Trois ans après l’uppercut provoqué par La Nuit du 12, Dominique Moll renoue avec le dispositif qui lui a permis de sonder les arcanes de l’administration policière. Dans Dossier 137, le réalisateur pose à nouveaux sa caméra dans les bureaux des forces l’ordre, il quitte les locaux de la police judiciaire de Grenoble pour cette fois s’intéresser à l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, qui enquête sur les débordements et les dérives des agents en charge du maintien de la sécurité publique. Moll, accompagné de son habituel comparse Gilles Marchand au scénario, imagine une histoire, inspirée de faits réels, qui se situe en plein cœur des manifestations des Gilets jaunes. Un jeune homme gravement blessé à la tête, un groupe de policiers mis en cause. Des témoignages, des mensonges, des familles en souffrance et ulcérée de l’immobilisme du système, une hiérarchie policière qui ferme les yeux et arrange les faits à sa convenance. Et une enquêtrice qui s’investit corps et âme avec passion et rigueur dans son enquête, avec une volonté inébranlable de faire éclater la vérité. Voilà en quelques termes de quoi relève Dossier 137. Un récit qui pourrait servir de base autant à une fiction qu’à un documentaire. Dominik Moll choisit l’entre deux, en brodant des péripéties entre les scènes d’interrogatoire, notamment dans les bureaux de l’IGPN, avec un dispositif en apparence simple, qui prend soin cependant d’accompagner le point de vue de sa principale protagoniste, Stéphanie (Léa Drucker), sans la lâcher d’une semelle. Le spectateur l’accompagne, reste à sa hauteur et à son degré d’information. Pourtant, Moll et Marchand rendent ce récit passionnant et jubilatoire en lui octroyant les atours d’une véritable enquête policière digne d’un thriller haletant, avec le suspense qu’elle réclame. D’indices en pistes qui se révèlent, d’éléments et documents vidéos en témoignages de témoins clés, Dossier 137 est en quelque sorte une course contre la montre de son personnage d’enquêtrice, pour faire justice, rester crédible aux yeux de la société.

Un réalisme glaçant
Dominik Moll choisi d’ancrer son film dans une forme de réalisme tangible, l’ouvrant avec des clichés, des instantanés réels des Gilets jaunes captés notamment sur les Champs Elysées. Déjà, la musique d’Olivier Marguerit apporte à ce diaporama un souffle et un côté romanesque qui prend par le col pour ne plus lâcher le spectateur. L’interprétation générale est exemplaire de par sa justesse, son côté brut, son réalisme qui assurent une croyance inébranlable en ce qui se joue à l’écran. Léa Drucker, bien évidemment, domine le casting de sa force et de sa présence magnétique. Capable de passer de la rigueur et la froideur de sa fonction à l’émotion la plus forte dans le carcan familial. Les ponts que Dominik Moll et Gilles Marchand dressent entre l’enquête et la vie privée de la fonctionnaire de police disent beaucoup d’un corps de métier, d’une fonction en souffrance, qui peine à être entendue, mais qui possède en ses rangs les brebis galeuses qui jettent l’opprobe sur l’ensemble d’une profession. Léa Drucker cristallise tout cela au sein de séquence de dialogues d’une puissance évocatrice exemplaires, suffocantes. Tout en renvoyant les plaintes des citoyens à ce qu’elles sont, dans une forme d’inéluctabilité révoltante, l’institution policière écrasant de tout son poids, broyant celles et ceux qui ont le malheur de souffrir, ici par sa faute. Pourtant, jamais le réalisateur ne prend parti, il ausculte et rend compte, factuellement.
Moins vertigineux et sans atteindre la tension et l’angoisse de La Nuit du 12 qui connectait de son côté avec une forme de ressenti quasi fantastique, Dossier 137 représente une autre facette du travail de Dominik Moll sur l’administration policière, un domaine dans lequel le cinéaste excelle, une sorte de version dérivée, qui assure à ce diptyque saisissant, une nécessité absolue d’exister et d’être vu.

DOSSIER 137. De Dominik Moll (France – 2025).
Genre : Policier/Drame. Scénario : Dominik Moll et Gilles Marchand. Photographie : Patrick Ghiringhelli. Interprétation : Léa Drucker, Jonathan Turnbull, Solan Machado-Graner, Théo Navarro-Mussy, Stanislas Mehrar, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich… Musique : Olivier Marguerit. Durée : 111 minutes.
Distribué par Blaq Out (25 mars 2026).
Le DVD de Blaq Out. La version DVD délivrée par Blaq Out est remarquable pour sa qualité d’image. Niveaux de détails et piqué n’ont pas grand chose à envier à la HD, alors que le dispositif du film choisit pourtant une esthétique sobre et réaliste, sans esbrouffes visuelles. C’est carré. Même constat du côté sonore, qui voit la piste française en Dolby Audio 5.1 disposer d’une dynamique remarquable, mettant évidemment en avant les dialogues, cristallins.
Un seul bonus sur la galette DVD, un entretien avec le réalisateur Dominik Moll. Long d’une quarantaine de minutes, il permet au cinéaste de revenir avec force de détails sur la conception du film, son inspiration, les jeux entre le réel et la fiction et bien évidemment le point de vue sur le mouvement des Gilets jaunes et les dérives et atermoiements de l’institution policière. C’est hyper instructif.

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