[Critique] OGRE d’Arnaud Malherbe

Le Petit Poucet

Ogre est le premier long-métrage du réalisateur Arnaud Malherbe. Après avoir créé la mini-série Moloch, dans laquelle il livrait un récit aux frontières du surnaturel, le cinéaste récidive avec ce film qui explore les terreurs enfantines. Ogre se plonge dans l’imaginaire et l’évolution intérieure d’un enfant qui s’installe avec sa maman dans la province française la plus reculée pour quitter une précédente vie traumatisante. Leur nouveau quotidien ne prend pas une meilleure tournure pour autant puisqu’une étrange créature semble rôder dans les parages, dévorant les enfants qui passent à sa portée. Avec ce premier film, l’ambition d’Arnaud Malherbe est de tisser une ambiance fantasmagorique, de déployer une imagerie autour du conte de fée et de l’imaginaire d’un enfant d’une dizaine d’années, car c’est à sa hauteur et à travers ses yeux que le réalisateur place sa caméra et son point de vue. L’approche est intéressante, mais le résultat laisse pourtant sur sa faim. Le principal grief que l’on pourra formuler à l’encontre du film est son manque de personnalité. Il énumère un à un les poncifs du genre sans jamais réellement les dépasser. La liste est longue… Malentendant, le jeune Jules est le souffre-douleur de ses camarades d’école, il peine à communiquer avec son entourage, certainement en proie au traumatisme lié à un père violent et à une séparation parentale douloureuse. On retrouve également la confrontation entre les citadins qui investissent l’environnement de villageois méfiants et assez peu enclins à les accueillir les bras ouverts. Si l’on ajoute l’histoire d’amour de la mère avec le médecin du village… On se retrouve rapidement sur des rails bien connus. La montée en tension emprunte elle aussi des chemins ultra balisés : les dessins d’un enfant disparu qui révèlent l’existence d’une créature monstrueuse, étape obligatoire à tout bon film d’horreur qui se respecte aujourd’hui. Pourtant, ce premier film est relativement soigné dans sa forme, Arnaud Malherbe tente de faire vivre son petit microcosme avec pas mal d’habileté, dommage que l’ensemble soit si emprunt d’un sentiment de déjà-vu.

Sans trop de bruit…

Film bancal, Ogre reste néanmoins investi d’une certaine poésie, d’un fantastique éthéré. Arnaud Malherbe a eu la bonne idée d’accorder une place particulière sound-design, parti-pris légitimé par le problème auditif de Jules, et levier habile de tension lorsque l’enfant coupe son appareil pour s’isoler de l’extérieur, le plongeant dans un silence total. Ce qui est raccord avec l’approche suggestive de l’action et du fantastique voulue par le réalisateur, comme l’annonce, telle une note d’intention, le premier plan du film : une image fixe sur une forêt plongée dans l’obscurité, avec une bande-son pour le moins évocatrice. Pour autant, ce parti-pris évoquant Sans un Bruit et sa suite reste trop timide. C’est l’autre souci d’Ogre, cette incapacité à faire évoluer les passages obligés du genre pour les amener ailleurs, apporter sa pierre à l’édifice du genre. A cet égard, l’utilisation de l’imagerie du conte de fée, particulièrement prégnante jusque dans le titre, fait plus office de décoration qu’elle ne sert réellement le propos. Un propos qui peut se révéler même très empesé avec sa très lourde symbolique mettant en parallèle la créature et le père violent, sur la base de dialogues imagés lourds de sens et assénés sans grande subtilité. C’est dommage, l’ensemble des pistes narratives intéressantes (le rapport de l’enfant aux oiseaux notamment) manquent de finesse, quant elles ne sont pas prévisibles plusieurs bobines à l’avance. Malgré l’investissement des comédiens, le film apparaît comme désincarné, évoquant des pistes, des thèmes, souvent forts et pertinents, mais ne sait manifestement pas quoi en faire. Ogre reste finalement trop en surface, en dépit d’une atmosphère que le réalisateur a su mettre en place avec pas mal de brio, il faut le reconnaître. Tant dans sa description d’un milieu rural renfermé sur lui-même, trop cliché pour être honnête, que dans son approche d’un fantastique qu’il souhaiterait vaporeux et sensitif, Ogre échoue à se hisser au-dessus de la mêlée. Il se contente de réciter les tropes du genre, y ajoutant quelques promesses astucieuses sans jamais les tenir, pour aboutir à un tableau de l’épouvante enfantine, certainement racontée avec le cœur, mais qui en l’état manque sérieusement de substance et d’aspérités pour espérer ne serait-ce que marquer les esprits. On suivra cependant la suite de la carrière du réalisateur avec attention…

Note : 2.5 sur 5.

OGRE. D’Arnaud Malherbe (France – 2019).
Genre : Fantastique. Scénario : Arnaud Malherbe et Sebastian Sepulveda. Interprétation : Ana Girardot, Giovanni Pucci, Samuel Jouy, Cannelle Helgey, Yannik Mazzilli… Musique : Fleming Nordkrog. Durée : 102 minutes. Distribué par The Jokers Films (31 août 2022).

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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