[Be Kind Rewind] MAIS… QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? de Massimo Dallamano (1972)

A nous les petites Anglaises...

Giallo parmi les plus réputés, Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? de Massimo Dallamano, sorti en 1972, est également l’un des plus célébrés. Coproduction entre l’Italie et l’Allemagne, tournée en partie en langue anglaise, le film place son action à Londres, où le meurtre sauvage d’une collégienne dans un petit bois au bord de la Tamise bouleverse l’opinion public. Présents sur les lieux au moment des faits, Enrico Rossini et Elizabeth Seccles, respectivement professeur d’italien et lycéenne dans le même établissement que la victime, entretiennent une liaison. Tandis que l’enseignant mène sa propre enquête, l’assassin traque sa prochaine victime : Elizabeth…
Comment expliquer que le film de Massimo Dallamano a tant marqué le genre et en constitue aujourd’hui encore un sommet ? Par sa connaissance et sa fidélité aux codes du giallo d’abord. Une sombre histoire de vengeance s’ancrant dans un épisode du passé, qui conduit à une série de meurtres. Un personnage central, tout d’abord suspect, puis partie prenante de l’enquête de police. Un tueur non-identifié dont la caméra épouse le point de vue, qui n’est dévoilé au spectateur que par ses mains gantées et le long couteau, plus phallique que jamais, qu’il utilise pour tuer. Le tout sur une musique de l’éternel Ennio Morricone. Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? remplit brillamment sa feuille de route, mais, à l’image des plus grand gialli, y apporte une vraie vision du genre et la pimente d’un très très belle part de déviance sexuelle. Les meurtres y sont perpétrés principalement sur de jeunes filles. Ces-dernières sont par ailleurs présentées comme des lycéennes à l’innocence perdue, qui n’ont pas froid aux yeux, prêtes à expérimenter, à franchir des limites. Le film parle dès son introduction d’une relation entre un professeur et l’une de ses élèves, alors que le récit laisse clairement entendre que d’autres jeunes filles n’hésitent pas à multiplier des aventures amoureuses avec des partenaires plus âgés, comme un jeu dont elles doivent assumer les conséquences. Une odeur de souffre plane sur Mais… qu’avez-vous fait à Solange ?, accentuée par le modus operandi du tueur qui, dans un même geste de sexe et de mort, viole et tue ses victimes à l’aide d’un long poignard pénétrant leur vagin, comme une forme d’aboutissement des névroses de toute une lignée d’assassins déviants mis en scène dans l’histoire du giallo, voire du film de psycho killer tout court. Ce qui en fait une œuvre vénéneuse, décadente (et précieuse) à bien des égards. Dallamano récidivera dans ces thématiques en 1974 avec La Lame infernale.

Un giallo majeur

Le film de Dallamano se veut mal élevé comme il se faut, tapant sur la bourgeoise catholique, anglaise certes, mais pas si éloignée de la tradition italienne. Il distille par ailleurs une morale assez ambigüe, dont on ne saurais révéler les tenants et aboutissants sans déflorer l’intrigue. Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? perpétue l’enquête menée par un policier acharné, (le Teuton Joachim Fuchsberger), au côté du (anti-)héro interprété par un Fabio Testi (La Poursuite implacable, L’important c’est d’aimer) extrêmement convaincant ici. Alors que les cadavres se succèdent dans l’environnement du professeur coupable d’adultère, les suspects potentiels ne sont pas moins nombreux, respectant la tradition du whodunit. Massimo Dallamano s’appuie, par ailleurs, sur une mise en scène très solide. Le réalisateur, également chef opérateur sur Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone, est un solide technicien, très inspiré, qui s’octroie ici les services de Joe D’Amato (Aristide Massaccesi) à la photographie, pour laquelle le futur cinéaste polisson tirera le meilleur partie d’éclairages et sources lumineuses pour distiller une ambiance angoissante. En résulte un giallo extrêmement abouti sur le plan visuel, pour ne pas dire magnifique, dont quelques séquences restent mémorables. On n’est pas dans le baroque du Venin de la peur de Lucio Fulci, mais dans un thriller policier de premier ordre, qui pourra évoquer par ses thématiques La Longue nuit de l’exorcisme du même Fulci. Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? n’en demeure pas moins un film éblouissant et perturbant, qui figure sans problème au panthéon du giallo, au côté des références précitées.

Note : 4.5 sur 5.

MAIS… QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? (Cosa avete fatto a Solange?). De Massimo Dallamano (Italie/Allemagne – 1972).
Genre : Giallo. Scénario : Bruno Di Geronimo, Massimo Dallamano et Peter M. Thouet d’après le roman d’Edgar Wallace Les Deux Épingles. Interprétation : Fabio Testi, Cristina Galbó, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, Günther Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton… Musique : Ennio Morricone. Durée : 107 minutes. Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume (1er août 2022).


L’édition Blu-ray du Chat qui Fume

TECHNIQUE. Une édition magnifique pour ce giallo déjà édité au format DVD en France chez Neo Publishing il y a quelques années. Avec cette galette HD, on se retrouve néanmoins dans une toute autre dimension, avec une image somptueuse, baignée dans un grain prononcé et mettant en valeur comme jamais la superbe photographie de Joe D’Amato. Les noirs, les contrastes, la luminosité sont solides, en dehors de quelques défauts d’image anecdotiques.
Alors que le film a été tourné en partie en anglais, ce sont la version italienne et la version française qui sont proposées ici, toutes deux en DTS-HD MA 2.0. C’est très propre dans les deux cas.

Note : 4.5 sur 5.

INTERACTIVITE. Côté suppléments, l’éditeur nous propose des entretiens riches en anecdotes avec les comédiens Fabio Testi (20′), Pilar Castel (24′) et le producteur avec Fluvio Licisano (10′), ainsi qu’une bande-annonce.

Note : 3 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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