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[Be Kind Rewind] LA SECTE de Michele Soavi (1991)

Michele Soavi est un cinéaste trop rare. Un constat d'autant plus probant lorsque l'on redécouvre LA SECTE, son troisième long-métrage, une pièce majeure du cinéma fantastique du début des années 90.

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la-secte-dvd-bluray-Deux ans après Sanctuaire (1989), Michele Soavi poursuit son exploration du Mal et du satanisme avec La Secte, nouvelle collaboration avec Dario Argento. Le film s’inscrit dans la continuité du précédent effort de Soavi, tout en en prenant le contre-pieds. Coécrit à six mains par Soavi, Argento et Gianni Romoli, il s’intéresse dans un premier temps aux membres d’une secte qui décime dans les années 70 un groupe de hippies, avant de faire un bond dans l’Allemagne du début des années 90, pour y suivre une jeune femme, Miriam (Kelly Curtis, fille de Tony et Janet Leigh et sœur de Jamie Lee), dont l’existence va se trouver bouleversée par la rencontre avec un vieil homme, Moebius. Celui-ci (excellent Herbert Lom), s’avère être le gourou d’une secte bien décidée à faire naître le fils du diable.
Sous influence manifeste de Rosemary’s Baby de Roman Polanski, La Secte dispose pourtant de sa personnalité propre, que l’on doit en grande partie à Michele Soavi.

LA SECTE de Michele Soavi

La propagation du Mal

Le cinéaste y déploie une nouvelle fois une remarquable maîtrise de la mise en scène. Comme dans Sanctuaire, la caméra est particulièrement mobile, moins frénétique, certes, mais toujours apte à nous délivrer des angles de vue et des mouvements originaux et/ou pertinents. Bien que daté par certains aspects, le film y trouve toujours aujourd’hui une force d’attraction, et un pouvoir de suggestion indéniables et stimulants. Contrairement à l’opulence stylistique de Sanctuaire, La Secte se révèle pourtant plus sage : moins de personnages, un lieu quasi unique, une menace qui se resserre progressivement sur l’héroïne… Soavi, épaulé par Argento et Romoli, livre une oeuvre plus réfléchie et exigeante sur le fond, bardée de symbolisme religieux/ésotérique, et à la construction moins chaotique. Les nombreuses références quelque peu obscures envoyées au spectateur (l’omniprésence de l’élément eau, l’importance des animaux, des insectes, le destin de certains personnages) s’ils ne trouvent pas tous une explication (les étranges filaments bleus dans l’eau, émanation du Mal, restent un mystère), n’indisposent en rien dans la compréhension générale, et répondent à une certaine logique dans la deuxième partie du film. Le réalisateur nous parle toujours du Mal, mais délaisse l’aspect surnaturel Grand Guignol pour l’aborder sous une autre forme, plus réaliste : celle de sa propagation par les adorateurs de Satan, en conservant un pied bien ancré dans la réalité, puisque le fantastique n’y est présent que sous la forme des songes la plupart du temps, aux frontières de l’onirisme.

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Le haut du panier

Ce qui frappe à la vision de La Secte, c’est la liberté, le rythme et l’audace constante déployés par Michele Soavi. C’est également l’évocation d’un cinéma particulier, celui des années 80-90, un cinéma gourmand et généreux, à l’inspiration sans limite (naïve ?), dont la foi dans le genre fantastique saute aux yeux. Bien loin du cynisme exacerbé des productions actuelles… La Secte constitue le haut du panier de la production de l’époque dans le genre qui nous intéresse ici.
Michele Soavi réalisera quelques années plus tard, en 1994, son chef d’oeuvre intemporel Dellamorte Dellamore, forme d’aboutissement de son cycle sur le Mal, avant de s’orienter vers le polar en 2006, avec Arrivederci amore, ciao. Redécouvrir ses premières œuvres aujourd’hui vient confirmer qu’il n’est certainement pas l’homme d’un seul film, mais probablement l’un des meilleurs cinéastes italiens de ces dernières décennies.


