[Critique] FIRESTARTER de Keith Thomas

Charlie et ses drôles de flammes

Firestarter (Charlie en VF) est l’un des tous meilleurs romans de Stephen King. Paru en 1980 (1984 en France), il n’a pas attendu très longtemps avant que ses droits d’adaptation ne soient cédés pour le cinéma. En a résulté une très moyennasse version avec Drew Barrymore signée Mark L. Lester en 1984, puis un second portage, sous la forme d’un téléfilm cette-fois, Firestarter : Sous l’emprise du feu, réalisé par le spécialiste de la petite lucarne Robert Iscove en 2002. Très clairement, tout restait à faire pour offrir une transposition digne du roman de King, qui mêle paranoïa, fantastique, espionnage et action. Avec l’annonce du projet chapeauté par Jason Blum et Akiva Goldsman, on pouvait avoir de l’espoir. Force est de constater qu’on était loin du compte, et pas dans le bon sens… La jeune Charlie a le pouvoir de pyrokinésie, pouvant enflammer ce qui passe à sa portée. Un phénomène qu’elle doit à ses deux parents, eux-mêmes détenteurs de pouvoirs télékinésiques, suite à leur participation à des expériences réalisées par une mystérieuse agence liée au Gouvernement qui désormais les traque. On ne va pas tourner autour du pot : ce Firestarter remis au goût du jour est très médiocre, pour ne pas dire complètement mauvais. Il ne rattrape en rien la précédente version de 1984, pire : il met en exergue certaines des qualités du film de Mark L. Lester. Rien ne fonctionne vraiment dans ce nouveau film, que ce soit en termes de scénario, de mise en scène, d’interprétation… Firestarter 2022 échoue sur à peu près tous les plans. Sur un scénario signé Scott Teems (Halloween Kills), le film prend quelques libertés par rapport au matériau original (comme le faisait déjà son prédécesseur)… et pourquoi pas. Le problème est que tous les choix sont étouffés dans l’œuf quand ils ne sont pas carrément court-circuités. Les scènes d’action sont emballées sans aucun talent, le spectaculaire creuse sa tombe et les quelques ambitions (tout le final dans la base) sont sérieusement plombées par une direction artistique et des décors rachitiques (deux/trois lumières bleus et rouges histoire de cacher la misère), trahissant un budget famélique. On connaît la politique budgétaire des films Blumhouse, qui assure une certaine liberté artistique au réalisateur s’il ne dépasse pas une enveloppe plafonnée. Quoi qu’on pense de ces productions, le rapport qualité/prix est souvent un atout. Ici, malheureusement, c’est loin d’être le cas. Firestarter n’a rien du résultat que l’on est en droit d’attendre d’un tel projet et, de toute évidence, le manque cruel de moyens se fait sentir à chaque instant. 

Le spectaculaire ramasse ses dents

Alors soit, si les aspects les plus spectaculaires du film ramassent leurs dents, Firestarter aurait pu briller dans un autre domaine, grâce à ses scènes intimistes entre le père bourré de remords et sa fillette qui ne sait pas comment appréhender des pouvoirs destructeurs jusqu’alors refoulés. Et on sent une vraie volonté du réalisateur et du scénariste de creuser le côté émotionnel de l’intrigue. Mais là également, rien ne fonctionne comme prévu, les moments d’émotion se heurtant en permanence au mur intraitable de la prestation des comédiens : la pauvre Ryan Kiera Armstrong dans le rôle titre fait ce qu’elle peut, mais n’est jamais crédible (on en viendrait à regretter la moue boudeuse de l’inquiétante Drew Barrymore en 1984), un constat valable également pour Zac Efron qui, dans son entreprise de contre-emploi, donne beaucoup, mais le charisme ne s’invente pas. Une critique qui s’étend à tout le casting sans exception (même l’excellent Kurtwood “Clarence Boddicker” Smith semble cachetonner sans conviction). Mais là où la pilule est plus difficile à avaler, c’est dans l’absence totale de tension délivrée par le film. Les enjeux sont survolés et inconsistants au possible, à tel point que l’on se désintéresse rapidement de ce qui se passe à l’écran. La mise en scène d’une platitude absolue de Keith Thomas (le sympathique, bien qu’un peu surestimé, The Vigil) fait nager Firestarter dans les eaux saumâtres du thriller fantastique télévisuel de bas étage, totalement désincarné. Un mot sur la musique, composée en famille par John et Cody Carpenter, accompagnés de Daniel Davies. Que dire… Si ce n’est qu’on a droit aux nappes synthétiques bien connues du papa d’Halloween (soit dit en passant un temps envisagé pour réaliser la version de 1984), mais comme les autres composantes du film, qui tombent un peu à plat.
Après des années ponctuées de pelletées de récits à base de mutants super-héroïques pas toujours finauds mais souvent très démonstratifs, la tâche était grande pour redonner ses lettres de noblesse à Firestarter. Il faudra repasser… Indigent.

Note : 1 sur 5.

FIRESTARTER. De Keith Thomas (USA – 2022).
Genre : Fantastique. Scénario : Scott Teems. Interprétation : Zac Efron, Ryan Kiera Armstrong, Sydney Lemmon, Michael Greyeyes, Gloria Reuben… Musique : John Carpenter, Cody Carpenter, Daniel Davies. Durée : 94 minutes. Disponible en Blu-ray et DVD chez Universal (19 octobre 2022).


L’édition Blu-ray de Universal

TECHNIQUE. À l’opposé de la qualité du film, le blu-ray d’Universal s’en sort plutôt bien en termes techniques. Beau piqué d’image, contrastes bien maîtrisés avec des noirs profonds pour un film qui ne boude pas les plans sombres, des couleurs plutôt vives. Bref, rien d’éblouissant non plus, mais cette édition est totalement recommandable à ce niveau. Pas de mauvaise surprise non plus du côté son, puisque la version originale (la seule à bénéficier d’une piste en DTS HD Master audio 5.1, se révèle extrêmement percutante, claire au niveau des dialogues, dynamique et mettant bien en valeur la rythmique de la bande originale très “boomeuse” de Carpenter and co.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. Merci à Universal de proposer une section bonus plutôt fournie. Même si la pertinence n’est pas toujours au rendez-vous. A cet égard, le making of du film, qui regroupe les interventions du réalisateur, des producteurs et des acteurs, découpé en quatre parties, n’est pas inintéressant, survolant différents aspects comme le travail d’adaptation, les effets visuels ou les cascades, mais reste un peu trop promotionnel et aseptisé. La fin alternative ne révolutionne rien, tout comme les scènes coupées, mais elles ont le mérite d’être là, à l’image d’un ultra court bêtisier dont on se pose la question de la légitimité. A noter un commentaire audio du réalisateur.

Note : 3 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Créateur d'Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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