[Critique] HUNTER KILLER de Donovan Marsh

Le film de sous-marin est devenu au fil des années un sous-genre en soi. Après des œuvres aussi diverses et variablement marquantes que Daas Boot (1981), A la poursuite d’Octobre rouge (1990), USS Alabama (1995), U-571 (2000), Phantom (2013) ou encore le récent Chant du loup (2019), voilà qu’émerge ce Hunter Killer
La carcasse confinée du sous-marin reste, à l’instar de l’engin spatial, un lieu de choix pour planter une intrigue et faire naître la tension au cinéma. Beaucoup s’y sont essayés… Beaucoup s’y sont cassés les dents. Mais on ne peut nier la capacité d’attraction et le potentiel indéniables du décor. Encore faut-il savoir en tirer partie. Le cas Hunter Killer, réalisé par Donovan Marsh, est un peu spécial dans le sens où la notion de claustrophobie n’est pas réellement au cœur d’un projet plus axé vers le film de guerre/action, que vers le film d’ambiance. On y suit le toujours délicat Gerard Butler qui endosse le rôle d’un capitaine de submersible militaire partant avec un jeune équipage en eaux russes secourir une escouade de Navy Seals. Cette dernière est envoyée sur place afin de récupérer rien moins que le président russe pris en otage. On note déjà rien que dans l’énoncé l’énormité du pitch, qui renvoie aux grandes heures d’œuvres aussi délicates et pointilleuses que Portés disparus (au hasard…). Sans déflorer trop l’intrigue, il est question ici de manipulation des autorités, de coup d’état dans le but simple de déclencher un conflit armé entre Américains et Russes (une sorte de troisième guerre mondiale, en toute simplicité). On s’en rend vite compte, toutes notions de réalisme et de subtilité scénaristique s’envolent dès les premières minutes de cet Hunter Killer. Les enjeux sont réduits à la portion congrue et le film se veut une bande gentillement décérébrée narrant une double mission de sauvetage en territoire ennemi avec ce que cela comporte de facilités et d’incohérences scénaristiques. Il faudra donc aborder le film avec un quinzième degré évident et une bonne dose d’indulgence pour en apprécier les (quelques) qualités. Principe de précaution oblige.

Délicieusement neuneu

Si Hunter Killer se révèle délicieusement neuneu, on pourra y trouver néanmoins un certain plaisir à la consommation. Déjà par sa facture visuelle, qui navigue entre le bien torché et le tout numérique aveuglant. Bardé d’effets numériques grossiers trahissant un budget limité, le film de Donovan Marsh assure l’essentiel en termes d’action sans s’astreindre à un surdécoupage qui l’aurait envoyé direct à la poubelle. C’est déjà bien. A noter également la bonne idée d’avoir confié à “Butler le hargneux” un rôle d’officier plus orienté sur la pédagogie et la négociation que sur la castagne. On y retrouve les envies d’acting et de reconnaissance artistique de Gégé la gonflette déjà entraperçues dans le polar Criminal Squad. Problème, le contrepoids “actioner” incarné par une poignée de Navys Seals dominés par un Toby Stephens au charisme proche du néant, ne tient pas la route. On passera rapidement sur la prestation d’un Gary Oldman en roue libre venant encaisser son chèque et la présence magnétique du comédien suédois Michael Nyqvist (la trilogie originale Millénium) dans l’un de ses derniers rôles (le film lui est dédié).
Là où on est moins indulgent, c’est quand on constate que l’on nous vend un film de sous-marin, et que la part accordée aux scènes dans le submersible, d’une part, ne représentent qu’une toute petite partie du métrage et d’autre part, sont globalement assez vaines. La confrontation entre l’officier russe (Nyqvist) et son homologue américain (Butler), intéressante sur le papier, est une déception totale à l’écran, la séquence de pilotage à vue entre les mines et les radars ennemis a tout de la promesse accouchant d’un pschittt poli. Laissé à la main du jeune réalisateur Donovan Marsh, Hunter Killer déçoit sur à peu près tous les plans dans l’avancée de son intrigue, tirée du roman de Don Keith et George Wallace. Le film se révèle d’une ampleur proche de zéro, pour un suspense quasi absent. On ne conseillera donc ce Hunter Killer qu’aux aficionados de Butler et de séries B gentillement nanardeuses et invraisemblables…


HUNTER KILLER
Donovan Marsh (USA – 2018)

Genre Thriller – Interprétation Gerard Butler, Gary Oldman, Common, Linda Cardellini… – Musique Trevor Morris – Durée 122 minutes. Distribué par Metropolitan (12 avril 2019).

L’histoire : Dans les profondeurs de l’océan arctique, alors que le commandant sous-marinier Joe Glass tente de retrouver un sous-marin américain en détresse, il découvre que des terroristes russes préparent un coup d’État menaçant de bouleverser l’ordre du monde. Glass doit désormais réunir une troupe de Navy SEALs afin de sauver le président russe retenu en otage et éviter la Troisième Guerre mondiale…


L’édition de Metropolitan

Technique : ★★★☆☆
Interactivité : ★★☆☆☆

Technique
La copie HD bénéficie d’une très belle définition, mettant en avant une palette de couleurs froides et des effets numériques pas toujours heureux (les séquences sous-marines, ouille…). Doté d’une belle luminosité, de contrastes solides et d’un niveau de détails appréciable, l’image de cette édition fait le taf avec un efficacité mais renvoie le film vers ses choix visuels pas toujours très heureux.
Les deux pistes sont proposées en DTS-HD Master audio 5.1 et sont toutes deux à leur avantage, avec moult détails sonores, et une puissance certaine. L’amplitude et la spatialisation des ambiances sont au top, particulièrement généreuses, et permettent de vivre une belle expérience, notamment en terme d’immersion.

Interactivité
Niveau bonus, il faudra se contenter, en plus des bandes-annonces, d’un making of divisé en deux parties, soit environ 25 minutes d’informations diverses sur la production et le tournage, laissant la parole à l’équipe du film. Intéressant, mais pas non plus dingue, le discours promo n’étant jamais très loin…



Catégories :En Vidéo, Films, Moyen

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