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[Critique] JOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli

JOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli

Don Coscarelli tourne peu, mais tourne bien. Le papa de la série des Phantasm, est un cinéaste rare, mais qui possède ce je ne sais quoi de sympathique. Du talent ? Certainement. De l’audace ? Encore davantage. Une forme de liberté ? Assurément… Si l’on excepte sa célèbre franchise horrifique dont il a signé les quatre opus (certes pas toutes d’un niveau exceptionnel, mais largement regardables…), la carrière de Coscarelli a navigué entre le nawak jubilatoire (Dar l’Invincible – 1982), le film familiale (Kenny et Company – 1976 – il se cherchait, c’est certain…) et le chef d’oeuvre (Bubba Ho-Tep – 2002). Une filmographie assez maigre, à laquelle il faut ajouter sa participation à l’anthologie Masters of Horror. Bref, un ardent représentant d’un cinéma fantastique créatif, à petit budget, qui se complaît dans un système artisanal qui l’empêche vraisemblablement de tourner davantage…

Mais revenons à John Dies at the End, dernier film en date de Coscarelli, bête de festival (Sundance, PIFFF, etc…), sortie aux Etats-Unis et dont la probabilité de débarquer sur les (grands) écrans français et proche du néant… Récit au croisement des genres : film d’horreur, fantastique, comédie, John Dies… est pour le moins surprenant. Mais pas tant que cela si l’on prend en compte la tonalité déjà “transgenre” du précédent Bubba Ho-Tep. John et Dave, deux jeunes mecs adeptes de rock et de défonce se retrouvent en présence d’une étrange substance noire vivante, qui va leur faire observer le monde qui les entoure sous un jour totalement nouveau… et effrayant. Film sous acide, John Dies… marque à la culotte ses deux héros, dévoilant au spectateur des postulats de plus en plus abracadabrants mais qui prennent tous leurs sens si l’on suit le raisonnement des protagonistes.

JOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli

Obsessions et liberté

A l’évidence, Don Coscarelli est un cinéaste libre, et qui tient à le faire savoir. Il écrit, réalise, monte et produit son film, et y balance toutes ses envies et ses obsessions. Et c’est une bénédiction ! En résulte une oeuvre dominée par des scènes absolument hallucinantes, tant dans leur fond que dans leur forme. Le cinéaste joue de sa caméra avec une certaine élégance, mais n’hésite jamais pour autant à avoir recours à une mise en scène bien plus rythmée, à base de cadrages tarabiscotés, de plans iconiques à souhait, le tout rythmé avec une frénésie qui peut faire penser au récent Détention de Joseph Kahn, avec une pincée du Kaboom de Gregg Araki pour la liberté visuelle, couplé à une approche à la Donnie Darko pour les univers parallèles (mais en largement moins profond/chiant ?)… Visuellement, le film est particulièrement maîtrisé et propose quelques images superbes. Quand on vous dit que le cinéaste se permet tout, un exemple : nos deux héros sont confrontés dans la cave d’un pavillon à une entité surnaturelle constituée de morceaux de viandes surgelés, qui n’hésite pas à répondre au téléphone…

JOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli

Cette poignée de porte est donc un pénis…

Mais John Dies… n’est pas que de la gaudriole non-sensique, car Coscarelli a rédigé un scénario (tiré d’un roman de David Wong… interprété dans le film par Paul Giamatti), a bâti une véritable histoire, des personnages hauts en couleur (le Dr. Albert Marconi interprété par l’inusable Clancy Brown), et croit dur comme fer à son histoire d’invasion démoniaque.

Alors certes, l’aspect ouvertement déjanté du film, la frontière ténue entre le monde réel et le plan “parallèle” pourront désarçonner, mais pour qui saura s’abandonner au film, à sa tonalité si particulière, la récompense sera formidable. Car Don Coscarelli donne beaucoup dans cette nouvelle oeuvre, une séquence en animé, une poignée de porte se transformant en pénis, des scènes d’actions puissantes, des effets spéciaux qui tiennent (pour la plupart) la route, avec des créatures assez repoussantes, un affrontement final dans une dimension parallèle un chouille baclé mais jouissif dans sa conception… C’est bien simple, avec Détention, il s’agit là du film fantastique le plus généreux, anticonformiste et jouissif vu depuis bien longtemps. Un pied total !

John Dies at the End de Don CoscarelliJOHN DIES AT THE END de Don Coscarelli (USA – 2012)

Intéressant

Avec Chase Williamson, Rob Mayes, Paul Giamatti, Clancy Brown…

John et Dave, deux jeunes losers attachants, vont tester le pouvoir d’une drogue surpuissante, la « Soy Sauce », et découvrir une réalité alternative peuplée de démons…

5 réponses »

  1. Salut, voila un titre qui donne très envie. Et encore un film qui sera privé de sortie écran en France ? J’espère qu’il fera au moins le tour de quelques festivals, avant une sortie vidéo (généreuse en compléments svp).

    Par contre pas d’accord à propos de ‘Donnie Darko’. Richard Kelly est l’un des jeunes réalisateurs américains les plus passionnants et originaux (souvenir fort de la séance cannoise du foutraque ‘Southland Tales’ et ‘The Box’ s’apprécie sur un second visionnage).Du cinéma de genre exigeant et d’une grande richesse donc, tant sur le fond que dans la forme, loin de certains cinéastes Français chargés de belles références (ex : ‘Livides » ou ‘The Secret’ et sa vision sociale d’une rare bêtise).

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  2. arf… je me doutais bien que cette petite pique à Donnie Darko allait faire réagir…
    je ne remets pas en cause le talent de Richard Kelly qui est évident, et DD est clairement un bon film (même si je préfère The Box), mais qui se prend tellement au sérieux… John dies at the End propose quant à lui un délire sur les mondes parallèles bien différent dans l’approche et le ton… C’est au final incomparable et ce rapprochement entre les deux oeuvres et d’une rare bêtise… je m’auto-flagelle arf ! 😉

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