Petit film modeste et ultra référencé, Dolly, réalisé par Rod Blackhurst, ne fait pas que convoquer tout un pan du cinéma américain cradingue des années 70, et en premier lieu l’univers crapoteux de Massacre à la tronçonneuse, il l’associe à une imagerie de conte de fées pour un résultat assez efficace. Et qui pourrait devenir une franchise lucrative.

Il ne faut pas bien longtemps au spectateur pour se rendre à l’évidence à la vision de ce Dolly : Rod Blackhurst semble ne pas s’être totalement remis de la découverte de Massacre à la tronçonneuse. Son survival horrifique emprunte sans s’en cacher une esthétique proche du chef d’œuvre de Tobe Hooper. Un couple perdu en pleine forêt est agressé par un(e) colosse massif caché(e) derrière un masque de porcelaine. Lui est salement amoché, elle est pourchassée avant d’être séquestrée dans une batisse aux relents gothiques, assez incongrue dans l’environnement. Dolly fait dans le pitch minimaliste, inspiré du court-métrage de Blackhurst, Babygirl. De fait, ce n’est pas dans son scénario et ses rebondissements que ce survival domestico-forestier à l’ancienne se démarque. Le réalisateur américain a tout misé sur une ambiance craspec et un jusqu’au boutisme horrifique pour rendre hommage à ses films totems. Massacre à la tronçonneuse, donc, mais aussi un soupçon de La Dernière maison sur la gauche, pour son sadisme ambiant. Soit tout un pan du cinéma d’exploitation horrifique malsain des années 70-80. Tourné au format 16 mm, avec une caméra tremblotante qui colle au plus près des personnages, sa photographie délavée et son montage ciselé, Dolly invoque un cinéma cradingue du passé, que de nombreux avatars ont tenté de singer au fil du temps avec plus ou moins de réussite (Wrong Turn et ses suites pour ne prendre qu’un seule exemple). Le réalisateur s’inspire par ailleurs, de son propre aveu, de descendants francophones, Alexandre Aja, Pascal Laugier ou Fabrice du Welz, eux-mêmes biberonnés à cette mouvance horrifique.

L’angoisse des contes de fées

La méfiance est de mise, si on en croit le pedigree du réalisateur qui a mis en boite de nombreux courts-métrages et clips, mais aussi Blood for Lust, film de casse avec Kit Harington, ou encore un documentaire true crime, Amanda Knox, chopable sur Netflix. Rod Blackhurst a une carrière qu’on ne qualifiera pas d’incohérente, mais à tout le moins, qui part un peu dans tous les sens. On lui doit également la co-scénarisation d’un des pires produits Blumhouse de ces dernières années : Night Swim. Face à cette dispersion, il semble pourtant évident avec Dolly que le réalisateur connaît le genre horrifique. Sur ce canevas de survival sauvage, il brode une strate d’élements liés aux contes de fées. Avec son imagerie faite de poupées et autres baigneurs inquiétants, le design de sa créature, dotée d’un masque de porcelaine, cette demeure gothique perdue au fin fond des bois et cette héroïne affublée d’une robe blanche immaculée, telle une Alice, perdue dans un univers dont elle doit trouver la clé pour espérer s’échapper… Une association qui fonctionne étonnamment bien. D’autant que Rod Blackhurst souhaite évoquer des angoisses très concrètes liées aux traumatismes familiaux, à l’éducation stricte et corsetée. En effet, la façon qu’il a de dépeindre ses personnages et en premier lieu son mystérieux boogeyman, dont on ne sait jamais quelle est la véritable nature, ni quelles sont les principales motivations, si ce n’est jouer à la poupée avec sa proie, laissent à penser que le bonhomme a quelque chose à exorciser sur ce terrain là. A ce titre, la direction artistique fait le maximum et le fait plutôt bien malgré son manque de moyen (les décors à l’intérieur de la maison). On n’est pas non plus dans une profondeur psychologique intense, mais il y a quelque chose d’évident sur l’emprise maternelle et l’appréhension du deuil.

Un indécrottable survival gore

Dolly demeure un indécrottable et efficace survival gore, avec des effets pratiques et numériques ultra efficaces, à s’en décrocher la mâchoire (!). Autoritaire dans ses scènes d’angoisse, tout en parvenant à toucher du doigt ces instants diaboliques dans lesquels le bourreau parvient presque à émouvoir, et dans la seconde devenir un chasseur viandard de la pire espèce. Ce n’est pas rien. Au casting, à noter la présence du revenant Seann William Scott (American Pie, Destination Finale, Southland Tales), également co-producteur du film, de Fabianne Therese, habituée des bisseries indépendantes (John Dies at the End, Starry Eyes, 666 Road), tandis que le personnage de Dolly est incarné par Max the Impaler, une catcheuse professionnelle américaine non-binaire. On ne pourra pas non plus passer outre certains défauts, essentiellement liés à la progression narrative du film, à ses raccourcis, facilités et incohérences, notamment dans les réactions improbables des personnages, ainsi qu’a ses innombrables références plus ou moins bien digérées. L’histoire est sur des rails, globalement prévisible et manque sérieusement d’audace. Présenté dans plusieurs festivals (FantasticFest, Sitges, PIFFF, Gérardmer) où il s’est globalement fait remarquer, Dolly a débarqué sur les grands écrans français, et, sans réinventer quoi que ce soit, pourrait satisfaire un public nostalgique en manque de cauchemars sadiques et malsains. Mais rien de plus.

Note : 3 sur 5.

DOLLY. De Rod Blackhurst (USA – 2025).

Genre : Horreur. Scénario : Rod Blackhurst et Brandon Weavil. Photographie : Justin Derry. Interprétation : Max the Impaler, Fabianne Therese, Seann William Scott… Musique : Nick Bohun. Durée : 83 minutes.
Distribué par ESC Films (1er avril 2026).

Laisser un commentaire

Articles les plus consultés