[Be Kind Rewind] CHATS ROUGES DANS UN LABYRINTHE DE VERRE d’Umberto Lenzi (1975)

L’honnête artisan du Bis italien, Umberto Lenzi, affiche autant de films à son actif que de genres visités. Mélange de curiosité, de générosité et évidemment d’opportunisme, la carrière du réalisateur est parsemée d’oeuvres aussi diverses qu’inégales, de Kriminal (1966) à Cannibal Ferox (1981), en passant par Le Tueur à l’orchidée (1972) et L’Avion de l’Apocalypse (1980). Pourtant, Lenzi n’a jamais eu la reconnaissance, ni les lauriers de ses pairs Mario Bava, Dario Argento ou encore Lucio Fulci. Ce n’est pas faute d’avoir tenté, avec plus de 60 films à son actif, mais le talent et l’inspiration ne s’improvisent pas…
En pleine résurgence du giallo au début des années 70, avec l’arrivée sur le devant de la scène de cinéastes comme Argento et de chef d’oeuvres tels L’Oiseau au plumage de Cristal (1970) et Les Frissons de l’Angoisse (1975), Umberto Lenzi s’assied à nouveau à la table du genre à l’occasion de Chats rouges dans un labyrinthe de verre. Un titre énigmatique et sibyllin (c’était la mode), et surtout complètement déconnecté de l’intrigue… On y suit un groupe de touristes en goguette à Barcelone, faisant les frais d’un tueur mystérieux qui décime les vacanciers et prélève l’œil gauche de ses victimes.

La pêche à la truite

Le film d’Umberto Lenzi est bien installé sur les rails du Whodunit, et n’en sortira jamais : l’enjeu étant d’essayer de démasquer l’assassin parmi le panel de personnages qui nous est exposé, et de tenter de comprendre ses motivations. Et c’est à peu près tout. Le film se veut très proche du schéma des écrits d’Agatha Christie et plus particulièrement de ses Dix Petits nègres. Au fil et à mesure que le groupe perd ses protagonistes féminins, le mystère s’épaissit dans le mauvais sens du terme. Pas que la solution soit particulièrement retorse (l’identité de l’assassin peut être devinée rapidement), mais le scénario coécrit par Lenzi se montre laborieux et peine à trouver le difficile équilibre inhérent à ce genre de productions, un travail d’orfèvre pourtant déterminant dans le succès de l’entreprise. Ici, bien que les personnages soient autant de suspects potentiels, les esquisses qui leur servent de caractérisation et leurs motivations sont assez mal élaborés, ou un peu trop évidentes. Du point de vue scénaristique, Chats rouges dans un labyrinthe de verre est délicat et peut même se révéler pénible à suivre. L’enquête policière menée en parallèle par un commissaire à une semaine de la retraite, obsédé par la pêche à la truite, et son adjoint destiné à lui succéder, est symptomatique des errances d’un scénario assez peu rigoureux. Les sous-intrigues, les indices parsemés et les suspects potentiels ne parviennent pas à maintenir un semblant de suspense au sein d’un film globalement dépourvu de tension (exceptée l’excellente scène de la salle de bain). Même les motivations du tueur, in fine, se révèlent assez peu convaincantes, et tombent un peu comme un cheveu sur la soupe.

Un élève appliqué

Pourtant, tout n’est pas à jeter dans Chats rouges dans un labyrinthe de verre. D’une manière générale, le film se tient en grande partie par sa réalisation, assez classique au demeurant, mais plutôt efficace (on sent bien la patte du solide artisan Lenzi), ses cadres sont soignés et sa photographie jouant astucieusement des couleurs primaires se révèle très pertinente et agréable à l’œil. La musique lancinante de l’inévitable Bruno Nicolai (Les Rendez-vous de Satan, 1972) apporte quant à elle l’enrobage sonore adéquate et renvoie aux éternelles ritournelles du giallo. On y retrouve évidemment l’assassin filmé en caméra subjective, aux mains gantées de rouge sang et qui tue à l’arme blanche, autant de composantes des codes du giallo, tandis que les énucléations font leur petit effet au rayon des débordements gores (plutôt nombreux en regard des films du genre).
Mais cela ne suffit pas à faire de Chats rouges dans un labyrinthe de verre une oeuvre significative du thriller à l’italienne. Tout juste un élève appliqué mais sans grande inspiration. A l’image de la filmographie d’Umberto Lenzi, le film est un produit de consommation qui n’a pas grand chose à dire d’autre que sa simple capacité à distraire et se limite à réciter les ficelles du giallo de manière scolaire, sans chercher à le transcender. C’est déjà pas mal. Mais dans ce cas précis, on est dans un intérêt somme toute très relatif…


