Le cinéma de genre australien a exploré de nombreux territoires et styles différents entre les années 70 et 80. L’Ozploitation a été un courant cinématographique considéré aujourd’hui à juste titre comme important et décisif dans l’histoire mondiale des films de genre. Des titres comme LONG WEEK-END de Colin Eggleston (1978), FAIRE GAME de Mario Andreacchio (1986) ou encore NEXT OF KIN de Tony Williams (1982) illustrent cet engouement inspiré pour les genres qu’ils soient horrifique, du côté du fantastique ou de l’action.
Bizarrement, les réalisateurs australiens de l’époque se sont assez peu penchés sur le cas du thriller. Quand débarque L’ATTAQUE DES FOURGONS BLINDES en 1978, le terrain du film de braquage s’avère globalement assez vierge de ce côté-ci du Globe, et Bruce Beresford (HEROS OU SALOPARDS, mais aussi MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR) a tout le loisir de défricher ce genre à la fois ludique et efficace. Bruce Beresford se base sur le roman de Devon Minchin, The Money Movers, pour décrire du mieux possible le quotidien d’une société de convoyeurs de fonds réputée infaillible, qui vient pourtant de subir un violent braquage et menacée par un nouvel acte de grande ampleur. Les auteurs du méfait, figurant parmi les salariés de la société, ont mis au point un plan qui ne peut, normalement, pas rater…

Entre réalisme social et déchainement de violence
Premier choix fort du réalisateur : ancrer son récit dans une forme de réalisme social. Le quotidien des convoyeurs de fonds y est disséqué et montré à grand renfort de détails sur les habitudes et réflexes quotidiens d’une profession qui plus est dominée par des mesures de sécurité intransigeantes à répéter continuellement. La présence des syndicats et de leurs réunions impromptues vient également nourrir autant l’aspect véracité de l’histoire, mais également la mécanique de l’intrigue autour du braquage. Cet aspect vient surtout décrire la condition de ces employés qui se retrouvent au plus proche de quantités d’argent phénoménales, pour qui la tentation est grande de basculer vers la criminalité.

Il est toujours ludique et enthousiasmant de suivre un récit de braquage, avec tous les tropes que cela sous-entend : la préparation de l’opération, les rôles des différents acteurs, le déraillement attendu du plan, une mécanique de précision qui s’enraye bien souvent pour un détail imprévu et insignifiant… L’ATTAQUE DES FOURGONS BLINDES propose tout cela, et il le fait bien. Tout en y injectant cette couche sociale qui l’ancre un peu plus dans une forme de véracité grandiose qui sied à merveille au genre. Et la caméra de Bruce Beresford, d’une précision extrême, surtout connue pour le pépère MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, y met à jour des talents de réalisateur de thriller assez remarquables. L’ambiance paranoïaque et tendue du film bascule au final vers des scènes de violence là aussi brutales et qui font mal. C’est tout ce qu’on attend de ce type de film. La réussite tient aussi beaucoup au choix des comédiens, qui s’avère lui aussi pertinent : Terence Donovan (BREAKER MORANT), Tony Bonner (L’ACCUSE), Ed Devereaux (UNE FILLE… POUR LE DIABLE), ou encore Bryan Brown (F/X, EFFET DE CHOC), des gueules de cinéma d’antan, qui délivrent des prestations brutes au plus près de leurs personnages. La proposition mérite réellement que l’on se replonge dans cette ATTAQUE DES FOURGONS BLINDES qui vient également rappeler à quel point le cinéma australien des années 70 et 80 est un paysage cinématographique riche et passionnant.

L’ATTAQUE DES FOURGONS BLINDES (Money Movers). De Bruce Beresford (Australie – 1978).
Genre : Thriller. Scénario : Bruce Beresford, d’après le roman de Devon Minchin. Photographie : Donald McAlpine. Interprétation : Terence Donovan, Tony Bonner, Ed Devereaux, Charles ‘Bud’ Tingwell, Candy Raymond, Jeanie Drynan, Bryan Brown, Alan Cassell, Lucky Grills, Hu Pryce… Durée : 94 minutes.
Distribué en vidéo par BADLANDS (30 juillet 2025).
L’édition Blu-ray de Badlands
Le film est distribué au sein de la collection 1kult de Badlands, parmi les pépites que l’éditeur fait ressurgir en HD dans le paysage vidéo français. La restauration 4K proposée ici provient de l’édition australienne Umbrella Entertainment. Et on peut dire que le résultat est sublime. L’image du film est assez remarquable, proposant un joli grain et un rendu globalement très propre avec un côté « à l’ancienne » du plus bel effet. Côté son, la piste anglaise en DTS-HD Master Audio 5.1 est d’excellente qualité, particulièrement immersive. Le tout est très clair est propre. A noter une version originale en 2.0 et une version française en DTS HD Matser Audio 5.1.
Niveau suppléments, qui d’autre que Melvin Zed, spécialiste de Mad Max et du cinéma d’exploitation australien en général, pouvait apporter meilleur éclairage ? Personne, évidemment. C’est donc auprès de l’auteur des deux pavés définitifs (?) Mad Max : Ultraviolence dans le cinéma et Mad Max 2 : Les Guerriers de la route que l’éditeur s’est penché pour apporter du contenu exclusif. Dans « Bruce Beresford, le marginal » (29′), il revient sur la riche et intéressante carrière du réalisateur, et dans « La Nouvelle Vague à contre-courant » (33′), il se penche plus précisément sur le film, le roman à l’origine, le casting et la violence à l’écran. « Count Your Toes » (36′) est un making-of provenant directement de l’édition australienne.

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