Amanda Kramer est une réalisatrice ayant tourné un court-métrage par an entre 2016 et 2019. C’est en 2018 qu’elle se décide à réaliser deux longs-métrages la même année, Paris Window (racontant l’histoire d’un frère et d’une sœur vivant ensemble assez étrangement jusqu’à l’arrivée d’un doppelganger) et Ladyworld (enfermées dans une maison suite à un tremblement de terre, des adolescentes vont s’entremanipuler), assez peu connus par chez nous. Elle revient en 2022 avec deux autres longs-métrages qu’elle présentent en festival, Give Me Pity! (sorti cette année sur Universciné), métrage aux airs eighties plutôt sympathique et étrange même si un brin répétitif, et Please Baby Please (disponible depuis 2023 sur Mubi), notre film du jour. Mais de quoi parle le film ? On suit Suze et Arthur, un couple témoins d’un meurtre commis par un gang de blousons noirs. C’est alors qu’ils vont tomber sous l’emprise de la bande et se demander qui ils sont dans un Manhattan des années 50 au plus queer de son âme.

Fondamentalement Queer et complètement absurde

Le film est clairement singulier dans toute sa forme ; déjà dans sa bande-son qui va avec l’époque, les années 50, que le film essaye d’appuyer. Bande-son, certes, un brin répétitive mais elle qui a un certain charme. Le film s’avère assez artificiel dans ses décors qui ne sont que des studios, mais c’est un choix de la part de Kramer qui aborde une vision surréaliste du vieux Manhattan. Sa vision étant résolument queer, pulpeuse, onirique, colorée et singulière ; dans tous ses décors carton-pâte avec ses couleurs surfaites, du bleu au violet en passant par le rose. Le casting est aussi complètement dans le surjeu que ce soit Andrea Riseborough qui s’avère royale de surfaçons, Demi Moore, excellente, Karl Glusman, pas en reste, Ryan Simpkins, assez forte dans le rôle ou encore Cole Escola, qui divague complètement. Harry Melling étant le seul à avoir un jeu « basique » mais qui va totalement avec la vision du personnage. En parlant des personnages, ils sont assez excentriques et certains sont d’une grande inutilité (tels que Dickie et Joanne) mais le duo principal est incroyable ; en pleine quête évolutive, perdus plus qu’ils ne le croit. Et surtout, Kramer apporte, dans sa vision, beaucoup de queer, donc l’allure de ces protagonistes est pareille mais certains s’en détachent ; le personnage de Billy notamment. Kramer stéréotype tout mais apporte sa subtilité et ça, c’est fort. Les personnages sont aussi très drôles dans toute leur folie et il y a un humour vraiment sympa, même si peut-être trop poussé. Mais, au-delà de cette esthétique et de cette surdose scénaristique, le film aborde des réflexions sur le genre mais qui sont peut-être amenées trop théâtralement de bout en bout dès la première scène, après l’introduction, dans l’appartement. Car, si le fond tente d’apporter un regard quasi-philosophique sur le fait d’être un homme ou une femme, c’est en vérité à peine effleuré, étant donné que c’est surtout par l’esthétique et les personnages que ce ton est abordé avec beaucoup de panache. Abusé autant qu’abusif, Please Baby Please est un film à voir car, même si le délire peut rebuter, c’est clairement une expérience à vivre. Kramer sera sûrement l’une des cinéastes américaines à suivre, qui semble prête à réaliser Traum, son prochain film, contant le récit de quelqu’un tentant d’échapper à son passé ; à voir ce que ça donnera en sachant que Claes Bang et Sophia Lillis sont au casting.

Note : 3.5 sur 5.

PLEASE BABY PLEASE. De Amanda Kramer (2023 – USA).
Genre : Fantastique, Drame. Scénario : Amanda Kramer, Noel David Taylor. Interprétation : Andrea Riseborough, Harry Melling, Demi Moore, Karl Glusman, Ryan Simpkins, Cole Escola… Musique : Giulio Carmassi, Bryan Scary. Durée : 95 minutes. Disponible sur Mubi.

2 réponses à « [Critique] PLEASE BABY PLEASE d’Amanda Kramer »

  1. J’ai trouvé ça insupportable… Mais heureusement, Harry Melling est un acteur absolument fascinant à regarder et Karl Glusman est uber-sexy !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, c’est un peu ça passe ou ça casse, l’idée que le film peut-être « insupportable » ou « abusé mais génial ».

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