CHATS ROUGES DANS UN LABYRINTHE DE VERRE
Umberto Lenzi (Italie/Espagne – 1975)

Genre Giallo – Interprétation Martine Brochard, John Richardson, Ines Pellegrini, Andrés Mejuto… – Musique Bruno Nicolai – Durée 92 minutes. Distribué par Le Chat qui fume (19 novembre 2018).

L’histoire : Un groupe de touristes américains parcourt les routes lors d’un voyage organisé en Espagne. Au cours d’une escale à Barcelone, une jeune femme du cru est assassinée. Quand on la découvre, l’œil gauche énucléé, l’image saisissante renvoie les touristes à un crime identique commis un an plus tôt à Burlington. Bientôt, c’est l’une des Américaines qui succombe sous les coups du maniaque. Pour le commissaire Tudela, le groupe de touristes est forcément lié aux crimes…


L’édition du Chat qui fume

Technique : ★★★★☆
Bonus : ★★★☆☆

Comme à son habitude avec son digipack cartonné très soigné, Le Chat qui fume voit les choses en grand et propose une très belle édition, tant sur le plan technique que sur le contenu éditorial.

Technique
Côté technique tout d’abord, avec une image HD d’une qualité indéniable. La restauration assure une définition précise, des couleurs saisissantes et contrastées, le rouge y est prépondérant à l’écran, tout comme un grain léger. Quelques menus défauts subsistent malgré tout mais sont globalement assez rares. Côté son, la piste italienne originale est la seule proposée. Si un léger souffle se fait entendre dès l’entame du film, il est progressivement atténué par le très bon équilibre général, avec des dialogues clairs et une musique bénéficiant d’une belle dynamique.

Interactivité
Avec Les Yeux du giallo (24′), Le Chat qui fume propose de découvrir une ancienne interview du réalisateur Umberto Lenzi réalisée par Federico Caddeo, dans laquelle le cinéaste revient sur la genèse du film, le tournage à Barcelone et Sitges, les difficultés rencontrées lors des scènes d’œil énucléé, et tente même d’expliquer le titre du film, qui apparaît comme une évidence pour lui… Il revient également sur son expérience de metteur en scène, les grands moments de sa carrière (avec quelques spoilers au passage). Au détour de nombreuses anecdotes, se dessine le portrait d’un cinéaste exigeant, pas toujours aimé des acteurs, « j’étais très méchant sur les plateaux » reconnaît-il, mais finalement passionné et attachant.
Dans le Labyrinthe (17′) est un échange avec la très sympathique comédienne française Martine Brochard, qui incarne Paulette, personnage central du film. De ses débuts au cinéma avec François Truffaut sur Baisers volés (1968) à sa longue carrière italienne, son amour pour l’Italie et son cinéma, son expérience du tournage avec Umberto Lenzi, les scènes de nudité, ses morts à l’écran… la comédienne évoque avec beaucoup de simplicité et de générosité sa carrière.
La série des 3 Gialli par… proposée par l’éditeur sur ses films du genre, donne cette fois la parole à Francis Barbier, du site DevilDead.com, qui choisit de mettre en avant et explique le plaisir que lui procurent Le Chat a neuf queues de Dario Argento, La Dame rouge tua sept fois d’Emilio Miraglia et La Queue du scorpion de Sergio Martino, tout en remettant en perspective le giallo, ses icônes et ses descendants. Érudit et passionnant.
Enfin, la section bonus s’achève avec la bande-annonce du film et des prochaines sorties de l’éditeur.

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Catégories :Be Kind rewind, Films, Moyen

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2 réponses

  1. Je vous trouve bien sévère cher ami…
    J’y ai pour ma part pris beaucoup de plaisir 😉

    Aimé par 1 personne

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