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[Rencontre] Darren Aronofsky à propos de MOTHER !

De passage au 43e Festival du cinéma américain de Deauville, Darren Aronofsky a livré quelques clés de fabrication de son dernier film, MOTHER !

Darren Aronofsky au 43e Festival du cinéma américain de Deauville

De passage au 43e festival du cinéma américain de Deauville le 8 septembre 2017 pour recevoir un hommage et présenter son dernier film, le controversé MOTHER !, Darren Aronofsky s’est livré à la presse sur différents aspects de sa dernière oeuvre et sur son processus de création (ATTENTION, les propos qui suivent laissent entrevoir une interprétation et donc, des révélations sur le film).

La réaction du public après la projection de MOTHER ! à Venise

« Ça a été une très belle expérience de revenir à Venise, d’avoir reçu un accueil si chaleureux, mais également des réactions aussi vives. Mes films cherchent à aller très loin, à dépasser la zone de confort du spectateur. Il y a des gens qui trouvent cela formidable et d’autres pour qui c’est difficile. Mon cinéma est comme ça, le cinéma qui m’inspire aussi ».

La différence d’âge entre les deux protagonistes de Mother !

« Le film est précisément sur cette question de la différence d’âges. Le cinéma américain est souvent critiqué car il produit des films avec un personnage principal qui est un homme, accompagné d’une jeune et jolie ingénue. Dans mon film, tout tourne autour de cette question et de l’allégorie que cela représente, c’est un point essentiel du film ».

Y a-t-il une « formule » Aronofsky

« C’est une question difficile… Ce n’est pas à moi d’y répondre, mais plutôt aux personnes qui parlent du cinéma. Moi je suis là pour raconter une histoire et c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Faire un film est quelque chose de très difficile car constamment, on a des gens qui nous disent : Non… Ça non… On ne fait pas ça non… Du coup, il faut vraiment être convaincu, il faut y croire, c’est quelque chose que je ressens très fort au fond de moi, c’est pour cela que je le fais ».

MOTHER ! de Darren Aronofsky
MOTHER ! de Darren Aronofsky

Le travail sonore sur Mother !

« J’ai travaillé pendant de nombreux mois avec Jóhann Jóhannsson qui est l’un des meilleurs compositeurs de musique de films actuellement, et il a écrit de très très beaux morceaux pour le film. Lorsque l’on a essayé de mettre la musique sur les images, on s’est rendu compte que cela ne marchait pas, qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. En fait, le film est construit de telle manière que le public est toujours dans une certaine insécurité, il ne sait pas trop où il se trouve ni où il en est, et il suit le personnage de Jennifer Lawrence qui est là justement pour lui indiquer où est ce que ça se situe. Si on faisait des indications là dessus par le biais de la musique, cela faisait s’écrouler tout notre propos. Et pour moi, la véritable musique du film, c’est Jennifer ».

Le titre, Mother ! : maternité, mère nature ?

« En fait, il s’agit de la mère que nous avons tous. C’est son histoire à elle, son film à elle et j’ai voulu faire une sorte d’allégorie sur la façon dont nous traitons Mère nature. C’est un film qui est à la fois un acte de prudence mais aussi une réflexion sur la situation. Regardez à quel point la situation est hors de contrôle aujourd’hui, ce qui se passe actuellement dans le Golfe du Mexique, cela prouve bien que Mère nature est très en colère ».

Le personnage masculin, une allégorie sur le processus de création ?

« Si vous regardez le générique très attentivement, vous remarquerez des éléments qui apporteront des réponses à cette question… De mon côté, je réfléchissais à cette idée, mais en même temps, je voulais raconter son histoire à elle, tout en établissant un lien avec les gens de manière générale. A un moment donné, j’ai eu une percée dans mon raisonnement, je me suis dit : avant que l’humanité n’existe, on dit qu’il y avait ce paradis qui était bien, beau, mais Dieu n’était pas vraiment satisfait, il a décidé d’apporter quelque chose qui dérange sa création, et c’est un peu comme s’il s’était mis à jouer aux dés, pour savoir ce qui va se passer. C’est la base sur laquelle j’ai écris et à partir de laquelle j’ai construit mon film. On peut dire que je me suis à la fois appuyé sur la Genèse et sur le Livre des Révélations ».

MOTHER ! de Darren Aronofsky
MOTHER ! de Darren Aronofsky

Mother ! un plaidoyer écologique ?

« J’essaye d’être proche de la vérité par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Et ce qui se passe aujourd’hui, c’est que l’on ne respecte pas notre planète, on la vole, on la viole, on prend tout ce que l’on peut… En plus, on ne nettoie pas les dégâts que l’on fait. Et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on est aujourd’hui face aux limites de cette abondance de Mère nature, les océans se vident et se remplissent de déchets, et ça continue… Tout ça suscite en moi une grande colère. Ce n’est pas un film, une expérience agréable, c’est plutôt un film qui parle de mon inquiétude ».

Le travail avec les comédiens

« J’ai écris l’histoire du film très rapidement, dans une sorte de fièvre d’inspiration, j’avais la structure, toute la symbolique, mais ce qui me manquait, c’était véritablement les personnages. Et là, je me suis appuyé sur les acteurs, pour donner chair à ces personnages et autant Javier Bardem que Jennifer Lawrence, ont accepté de consacrer trois mois de leur vie. On a loué un entrepôt à Brooklyn où on a répété jusqu’à ce que l’on arrive à ce que cela prenne forme. Dans les deux dernières semaines, on a prit une caméra vidéo, on a tourné et on a fait un montage de deux heures. Pour moi ça a été une façon de travailler extrêmement riche, et extrêmement intéressante parce que, ce que je préfère dans mon métier de réalisateur, c’est justement de travailler avec les acteurs. Finalement, ça se résume à pas grand chose, c’est peut-être deux mois tous les deux ans… Alors que cette fois-ci, ça a été une manière de tricher un petit peu, d’avoir plus de temps avec mes acteurs, parce que pour moi, l’interprétation du film, c’est quelque chose d’essentiel ».

Le Festival du cinéma américain de Deauville

« J’ai commencé ma carrière ici à Deauville, puisque le festival avait sélectionné mon premier film, Pi, et avec mon équipe, on a gardé des souvenirs vraiment incroyables du festival. Quelques années après, on a montré également ici The Fountain, où on a reçu un accueil formidable. Je suis très heureux d’être à nouveau ici à Deauville et je tenais à remercier le festival ».

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