[Be Kind Rewind] TERROR TRAIN – LE MONSTRE DU TRAIN de Roger Spottiswoode (1980)

1980. La belle époque du slasher, alors que Halloween de John Carpenter a démocratisé le genre et que nombre de petits malins s’apprêtent à s’engouffrer dans la brèche béante pour des résultats très inégaux, mais la plupart du temps, stimulants (au hasard : Vendredi 13, Le Bal de l’Horreur, Carnage, Happy Birthday to Me, Meurtre à la Saint-Valentin…). Car le slasher, sous-genre horrifique très limité, contient dans son ADN un je-ne-sais-quoi-qui-fait-qu’on-ne-s’en-lasse-pas… Et un potentiel assumé pour rapporter des brouettes de dollars !
Le bien nommé Terror Train (Le Monstre du train en VF) est l’un des premiers représentants post-Halloween à se mettre sur les rails dès 1980. Avec à première vue l’intention de se démarquer du film matriciel de Carpenter (et n’oublions pas le Black Christmas fondateur de Bob Clark en 1974…) en plantant le décor dans un train à vapeur lancé à pleine vitesse de nuit. Malin ! Un groupe de jeunes étudiants y célèbrent leurs diplômes en festoyant déguisés toute la nuit. Cette unité de lieu unique et cloisonnée offre des perspectives de jeu sur l’espace et apparaît comme un cercueil ambulant à toute cette petite troupe de jeunots dans l’incapacité de s’enfuir. Un postulat pas inintéressant et un décor que le réalisateur canadien Roger Spottiswoode tente d’exploiter au mieux. Les inévitables protagonistes au caractère affirmé et insupportables sont évidemment au rendez-vous et vont servir de défouloir au tueur dont l’identité reste secrète, à mesure que les potentiels suspects se succèdent… On nage en plein film du genre. D’autant plus que les concepteurs du projet jouent la carte de la prudence et de l’évidence en enrôlant dans un élan opportuniste l’inévitable Jamie Lee Curtis, suite à sa prestation dans le chef d’oeuvre de John Carpenter et qui enchaînera quelques rôles du même calibre par la suite qui la conduiront à endosser l’étiquette de « Scream Queen ».

Piège à grande vitesse

Mais ce Terror Train besogneux au demeurant, peine néanmoins à s’affranchir d’un concept ingénieux mais finalement trop peu exploité pour se révéler d’un classicisme total et quelque peu handicapant. Principal inconvénient du film : le suspense y est quasi inexistant, les meurtres se succèdent de manière mécanique sans réellement passionner. Pire, les mises à mort ne présentent aucune originalité et se révèlent assez peu inventives visuellement parlant. Dommage pour ce qui constitue le cœur même du genre. De même, si Terror Train s’inscrit dans le genre du Whodunit, dissimulant l’identité de son tueur masqué (qui change de tenue au fur et à mesure des cadavres qu’il disperse) jusqu’à la fin, le mystère tient à peine quelques minutes, puisque le prologue, plutôt dérangeant à sa manière, semble accréditer une thèse qui, au final… sera la bonne !
Pour autant, Terror Train contient quelques idées intéressantes. La présence du jeune magicien David Coperfield tout d’abord, qui réalise des tours en live auxquels le réalisateur tente de rendre justice en filmant en plan large sans coupe. Plus qu’un élément marketing (sa célébrité n’était pas établie à l’époque) ce choix de cast nourrit une approche de l’action pas désagréable, jouant avec la prestidigitation et l’art de la dissimulation de l’assassin. Et même si le film peine à décoller, il semble se réveiller dans sa dernière bobine, alors que le personnage de Jamie Lee Curtis se retrouve face au tueur, entravée dans des espaces de plus en plus réduits. Une scène très réussie, à l’image d’un autre moment où l’un des jeunes voyageurs tente de découvrir la cachette de l’assassin dans un compartiment étroit. Des moments fugaces mais bien réels qui démontrent que Roger Spottiswoode pouvait proposer quelque chose d’intéressant dans l’exploitation de l’espace. Mais ce premier film du réalisateur renferme en germes les grandes lignes d’une carrière assez peu passionnante au final (Under Fire, Turner et Hooch, Arrête ou ma mère va tirer, Demain ne meurt jamais…) Dommage, car Terror Train bénéficie des compétences du directeur photo John Alcott, fidèle de Stanley Kubrick (2001, Orange Mécanique, Barry Lyndon… quand même !) qui lui assure une tenue visuelle à la personnalité indéniable.
Au final, ce Terror Train est un slasher d’époque classique et sympathique, mais sans grande envergure, qui bénéficie d’un concept prometteur (le train) et d’une photographie plutôt réussis, mais dont le manque d’incarnation et de suspense se révèlent préjudiciables.

