[Série TV] LA GUERRE DES MONDES de Craig Viveiros

Les Heures sombres

Le roman d’H.G. Wells La Guerre des Mondes a déjà généré un certain nombre d’adaptations depuis sa parution en 1898. Du célèbre feuilleton radiophonique d’Orson Welles en 1938 à la transposition au grand écran par Steven Spielberg avec Tom Cruise en 2005, en passant par le film de Byron Haskin de 1953, cette histoire d’invasion extraterrestre n’a cessé d’infuser la culture populaire, s’invitant sur les écrans, autant que dans les cases de bande-dessinées, ou les pixels des jeux vidéos… En 2019, hasard du calendrier, deux séries devaient voir le jour simultanément. Une coproduction américano-franco-anglaise maousse-costaud commandée par Canal + et la Fox, au casting international réunissant Gabriel Byrne, Elisabeth McGovern ou encore Léa Drucker… et comptant pour le moment deux saisons. Et en parallèle une mini-série plus ramassée en trois épisodes, 100 % british celle-ci puisque signée BBC One. C’est cette dernière qui nous intéresse aujourd’hui. Créée par le téléaste Craig Viveiros, cette nouvelle adaptation de La Guerre des Mondes pensée pour la petite lucarne s’inscrit dans une certaine forme de fidélité à l’œuvre originale. Une certaine forme seulement… Tout d’abord, la série fait le choix marquant et inédit de respecter l’époque à laquelle se déroule le roman de Wells. C’est donc au début du XXe siècle que s’écrasent dans la campagne anglaise des météorites abritant les inquiétants tripodes géants extraterrestres semant la destruction sur Terre. Un ancrage temporel pas si anodin que cela et qui apporte une vraie plus-value à cette nouvelle version, puisqu’on y découvre une époque déjà fascinée par l’espace, les planètes et des interrogations majeures sur : qu’est-ce qu’il y a là-haut ? On décèle également dans cette nouvelle adaptation une partie critique du pouvoir anglais et du colonialisme, notions déjà ouvertement présentes dans le livre de Wells. Par ailleurs, la question des maladies infectieuses, dont on ne dévoilera pas la finalité ici, s’inscrivent à nouveau dans leur contexte d’époque.

La Guerre des nerfs

La volonté d’apporter un trait fidèle à l’oeuvre matricielle trouve néanmoins ses limites, car cette Guerre des Mondes 2019 prend également soin d’assurer ses distances, en s’octroyant quelques libertés, notamment sur le déroulé de l’intrigue, avec l’ajout de scènes prenant place après les événements principaux, dans un hypothétique futur où les survivants tentent de (se) reconstruire un monde dévasté et de comprendre comment les extraterrestres ont été vaincus. Alternant avec le récit principal, ces scènes créent un rythme plus haché, mais offrent également une vision post-apocalyptique pas inintéressante. Autre liberté prise par les auteurs, le traitement des personnages. Cette adaptation “So British” donne la part belle à Amy, qui forme un couple avec un journaliste, Georges, en conflit avec son ex-épouse. La jeune femme porte toute l’attention des auteurs et se révèle la plus fouillée psychologiquement. Effrayée, combative, devant faire face à des choix cruciaux, elle est par ailleurs impeccablement incarnée par la comédienne Eleanor Tomlinson (Alice au Pays des Merveilles). Les personnages masculins sont un peu moins intéressants, Rafe Spall (Le Rituel) manque un peu de charisme, l’inusable Rupert Graves (Sherlock) joue une partition un peu trop attendue, quand ils ne sont pas simplement trop peu exploités, comme l’astronome prometteur mais jouant les utilités interprété par Robert Carlyle (Vorace).
Heureusement, la série de Craig Viveiros se montre inspirée dans sa mise en scène, qui sait rester discrète quand l’histoire le réclame, ou faire dans le spectaculaire quand l’intrigue l’impose (la destruction du village, la scène sur la plage). Franchement, cette variation de La Guerre des mondes n’a pas à rougir en termes d’action et surtout, conserve un cachet historique et une honnêteté dans ce qu’elle raconte tout à fait remarquables. Tout juste pourra-t-on pinailler sur un rythme qui s’essouffle quelque peu dans le troisième épisode. Mais cette adaptation tient extrêmement bien la route, par sa forme très soignée et l’indéniable cachet qui se dégage de cette production BBC aux effets spéciaux globalement très convaincants.

Note : 3.5 sur 5.

LA GUERRE DES MONDES. De Craig Viveiros (Royaume-Uni – 2019).
Genre : Science-fiction. Scénario : Peter Harness, d’après le roman homonyme de H. G. Wells. Interprétation : Eleanor Tomlinson, Rafe Spall, Rupert Graves, Nicholas Le Prevost, Harry Melling… Musique : Russ Davies. Durée : 3×50 minutes. Disponible en Blu-ray chez Elephant Films (19 mai 2021).


L’édition Blu-ray d’Elephant Films

TECHNIQUE. Beau travail sur l’image avec une copie qui délivre un piqué très correct et une définition remarquable. Pas de problèmes de colorimétrie, ni de contrastes. On pourra juste pinailler sur des incrustations numériques parfois un peu moins heureuses, mais le rendu visuel de cette édition reste de très bonne qualité. Les pistes sons en VO et VF sont proposées dans un DTS HD Master audio 5.1 qui carbure. Gestion de la répartition des sons étonnante pour une mini-série anglaise, comme dit plus haut, les scènes d’action sont généreuses en effets, notamment les tripodes qui révèlent une spatialisation des sons surprenante. Les dialogues sont également logés à bonne enseigne, clairs et précis.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. En dehors d’une galerie de photos et de bande-annonces de l’éditeur, on trouve un supplément d’à peine quinze minutes, donnant la parole à l’inévitable spécialiste des séries Alain Carrazé qui, avec humour, retrace l’œuvre de H.G. Wells, ainsi que les différentes adaptations de La Guerre des Mondes. Amusant.

Note : 2 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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