[Critique] NOPE de Jordan Peele

Premier contact

Troisième film derrière la caméra pour Jordan Peele, après les étonnants et très réussis Get Out (2017) et Us (2019), Nope consolide la carrière, la réputation et la crédibilité réelle du comédien/réalisateur dans le cercle restreint des personnalités qui comptent dans le paysage du cinéma de genre mondial. Aussi à l’aise dans l’exploitation des grands thèmes fantastiques et horrifiques, que la gestion de la tension, Peele parvient à proposer des œuvres ancrées dans leur temps, et se plait surtout à y injecter une bonne dose de discours soci(ét)al, mettant la lumière (avec plus ou moins de subtilité) sur les questions de racisme et de représentativité raciale. Avec Nope, Peele continue de creuser son sillon, celui d’un cinéaste sûr de ses effets et de son discours, et qui n’oublie jamais le côté Entertainment de son travail. Pas mal de mystère entourait la conception et la promotion du film, mais l’orientation « invasion extraterrestre » ne laissait aucun doute. Cependant, pour qui peut rester le plus imperméable possible aux infos et autres spoilers, la découverte du film conservera toute sa puissance d’évocation. Car Jordan Peele signe avec Nope sa proposition la plus ambitieuse jusqu’à aujourd’hui. Il mêle avec brio le récit fantastique attendu à une vraie réflexion sur la fascination, le pouvoir des images et la place du regard, offrant un miroir au spectateur, à ses attentes, aux excès des réseaux sociaux. Mais il scrute également les velléités des professionnels du spectacle et met en lumière les arcanes du monde du divertissement avec un mordant juste et remarquable. Comme si cela ne suffisait pas, Peele remet en perspective le Cinéma et son histoire, s’appuyant sur le western, genre mythique s’il en est, et son imagerie tout en assumant la mise en parallèle de ses héros à tenter de filmer l’impossible, avec les premières images du cinématographe (et la place du cowboy noir dans l’Histoire).
Totalement singulier et imprévisible, ce blockbuster de genre tente beaucoup de choses, ne réussit pas tout, notamment dans son utilisation assumée des archétypes (le personnage de Michael Wincott, sorte de double du vieux loup de mer Quint de Jaws, ici obsédé par l’image parfaite), mais la plupart du temps, brille par la pertinence de son discours et de son dispositif narratif à la mécanique périlleuse mais implacable. Tout en marquant durablement la rétine par certaines images et séquences tétanisantes (le design poétique de la créature et sa « digestion » cauchemardesque, tout l’épisode traumatisant du chimpanzé). Du grand cinéma !

Note : 4.5 sur 5.

NOPE. De Jordan Peele (USA – 2022).
Genre : Science-fiction/horreur. Scénario : Jordan Peele. Interprétation : Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeun, Brandon Perea, Michael Wincott, Wrenn Schmidt, Keith David… Musique : Michael Abels. Durée : 135 minutes. Distribué en salles par Universal Pictures (10 août 2022).

L’histoire : Les habitants d’une vallée perdue du fin fond de la Californie sont témoins d’une découverte terrifiante à caractère surnaturel.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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