LA SECTE
Michel Soavi (Italie – 1991)

Note : 4Genre Fantastique – Interprétation Kelly Curtis, Herbert Lom, Mariangela Giordano, Michel Adatte, Carla Cassola, Tomas Arana… – Musique Pino Donaggio – Durée 115 minutes. Distribué par Le Chat qui fume.

L’histoire : 1970, Californie. Une communauté hippie est massacrée par Damon et les membres de sa secte. Vingt-et-un ans plus tard, Francfort. Tandis que des crimes rituels attribués à la secte des Sans-Visage ponctuent l’actualité, Miriam Kreisl, jeune institutrice, manque de renverser un vieillard au comportement étrange. S’il refuse de se faire soigner, il accepte en revanche de se reposer quelques heures chez elle. Bientôt, des faits étranges et sanglants se produisent dans l’entourage de la jeune femme.


L’édition du Chat qui fume

LA SECTE de Michele Soavi

Technique : ★★★★
Bonus : ★★★★


Encore une bien belle édition que celle du Chat qui fume. Dans son fourreau cartonné typique des disques de l’éditeur, à l’aspect visuel proche de celui de Sanctuaire, on trouve un digipack trois volets contenant le DVD, le Blu-ray et un second DVD pour les bonus. La qualité technique de l’image du Blu-ray, tirée d’un nouveau Master HD, est remarquable. L’image est propre et dotée d’une très belle définition, avec des contrastes appuyés et surtout une palette de noirs qui assure, détail important puisque le film se déroule en grande partie (surtout dans sa deuxième moitié) dans la pénombre. Côté sonore, les trois pistes présentes ne font pas de jaloux, puisque toutes logées à la même enseigne du DTS HD Master audio 2.0. D’une qualité globalement bonne, les trois versions (anglaise, italienne et française) ne présentent pas de soucis particulier. Encore un sans-faute sur le plan technique.

L’interactivité de cette édition est pléthorique. On s’arrêtera essentiellement sur De l’alchimie et de l’ésotérisme (20′), module donnant la parole au rare mais précieux Michele Soavi. Le réalisateur revient sur sa rencontre avec Dario Argento et la collaboration fructueuse qui a suivi (la première partie de l’entretien est à retrouver dans les bonus de Sanctuaire), puis expose le projet de La Secte, ses inspirations (l’évocation des peurs de son enfance, Rosemary’s Baby évidemment, mais également Le Golem de Gustav Meyrink, dont le film devait initialement être une adaptation), le tournage et le casting. Bien qu’il évoque certains symboles et interprétations des images sybillines du film, on aurait aimé qu’il s’épanche encore davantage sur les différentes significations des éléments, tant c’est un plaisir de l’écouter parler cinéma.
L’autre gros morceau des bonus, c’est évidemment la présence de Pino Donaggio (13′), qui évoque son travail à base de guitares et synthétiseurs pour la musique du film. Plus surprenant, il avoue n’avoir jamais eu à faire à Soavi, mais uniquement au producteur Dario Argento, son unique interlocuteur, avec qui il avait déjà collaboré pour Deux Yeux maléfiques (1990).
Dans le puits (23′) est un entretien avec le décorateur Massimo Antonello Geleng (23 min). Ce-dernier évoque sa rencontre avec Soavi sur Frayeurs de Lucio Fulci, leur collaboration sur trois films et livre quelques anecdotes intéressantes sur le tournage, notamment le choix de filmer le puits à l’horizontal avec un effet de miroir incliné pour donner l’illusion de sa profondeur. Effet pertinent et garanti !

Le Cœur révélateur (12′) avec le comédien Giovanni Lombardo Radice, La lumière au fond du puits (28′) avec le directeur photo Raffaele Mertes, Requiem pour un genre (35′) avec le scénariste Gianni Romoli et L’Enfant de Miriam (25′) avec l’historien du cinéma Fabrizio Spurio (25 min) complètent cette riche section de bonus, à laquelle s’ajoutent les bande-annonces des prochaines sorties de l’éditeur.

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