[Be Kind Rewind] LES CROCS DE SATAN de Gordon Hessler (1970)

Peace, Love and Blood

Sorti en 1970, soit deux ans après Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves, Les Crocs de Satan réalisé par Gordon Hessler (Le Cercueil vivant, Lâchez les monstres) est à nouveau un film de chasse aux sorcières qui pourrait en constitue une sorte de prolongement tout en validant une approche quelque peu différente. Produit par la firme American International Pictures, le film met en vedette le même Vincent Price dans un rôle proche de celui du film de Michael Reeves, soit Lord Whitman, un aristocrate régnant d’une main de fer sur un petit village où, avec ses fils, il chasse les sorcières de manière implacable. Frustré du champ d’action limité offert par le réalisateur sur Le Grand Inquisiteur, Price endosse à nouveau le costume avec pas mal de délectation et un jeu plus outrancier, pour un personnage pas moins inflexible. Les villageois soupçonnés de frayer avec le Diable sont impitoyablement condamnés à mort, sans autre forme de procès qu’une parodie de justice. Ce qui est bien pratique pour se débarrasser des jeunes femmes injuriées et abusées physiquement par les membres de cette famille despotique. A travers ce tableau guère reluisant, Gordon Hessler et les scénaristes Tim Kelly et Christopher Wicking (Les Démons de l’esprit) livrent un plaidoyer féministe à peine dissimulé. La figure de la femme y est clairement sous l’emprise d’un patriarcat étouffant et humiliant, à peine bonne à souffrir des brimades et agressions masculines. Les personnages féminins ne sont que des corps à exploiter, à humilier dans un mépris quasi caricatural, quand ils ne sont pas présentés comme totalement dingues (l’épouse). Un constat qui se trouve encore décuplé dans la version Director’s Cut proposée en bonus dans cette édition, plus longue de quelques minutes que le montage initial, et qui en montre davantage en termes de nudité et de débordements gores (même si tout cela reste assez chaste), positionnant d’ailleurs le film dans un double discours un peu contradictoire sur la représentation de la femme à l’écran. C’est néanmoins sur cette toile de fond relativement engagée que Les Crocs de Satan révèle sa sensibilité horrifique, qui se retrouve inévitablement liée aux excès de cette famille dominante.

Loup y es-tu ?

En s’attaquant à un groupe de jeunes païens qu’il décime sans remords, Lord Whitman voit son action virile se retourner contre lui, puisque Oona, une véritable sorcière pour le coup, lance une malédiction qui atteint les membres de sa lignée, chacun d’eux succombant aux assauts d’une mystérieuse entité. La menace initialement sans visage, puis exprimée par des grognements inquiétants, par des ombres, avant de frapper mortellement, se matérialise progressivement en une présence monstrueuse qui place enfin le film dans le genre fantastique, même si sa créature à tendance lycanthrope gagne néanmoins à rester tapie dans l’ombre. Avec une tension aux abonnés absents, l’aspect horrifique n’est pas, au final, le plus intéressant d’un film qui se révèle plus pertinent dans ce qu’il dit de la société anglaise de l’époque. Comme le souligne de manière très juste Pascal Français dans les bonus de cette édition, Les Crocs de Satan, sous ses apparats de film de genre d’époque classique post-période Hammer, se révèle une oeuvre solidement ancrée dans le début des années 70, et l’on peut voir clairement des résurgences du mouvement hippie et des contestations pacifiques du Flower Power à travers ces jeunes païens célébrant la vie en réaction à la rigueur et la poigne de Lord Whitman et ses ouailles. 
Malgré sa facture visuelle peu enthousiasmante, son accroche fantastique un peu faiblarde mais pas dénuée d’intérêt, Les Crocs de Satan n’est pas un film de genre mémorable, loin de là, mais il finit par fasciner dans sa manière de faire écho assez hardiment à l’Angleterre du début des années 70, une pertinence de ton qui lui confère un indéniable charme… A noter également un générique d’ouverture en images découpées et animées assez déconcertant pour le genre et l’époque, signé par un certain Terry Gilliam.

Note : 2.5 sur 5.

LES CROCS DE SATAN (CRY OF THE BANSHEE). De Gordon Hessler (Royaume-Uni – 1970).
Genre : Horreur. Scénario : Tim Kelly et Christopher Wicking. Interprétation : Vincent Price, Hilary Heath, Carl Rigg, Essy Persson, Stephan Chase… Musique : Les Baxter et Wilfred Josephs. Durée : 91 minutes. Disponible en Blu-ray chez ESC Editions (18 août 2021).


L’édition Blu-ray d’ESC EDITIONS

TECHNIQUE. L’éditeur s’excuse d’avance pour la qualité de l’image proposée, et pourtant, si l’on excepte quelques tâches et griffures plutôt rares, rien à dire globalement sur une image de très belle facture, nette et précise, granuleuse juste ce qu’il faut, avec des contrastes d’excellente qualité. Une édition Haute définition qui a tout pour plaire.
Côté son, on reste évidemment sur des pistes limitées au mono d’origine, mais la qualité d’ensemble assure une dynamique bienvenue, avec un très bon équilibre entre les dialogues, nets, et la musique bien mise en avant. Attention néanmoins, la version française souffre d’un chuintement permanent assez peu agréable. Défaut du disque ou problème généralisé ? A vérifier.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. Le film s’intègre au sein de la collection « British Terrors » de l’éditeur ESC. Comme de coutume, on y trouve un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec (que nous n’avons pas pu consulter). La section bonus dispose également d’un supplément donnant la parole à Pascal Français qui, dans sa présentation, dresse un panorama passionnant et pertinent sur le film et sa portée. Enfin, l’éditeur propose en plus la version Director’s Cut du film, plus longue de 4 minutes, censurée sur certains plans de nudité et d’effets sanglants, qui inverse la place de certaines séquences (l’attaque des païens est remonté en ouverture du film) et figeant les images du générique initialement animées de Terry Gilliam.

Note : 3 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

2 Comments on [Be Kind Rewind] LES CROCS DE SATAN de Gordon Hessler (1970)

  1. Je suis plus indulgent que toi… tout à fait ma came celui là.
    Et j’ai reçu ce matin Le Cercueil vivant… hâte 😉

    J’aime

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