Pour son troisième long-métrage derrière la caméra après THE INDIAN RUNNER (1991) et CROSSING GUARD (1995), le réalisateur et acteur Sean Penn a livré en 2001 un thriller assez atypique, THE PLEDGE. Adaptant le roman La Promesse de Friedrich Dürrenmatt, Penn délaisse la structure du thriller conventionnel pour se concentrer plus particulièrement sur une étude de caractère.
THE PLEDGE se distingue assez nettement du tout venant du film policier en adoptant une atmosphère moins portée sur l’action que sur une forme d’errance et de contemplation, un rythme globalement assez lent et des dialogues minimalistes. Une approche singulière qui peut laisser de côté, mais qui constitue l’essence même d’une histoire, un fait-divers au demeurant très banal. Acteur, réalisateur et citoyen américain torturé, Sean Penn explore dans chacun de ses films les ombres et les crevasses de l’âme de ses personnages, et celui-ci n’échappe pas à la règle, puisqu’il met en scène des anti-héros violemment cabossés, hors des sentiers battus, à commencer par l’inspecteur de police incarné par un Jack Nicholson moins démonstratif, plus en retenue que ce dont nous a habitué l’interprète de Jack Torrance dans SHINING. A quelques heures de la retraite, il prolonge son bail afin d’assurer la promesse faite à une mère endeuillée de trouver le meurtrier de sa fille. Bourré de fêlures, le personnage traîne sa carcasse vieillissante, débonnaire et finalement tellement ordinaire au milieu des paysages désertiques du Nevada. Il incarne la force incontestable du film. Au même titre que ces paysages de l’Amérique profonde que Penn se plaît à filmer.

La fin justifie les moyens

Si l’enquête en elle-même, adaptée du roman de Dürrenmatt, lui-même inspiré d’une histoire vraie, n’augure d’aucune surprise réelle dans son déroulé, ni de twist de la mort qui retourne le cerveau, l’obsession du personnage principal pour faire connaître la vérité est le cœur battant du récit. Contre l’avis de ses supérieurs, il mène son enquête clandestine, n’hésite pas à racheter une station-service dans laquelle il s’installe et change de vie pour mieux se rapprocher de sa cible. Quitte à utiliser des méthodes quelque peu discutables, le faisant franchir les limites morales. Sa relation avec le personnage interprété par Robin Wright-Penn, Lori, qui apparaît comme la rencontre entre deux êtres bousculés par l’existence, dont l’union pourrait déboucher sur un nouvel horizon, se révèle finalement assez ambigu, puisque le policier semble se servir de sa compagne, et plus précisément de sa jeune fille, comme d’un appât pour attirer le tueur. Difficile dès lors de juger de la sincérité du personnage. Dans sa grande cruauté vis à vis des personnages, le film de Sean Penn s’achève d’ailleurs sur un note dramatique assez terrible, laissant un grand point d’interrogation, une incertitude, comme un coup du sort qui laisse le récit en suspens, le personnage principal face à ses démons et le spectateur comme deux ronds de flan. THE PLEDGE s’avère un thriller cotonneux et cérébral assez intéressant, qui souffre aussi de certaines faiblesses. Sean Penn en fait parfois un peu trop dans ses velléités contemplatives, tout comme il appuie fortement sur certaines évidences (Tom Noonan, inoubliable tueur du MANHUNTER de Michael Mann, comme suspect numéro un pour induire le spectateur en erreur) ou raccourcis scénaristiques un peu épais. Le film est, par ailleurs, porté par un casting assez phénoménal, qui finit par se retourner contre l’aspect réaliste et rugueux du film : Benicio del Toro, Patricia Clarkson, Aaron Eckhart, Helen Mirren, Mickey Rourke, Sam Shepard, Harry Dean Stanton… Certains sont là pour un second rôle, voire une scène de quelques minutes, et on ne saurait dire si leur présence est judicieuse, ou simplement là pour le clin d’œil et ajouter un nom sur l’affiche, même si Sean Penn a reconnu qu’il aurait préféré initialement s’appuyer sur des comédiens inconnus. Pas impossible que la viscéralité de l’œuvre y ait considérablement gagné…

Note : 3.5 sur 5.

THE PLEDGE. De Sean Penn (USA – 2001).

Genre : Thriller. Scénario : Jerzy Kromolowski et Mary Olson-Kromolowski, d’après le roman La Promesse de Friedrich Dürrenmatt. Photographie : Chris Menges. Interprétation : Jack Nicholson, Robin Wright-Penn, Benicio del Toro, Patricia Clarkson, Aaron Eckhart, Helen Mirren, Mickey Rourke, Sam Shepard, Harry Dean Stanton… Musique : Klaus Badelt et Hans Zimmer. Durée : 124 minutes.
Distribué par BQHL (22 octobre 2025).

Les premières scènes du film laissent craindre une image souffrant de quelques défauts : définition faiblarde, précision des contours moyenne… Mais rapidement, le constat repart à la hausse. Les tons ocres sont parfaitement rendus, la couleur rouge, liée au danger, à la mort et au sang, ressort particulièrement. On n’est clairement pas sur le rendu image de l’année, mais le résultat reste assez convaincant. Les deux versions anglaise et française en DTS HD Master Audio 5.1 sont particulièrement pêchues, sans être non plus trop démonstratives. La musique du duo Klaus Badelt et Hans Zimmer trouve sa place, autant que les dialogues, dans un équilibre parfait pour un rendu relativement clair et ample. Deux pistes en anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 sont aussi proposées, un peu moins dynamiques et enveloppantes, mais tout à fait recommandables.
L’éditeur propose une présentation inédite du film par le journaliste Arnaud Bordas (ex-Mad Movies, Rockyrama, Le Figaro). Assez intéressante, constituée de pas mal d’anecdotes, cette présentation reste cependant assez succincte et en surface. On trouve également des suppléments plus anciens et assez courts donnant la parole à Sean Penn, qui explique ses choix, ainsi qu’aux comédiens Robin Wright-Penn et Aaron Eckhart. Tout cela n’a rien de bouleversant car trop court, mais a le mérite d’exister.

Laisser un commentaire