[Be Kind Rewind] UN PAPILLON AUX AILES ENSENGLANTEES de Duccio Tessari (1971)

The Butterfly Murders

Un Papillon aux ailes ensanglantées (Una farfalla con le ali insanguinate) est un giallo sortit en 1971, soit en pleine période « animalière » du genre. Se sont succédés sur les écrans à quelques mois d’intervalles : L’Oiseau au plumage de Cristal et Le Chat à neuf queues de Dario Argento, Journée noire pour un bélier de Luigi Bazzoni, La Queue du scorpion de Sergio Martino ou encore La Tarentule au ventre noir de Paolo Cavara. Comme dans la plupart des exemples cités ici, le titre n’a qu’un rapport souvent indirect avec le film, puisqu’on n’y croise pas réellement de papillon, ou alors, de manière imagée. Par ailleurs, le film de Duccio Tessari s’inscrit dans la mouvance du giallo, mais sans en reprendre réellement les codes, affichant un visage plutôt hors-normes dans le genre. Pas d’assassin masqué, ni de plans subjectifs sur des meurtres, soit dit en passant très peu nombreux. Tessari d’intéresse plutôt à un une intrigue policière autour de l’assassinat d’une jeune femme, dont le principal suspect est un journaliste évoluant à la télévision, et dont tous les indices laissent à penser qu’il est l’assassin. Un Papillon aux ailes ensanglantées n’emprunte ni le chemin baroque de certains giallis chers à Argento, ni le côté plus naturaliste de certains autres représentants du genre, mais fait son propre trou, à l’abri des catégories et des cases. Film policier de belle tenue, il enchaîne les scènes d’enquête, sur le terrain et dans les bureaux, pas avare dans la démonstration des techniques scientifiques pour confondre le coupable, avant d’opérer un virage à 90° vers le film de prétoire.

Ces hommes veules et détestables…

Drôle d’objet que ce Papillon aux ailes ensanglantées qui affiche une excellente tenue dans sa mise en scène, inspirée du cinéma américain, tout en conservant son identité et constamment inventive. On peut ainsi citer ces compositions d’images pointues et riches de sens (la double focale est ici convoquée), mais aussi ce mouvement de caméra circulaire jusqu’au vertige lors du final. Spécialiste du cinéma populaire italien, Duccio Tessari a notamment réalisé de nombreux westerns, notamment sa série des Ringo, mais également le Zorro avec Alain Delon en 1975. Le scénario n’est pas en reste et s’avère plus malin qu’il y paraît. Coécrit par Tessari et Gianfranco Clerici, ce-dernier ayant mis la main à La Longue Nuit de l’exorcisme et L’Éventreur de New York de Lucio Fulci, L’Antéchrist d’Alberto De Martino ou encore Cannibal Holocaust de Rudgero Deodato, il se permet certaines audaces maîtrisées et fait beaucoup pour la particularité et la saveur du film. Il jongle adroitement avec la temporalité, entremêlant brillamment récits passé et présent au sein d’une même scène, tout en gérant avec un bel équilibre le basculement de points de vue à répétition. Au-delà de son aspect policier très documenté et du whodunit en vigueur, ce qui semble intéresser en premier lieu le cinéaste, c’est l’étude de mœurs, l’image qu’il dépeint de la société bourgeoise italienne. A cet égard, le film prend un malin plaisir à brosser des rôles masculins assez peu reluisants : dominateurs, menteurs, égoïstes, l’apothéose étant incarnée par le personnage détestable de l’avocat, quand les femmes sont pour leur part condamnées à évoluer dans l’ombre, à subir les événements. Giallo atypique, et pourtant film policier de premier ordre, Un Papillon aux ailes ensanglantées s’avère un film de genre de premier choix, qui ne sacrifie jamais son ambition sur l’autel du spectaculaire.

Note : 4 sur 5.

UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTEES (Una farfalla con le ali insanguinate). De Duccio Tessari (Italie – 1971).
Genre : Giallo. Scénario : Gianfranco Clerici et Duccio Tessari. Interprétation : Helmut Berger, Giancarlo Sbragia, Evelyn Stewart, Wendy D’Olive, Günther Stoll, Silvano Tranquilli, Carole André… Musique : Gianni Ferrio. Durée : 99 minutes. Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume (15 avril 2022).

L’histoire : Un journaliste et animateur de télévision renommé de Bergame, Alessandro Marchi, est accusé du meurtre d’une étudiante française, Françoise Pigault, retrouvée dans un parc, lardée de cinq coups de couteau. Bientôt, des preuves accablantes conduisent à son arrestation. À la suite d’un procès fertile en rebondissements, Alessandro est reconnu coupable, puis incarcéré. Mais l’enquête est relancée lorsqu’une prostituée est assassinée. Une exécution identique à celle de l’étudiante…


L’édition Blu-ray du Chat qui Fume

TECHNIQUE. Le nouveau master haute définition présenté dans cette édition est tout bonnement imparable. L’image est d’une beauté absolue, tout est à l’avenant : définition, contrastes, couleurs. Y compris la présence d’un grain cinéma du meilleur effet. Côté son, on ne peut là encore qu’apprécier à sa juste valeur le travail de restauration, qui nous amène à deux pistes en DTS-HD MA 2.0 mono. La piste italienne est évidemment la meilleure, excellent mixage au rendu très claire des dialogues, sans oublier la version française, dont le doublage prête plus à rire pour l’intonation très particulière des voix. A noter que cette version intégrale du film propose des scènes ajoutées en version originale sous-titrée français.

Note : 4.5 sur 5.

INTERACTIVITE. « Le Papillon » par l’inévitable Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la cinémathèque française, est une présentation du film très complète : origine, tournage, thématiques et mise en perspective avec le genre giallo (notamment la série animalière de Dario Argento), doublée d’une évocation de la carrière de son réalisateur (29′). Autre éclairage, celui de Lorella de Luca, épouse du réalisateur Duccio Tessari, qui évoque le travail de son mari et ses collaborations dans « Duccio et moi » (8′). Enfin, troisième et dernier segment de bonus, « Œillet rouge » donne la parole au spécialiste du cinéma italien Fabio Melelli, qui apporte un point de vue fort intéressant et très légitime sur la carrière et la filmographie de Duccio Tessari (21′).

Note : 3.5 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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