Bilan 2017

TOP/FLOP de l’année 2017 (2/6)

Peu enthousiasmé par le tout-venant des productions en termes de cinéma de genre, j’attends chaque année, fébrile, de nouvelles propositions singulières en provenance des milieux indépendants et underground. Force est de constater que 2017 s’est révélée riche de ce point de vu, autant du côté des sorties en salle obscure que des films diffusés en festival.

Mes TOP 2017

TRANSFIGURATION de Michael O’Shea

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Premier film du scénariste américain Michael O’Shea, Transfiguration impressionne par son caractère ambitieux. Relecture sociale du mythe du vampire, transposé dans un quartier du Queens en proie à la violence des gangs, le film marche sur les traces du Ganja and Hess (Bill Gun, 1973) et du Martin de George Romero (RIP) de 1977, dans sa manière de dépeindre dans le personnage de Milo, le portrait fin et sensible d’un jeune afro-américain persuadé d’être un vampire, plongeant ainsi le film dans une zone grise laissant la part belle à l’ambiguïté. L’approche clinique quasi-documentaire de la mise en scène fait dévier le long-métrage hors des chausse-trappes inhérents au genre, par le biais d’un anti sensationnalisme bienvenu, lorgnant de près par son dépouillement vers le Morse de Tomas Alfredson (2008) avec qui il partage une atmosphère mélancolique. Soutenue par des fulgurances poético-morbides du plus bel effet et outrepassant son cadre strict horrifique (auquel s’adjoint les genres de la romance, du récit initiatique ou du film social), Transfiguration constitue à mon sens l’une des plus belles variations récentes sur le thème du vampire.

THE DEVIL’S CANDY de Sean Byrne

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Réalisateur discret œuvrant dans le cinéma de genre en provenance du pays des kangourous, Sean Byrne avait cependant marqué les esprits avec The Loved Ones (2009), récit déviant de la séquestration d’un jeune adolescent par l’une de ses camarades suite à son refus de l’accompagner au bal de fin d’année du lycée local. Le film déclinait alors un propos particulièrement subversif au sujet des notions d’unité et de bonheur familial, à l’instar des courts métrages de Douglas Buck ou encore des écrits de Jack Ketchum. Avec The Devil’s Candy, le réalisateur retrouve ses thèmes de prédilection en mettant en scène une nouvelle famille dysfonctionnelle achetant une maison dans laquelle se sont déroulées de macabres évènements. Ils se retrouvent très vite face à des forces démoniaques. Si Sean Byrne ne prétend pas renouveler le genre avec ce quasi huis clos sur fond d’occultisme, il se révèle imparable dans l’art d’installer une atmosphère lourde et suffocante empreinte d’un suspens de tous les instants. Bénéficiant d’une direction de la photographie splendide toute en saturation et d’une bande son au diapason, alternant morceaux de métal et drone/ambiant, The Devil’s Candy donne à voir par le biais d’une économie d’effets et d’une violence sèche la progression de ses personnages vers une perte de l’innocence irréversible. Un beau cauchemar sur pellicule et une nouvelle réussite pour le réalisateur australien.

PSICONAUTAS d’Alberto Vasquez et Pedro Rivero

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Bien que je n’ai pour l’heure pas eu la bande dessinée éponyme d’Alberto Vasquez entre les mains, son adaptation filmique coréalisée avec Pedro Rivero est probablement le film d’animation qui m’a le plus séduit cette année. Dystopie onirique au ton résolument adulte par son approche cauchemardesque, Psiconautas suit le destin glaçant d’un groupe d’adolescents retranchés sur une île partagée entre zones naturelles et décharge industrielle, suite à un désastre écologique, gardées par des milices armées. Cherchant un moyen de s’échapper de l’île, le groupe sera aidé dans sa quête dangereuse par Birdboy, créature mélancolique mi-oiseau, mi-tête de mort, droguée au dernier degré et traumatisée par la mort de son père. Magistrale sur le plan formel, Psiconautas parvient également à établir un récit d’animation adulte, profondément triste et dérangeant, prolongé d’une réflexion sur le devenir de nos sociétés industrialisées.

SHIN GOZILLA d’Hideaki Anno et Shinji Higuchi

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Inédit en France, Shin Gozilla, présenté lors de la cérémonie de clôture de la dernière édition du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival), a indéniablement pour lui la présence à la coréalisation de Hideaki Anno, créateur de l’excellente série animée Neon Genesis Evangelion. Cette nouvelle version de la franchise phare du kaiju-eiga est à l’avenant, rompant radicalement avec les précédents opus dans la mesure où il se centre sur les répercussions de la destruction de Tokyo par Godzilla sur l’administration japonaise, dont le film effectue une critique cinglante, pointant son inertie et le grippage de son fonctionnement verticale dans la prise de décisions. En ancrant son intrigue dans le contexte post-Fukushima, il renoue également avec les ambitions écologiques du premier opus d’Ishiro Honda.

Mes FLOP 2017

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES d’Hélène Cattet et Bruno Forzani

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La dernière réalisation du couple belge (Amer, Toutes les Couleurs des larmes de ton corps) est avant tout une déception plutôt qu’un réel flop. Pour leur première adaptation (d’un polar de Jean-Patrick Manchette), Hélène Cattet et Bruno Forzani, jusque là sous haute influence giallesque, plonge – même si le giallo refait surface régulièrement – à corps perdu dans le territoire du western et du poliziotteschi, offrant à nos yeux de nouvelles expérimentations visuelles et sonores. Néanmoins, le duo semble peu à l’aise sur le plan scénaristique et de la construction des personnages, la faute peut être au caractère très terre-à-terre et linéaire du matériel original, les briguant quelque peu dans leur imagination sans limite.

Lire un autre avis

HOUSEWIFE de Can Evrenol

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Présenté à l’Etrange Festival comme le renouveau du cinéma horrifique européen, Housewife de Can Evrenol, déjà responsable en 2015 du sympathique Baskin, aura laissé de nombreux spectateurs partagés, dont moi-même. Non pas que la nouvelle réalisation du cinéaste turc soit désagréable à l’œil avec sa photographie inspirée des gialli. Néanmoins, le film s’embourbe en empilant les références (passant de Clive Barker à David Cronenberg), se voit handicapé par un jeu d’acteur à la qualité toute relative ainsi que par un scénario incompréhensible sur fond d’héroïne traumatisée par le meurtre de sa sœur par sa mère affrontant une secte. En résulte un « gloubiboulga » décousu qu’un final lovecraftien au grotesque assumé peine à rehausser.

(2 commentaires)

    1. Ah cela fait plaisir à entendre d’autant que ces deux films (notamment The Transfiguration, passé inaperçue lors de sa sortie dans les salles françaises) ont bénéficié d’une exposition misérable. Je pense que Psiconautas va avoir droit à son édition dvd, en tout cas j’espère. Concernant Shin Gozilla il est passé à la dernière édition du Paris International Fantastic Film Festival qui s’est déroulée le mois dernier.

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