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[Be Kind Rewind] LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME de Lucio Fulci (1972)

Film majeur du cinéaste italien Lucio Fulci, LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME (1972) mérite d'être redécouvert pour ses indéniables qualités plastiques et son discours nihiliste absolument jouissif...

LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME de Lucio Fulci

LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME de Lucio FulciLa carrière éclectique de Lucio Fulci sur près d’une trentaine d’années a conduit le réalisateur italien a œuvrer dans bon nombre de genres différents et à proposer une série de films marquants qu’on ne saurait trop recommander. Parmi les sommets d’un cinéaste ayant connu des hauts et des bas, on cite volontiers les brillants L’Enfer des zombies (1979), Frayeurs (1980), L’Au-delà (1981), ou encore son extraordinaires giallo Le Venin de la peur (1971). Pourtant, il ne faudrait pas oublier l’incroyable Longue nuit de l’exorcisme, (Non si sevizia un paperino – Ne torturez pas un caneton dans une version originale plus pertinente), que Fulci a réalisé en 1972, dans la foulée du Venin de la peur et qui pourrait bien constituer son oeuvre la plus aboutie.

Avec La longue nuit de l’exorcisme, Lucio Fulci semble à nouveau se jouer des règles du giallo. On y retrouve certes, une série de meurtres, perpétrés par un tueur mystérieux, en caméra subjective, une enquête de police… Mais la trame « giallesque » importe finalement moins que les personnages hauts en couleur et surtout le cadre rural de l’action. Les canetons du titre original, ce sont les jeunes garçons d’un petit village campagnard, relié à la ville par un gigantesque aqueduc. Les enfants sont menacés par un assassin qui prend un plaisir pervers à les éliminer les uns après les autres. Gravitant autour de ces crimes, un panel de personnages marquants, autant de suspects potentiels, mais surtout de dignes représentants des institutions de l’Italie des années 70 : policiers, journaliste, homme d’église, bourgeoise, paysan, bohémienne… Ces petites marionnettes ne sont que les pions représentatifs d’une Italie des seventies que Fulci sulfate à tour de bras avec un plaisir sadique : aucun ne trouve grâce à ses yeux (même pas les enfants), et c’est à un véritable jeu de massacre qu’il se livre, dans un élan aussi nihiliste que macabre.
Le cinéaste italien repousse un peu plus encore les limites de ce qu’il était acceptable de montrer. S’il ne film que partiellement les meurtres des enfants, Fulci prend bien soin de montrer le résultat, dans un maelstrom de morbidité et de provocation. Provocation qu’il conduit également sur le terrain de la sexualité déviante, que ce soit le désir d’un enfant pour une femme mûre, ou suggérant de manière assez appuyée par certains aspects, des rapports pédophiles latents entre certains personnages. En cela, La Longue nuit de l’exorcisme constitue peut-être le sommet sadique de la carrière de son auteur, lui qui n’a cessé de contempler les chairs déchirées, mais également de scruter la folie latente et la violence tapies au sein de ses personnages.

Le zénith d’une carrière

Avec ces thématiques liées au sadisme et à la violence morbide, le connaisseur de Lucio Fulci se retrouve en terrain conquis. Mais ce qui est remarquable dans cette Longue nuit de l’exorcisme, c’est que le cinéaste livre ici ce que l’on pourrait aisément considérer comme une forme d’aboutissement, un zénith dans sa carrière dans le sens où l’on y trouve la meilleure harmonie entre sa mise en scène et son propos. Déjà très inspiré dans ses meilleurs films (cités en tête de cet article), le réalisateur de La Maison près du cimetière donne ici une confirmation de son talent : La longue nuit de l’exorcisme est d’une maîtrise technique totale, Fulci y shootant sûrement quelques uns de ses plus beaux plans, et concevant des cadres parmi ses plus inspirés. Les incontournables mouvements de caméras « zoom/dézoom », symptomatiques du cinéma bis transalpin des années 70, ont rarement été autant à la hauteur, baignés qu’ils sont de la lumière superbe signée du directeur de la photographie Sergio D’Offizi (complice de Ruggero Deodato sur La maison au fond du parc – 1980, Cannibal Holocaust – 1980). Le film s’appuie par ailleurs sur un casting de haute volée de spécialistes du cinéma Bis. Florida Bolkan (déjà à l’affiche Venin de la peur), livre ici une prestation sauvage en bohémienne pratiquant la magie noire, puis touchante en victime de la vindicte populaire. Barbara Bouchet (La tarentule au ventre noir de Paolo Cavara, 1971) est quant à elle à la fois sensuelle en femme fatale et d’un érotisme désarçonnant. Côté masculin, l’immense Tomás Milián (Colorado de Sergio Sollima – 1966) affiche une fois encore sa silhouette prototype du cool, dans la peau d’un journaliste fouineur. Marc Porel (Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuil – 1969) n’est pas en reste dans la défroque du curé.
Que ce soit dans sa réalisation ou son interprétation, avec la grandiloquence inhérente au cinéma italien de l’époque, tout respire une certaine forme d’excellence dans cette Longue nuit de l’exorcisme. En dépit d’un final un peu trop grand guignolesque, le film de Lucio Fulci pourrait finalement s’élever au rang de pièce maîtresse de son auteur. Au côté du Venin de la peur… et de ses contes gores et baroques que sont Frayeurs et L’Au-delà… et de L’Enfer des zombies. Une oeuvre des plus que remarquable et pertinente dont la réévaluation actuelle n’est que justice.


LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME
Lucio Fulci (Italie – 1972)

4-5

Genre Giallo – Interprétation Florinda Bolkan, Barbara Bouchet, Tomás Milián, Marc Porel, Georges Wilson… – Musique Riz Ortolani – Durée 108 minutes – Disponible en Blu-Ray et DVD chez Le Chat qui fume.

L’histoire : Début des années 70, dans le sud de l’Italie, un petit village de montagne est plongé dans la terreur : de jeunes garçons se font mystérieusement assassiner et la police semble avoir du mal à identifier le meurtrier. Les pistes sont nombreuses, mais aucune ne semble réellement aboutir. La tension monte au sein de cette petite communauté et les habitants commencent à désigner des coupables. Pendant ce temps, les crimes odieux continuent.


Le Blu-Ray du Chat qui fume

Comme à l’accoutumée avec l’édition du Chat qui fume, l’objet est beau, le packaging en digipack est soigné, avec un livret de photos et affiches du film, et la présence du combo Blu-Ray + DVD. Du beau boulot dès le départ. Puis vient le contenu éditorial, pantagruélique une fois de plus. On se dit qu’un jour ou l’autre, qualité du film édité mis à part, Le Chat ne retombera pas sur ses pattes et va se gaufrer sur un master pas top ou des bonus peu enthousiasmants… Le fait est que ce n’est pas pour aujourd’hui.

Et heureusement, tant La Longue nuit de l’exorcisme, sans conteste l’un des films de Fulci les plus aboutis, méritait une édition à la hauteur. Amen ! On est encore dans du très haut niveau. A commencer par les caractéristiques techniques du Blu-Ray. Celui-ci dispose d’un master restauré magnifique, nettoyé de toute imperfection notable, d’une luminosité exemplaire et d’un niveau de détail remarquable. Les couleurs sont vives, très bien contrastées, avec un grain léger juste ce qu’il faut pour sentir l’aspect « physique » du film, son côté rural et terreux, ainsi que le soleil de plomb qui baigne l’image. Côté son, là aussi c’est encore un sans-faute, avec des dialogues clairs, une musique et des effets sonores bien mis en avant. Et cela vaut autant pour la version italienne originale, que pour la version française, même si cette dernière est complétée par de la VOST car le film est présenté dans une version intégrale dont certains passages n’ont jamais été doublés en français.

la-longue-nuit-de-l-exorcisme-1.jpg

Du côté de l’interactivité, là encore, c’est juste énorme. Le seul problème reste d’avoir le temps de découvrir les quatre heures de bonus proposés. La parole est notamment donnée aux actrices incontournables du film, à savoir Florinda Bolkan et Barbara Bouchet, qui reviennent chacune dans un module, Ces jours avec Lucio pour Florinda Bolkan (28 min) et Qui a tué Donald ? pour Barbara Bouchet (18 min), sur leur expérience du tournage et leur collaboration avec Fulci. Autre figure importante du tournage, le chef opérateur Sergio D’Offizi se livre avec beaucoup de générosité dans un long segment de 48 minutes, Entre noirceur et lumière. Enfin, pour achever cette première partie dédiée aux « acteurs » du film, Le maître du montage propose un entretien avec le monteur Bruno Micheli (27 min).

La seconde partie de ces bonus convoque les habituels intervenants des galettes du Chat qui fume, les spécialistes Lionel Grenier (19 min), Olivier Père (24 min), Jean-François Rauger (16 min) et Fathi Beddiar (22 min) qui reviennent chacun sur ce film majeur de son auteur. Le tout est à chaque fois passionnant.

Enfin, au côté des bandes-annonces des prochaines sorties de l’éditeur, on trouve une pépite. Une interview précieuse de Lucio Fulci datant de 1988, enregistrée en format audio à destination du journaliste italien Gaetano Mistretta et livrée ici en deux parties (36 min). Le cinéaste, alors au crépuscule de sa carrière, y livre un regard sans concession sur le monde du cinéma, ses films, ses confrères (Dario Argento en prend pour son grade) et ses sentiments sur une renommée après laquelle il a toujours couru…

Bref, une édition incontournable et un inestimable cadeau pour les fans de Lucio Fulci…

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