéphale. Film d’horreur mâtiné de drame familial, puisant clairement son inspiration tant dans le cinéma fantastique espagnol que la vague de l’horreur japonaise, Mama fait frissonner autant qu’il tire les larmes, et affiche de belles qualités autant qu’il déçoit.
Basé sur le court-métrage homonyme hyper efficace et terrifiant du même Andrés Muschietti, Mama « le film » est avant toute chose un condensé de savoir-faire, une véritable démonstration d’un talent évident de mise en scène. Techniquement, le jeune cinéaste argentin prouve avec cette première production toute sa maîtrise en matière de cinéma fantastique. Les scènes horrifiques, bien qu’un poil redondantes et parfois attendues, sont d’une redoutable efficacité. Son fantôme emprunte largement à la représentation toute japonaise des Sadako (Ring) et autres spectres aux cheveux gras et longs, tandis que la mise en place de ses apparitions allie finesse et fracas lorsque Mama fait irruption dans un coin de l’écran et jaillit vers la caméra. Le tout est certes, très classique, mais réalisé avec tant de propreté et de savoir-faire que cela marche, l’effet de peur est bien présent. L’effroi dans Mama vient également de l’utilisation réfléchie du cinéaste (et sûrement de son producteur), des peurs les plus primaires pour la plupart liées aux craintes enfantines, comme celle du noir, de la présence tapie dans l’ombre, de la cabane perdue au beau milieu de la forêt, des craquements et autres sources sonores déstabilisantes… La grammaire cinématographique employée par Muschietti est une partition connue mais jouée admirablement. Un résultat efficace qui doit pourtant faire avec des effets spéciaux un peu décevants, donnant à voir un fantôme en images numériques pas des plus réussies, pour le coup réellement impalpable et irréel tant son incrustation à l’image n’est pas exempte de tout reproche. Il faudra également passer outre quelques grosses ficelles et autres clichés bien trop souvent utilisés dans ce genre de production (le médecin qui mène sa propre enquête… bof) et ne pas être trop regardant sur un déroulement du temps incohérent et un peu facile (les visites à la cabane se font évidemment toutes de nuit… mouais).

MAMA d'Andrés Muschietti

Le spectre de la maternité

Là où Mama surprend, c’est dans son choix d’associer au film de peur le drame familial, une habitude pour le coup typiquement liée à la récente tradition des films fantastiques espagnols (encore qu’en étant tatillon, le cinéma d’Hideo Nakata n’est pas loin non plus). Les premières scènes du film, voyant un père désespéré s’enfuir avec ses deux fillettes dans les bois enneigés, puis s’abriter dans une cabane en hurlant toute sa douleur de devoir mettre fin à leur jour, sont elles mêmes remarquables de justesse, et vont titiller des sentiments pas toujours convoités par le cinéma d’horreur.
De son côté, le personnage d’Annabel, joué sans fausse note par Jessica Chastain, est l’antithèse de la figure de la mère, à l’inverse du spectre Mama. Thème central du film, la maternité est explorée sous la forme de deux déclinaisons : la femme vivante qui peine à souhaiter, à aimer et comprendre les enfants, et la revenante dont l’âme erre, portée par l’amour d’un bébé disparu qu’elle transpose chez les deux fillettes. Même s’il n’est pas toujours décrit aussi finement que l’on pourrait espérer, avec un manque certain de nuances par instants, ce rapport à la maternité finit par prendre le pas sur les scènes d’effroi. Une direction qui culmine dans un climax qui n’en finira plus de tirer les larmes des spectateurs/parents n’éprouvant aucune difficulté à se projeter dans cet étrange rapport d’amour maternel entretenu entre un fantôme et une fillette devenue sauvage, et dont la réinsertion dans la société, devenue impossible, ne peut connaître d’autre issue que la mort.
Si on pourra reprocher ce final trop long et quelque peu pompier dans son utilisation d’une musique clairement destinée à sortir les mouchoirs, on ne pourra qu’être terrassé par les images et le maelström de sentiments déployés dans cet épilogue. De toute évidence, on partait pour être terrifié par un bon film de fantômes, et l’on se retrouve terrassé, le cœur déchiré par une histoire d’amour entre une mère et sa fille. Bouleversant !

MAMA d'Andres Muschietti


MAMA
Andres Muschietti (Espagne/Canada – 2013)

3-5

Genre Horreur – Interprétation Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Isabelle Nélisse… – Musique Fernando Velásquez – Durée 100 minutes. Distribué par Universal.

L’histoire : Deux petites filles ont disparu dans les bois le jour où leur parents ont été tués. Des années plus tard, celles-ci sont retrouvées et adoptées. Mais une certaine Mama continue de leur rendre visite…

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Comments

  1. YoupiZedog says:

    Bien cotent d’avoir vu le film avant de lire ta critique: tu spolie les méchamment mon ami ! À part ça, plutôt d’accord avec toi. Moi qui ne suis pas fan de films d’horreur, j’ai été conquis car j.ai été touché. Au final: un beau petit film fantastique.

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    • Je comprends que le film t’ai plu. Au final, c’est plus le côté émotionnel lié au drame familial qui m’a parlé que l’aspect horrifique qui reste en effet très classique, mais efficace. Bon pour les spoils, en effet, pas évident de rédiger une critique sans dévoiler certains éléments de l’intrigue… J’aurais du prévenir 😉
      Youpi ! Christophe a aimé un film d’horreur !!!!!!!!

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Trackbacks

  1. […] La portée sociale du film est évidente, sans pour autant paraître balourde. Le décor, constitué par la zone d’immeubles désaffectés, véritable personnage à part entière du film, renvoie évidemment aux banlieues laissées à l’abandon, dans une imagerie qui n’est pas sans évoquer également certains récits post-apocalyptiques. Un mélange qui fonctionne. On peut également voir dans Citadel une parabole sur la crainte de la perte d’un enfant, retiré à un parent psychologiquement instable par les services sociaux. Le réalisateur semble laisser dans un premier temps la porte ouverte à un doute sur la véracité des attaques des créatures, tant le personnage principal semble ne plus discerner le cauchemar et la réalité. Et si cette agression n’était que la transposition des angoisses du jeune homme… En cela, Citadel développe une approche poignante de la paternité qui n’est pas sans rappeler le discours maternel d’un autre film d’horreur récent et très réussi, Mama d’Andy Muschietti. […]

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  2. […] avec l’arrivée à la barre d’Andrés Muschietti, auteur du très bon et remarqué Mamá, et choix à première vue pertinent si l’on considère la noirceur et l’émotion […]

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  3. […] Muschietti aux commandes de Ça suscitait beaucoup d’espoir. Avec son premier long-métrage, Mama, sorti en 2013, et dont le sujet central explorait déjà l’enfance pervertie, le cinéaste […]

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  4. […] développant une véritable sensibilité pour le cinéma horrifique. Ses précédents films (Mama) en témoignent. Une appétence et un savoir-faire pour le genre qui se couplent à une approche […]

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