Note : 2.5 sur 5.
TERROR TRAIN – LE MONSTRE DU TRAIN
Roger Spottiswoode (Canada – 1980)
Genre Horreur – Avec Jamie Lee Curtis, Ben Johnson, Hart Bochner, David Copperfield, Derek McKinnon, Sandee Currie, Timothy Webber… – Musique John Mills-Cockell – Durée 97 minutes. Distribué par Rimini (4 janvier 2020).

Synopsis : Afin de fêter comme il se doit la nouvelle année, un groupe d’étudiants organise un réveillon costumé dans un train à vapeur. Entre drogues, alcool, danse et divertissements, la soirée promet d’être animée. Mais un tueur s’est introduit dans le train…

L’édition Blu-ray de RIMINI

Technique

Note : 3 sur 5.

Terror Train s’inscrit dans la fort sympathique collection dédiée aux œuvres du patrimoine de l’horreur et du fantastique développée depuis peu par Rimini. En résulte une édition DVD/Blu-ray présentant le film de Roger Spottiswoode en Haute Définition pour la première fois en France. Pourtant, les affaires débutent mal niveau image avec un prologue parcouru de nombreuses zébrures, griffures et autres défauts de pellicules. Un constat qui, heureusement, s’améliore ensuite, laissant place à une assez belle définition mettant en valeur les éclairages astucieux de John Alcott. Dans un film parsemé de zones d’ombres et de recoins sombres à l’écran, la gestion des noirs reste de très belle tenue, avec un contraste cohérent, des couleurs bien pétantes et un grain plaisant.
Côté sonore, pas grand chose à redire, le résultat est bon, les deux pistes anglaise et française sont proposées en DTS HD Master Audio 2.0 et sont très convenables, avec même un doublage dans la langue de Molière typique années 80 qui apporte un petit plus au charme du film.

Interactivité

Note : 2.5 sur 5.

A l’image des précédents film de la collection horreur et fantastique de Rimini, cette édition est agrémentée du traditionnel livret d’une vingtaine pages rédigé par Marc Toullec (Mad Movies). Niveau bonus, on dispose d’une interview du réalisateur Roger Spottiswoode (17′) qui évoque ses souvenirs de tournage de son premier long-métrage, sa collaboration avec l’équipe technique, notamment John Alcott et avec les comédiens. Plutôt humble et réaliste, le cinéaste reconnaît un certain attachement à ce qui constitue une série B plutôt anecdotique, de son propre aveu. Autre intervention, celle de la co-scénariste (non-créditée) Judith Rascoe (6′), qui évoque elle aussi quelques souvenirs de tournage. Enfin, l’éditeur a ajouté un portrait de Jamie Lee Curtis (27′) issu d’une collection produite pour la télévision américaine datant de 2014.

2 Comments on [Be Kind Rewind] TERROR TRAIN – LE MONSTRE DU TRAIN de Roger Spottiswoode (1980)

  1. De ce slasher à grande vitesse, je retiens surtout la présence de Jamie Lee (une plus-value non négligeable) et son contexte ferroviaire (plutôt original pour l’époque). Mais, mis à part ça, je n’en garde qu’un souvenir mitigé. Voilà pourquoi, je ne me suis pas rué sur cette édition…
    En fait, à l’instar du sympatoche « Prom Night » (il faut voir la Miss Curtis se déhancher façon « La Fièvre du samedi soir » !), du très bon « Happy Birthday to me » (une bonne surprise, celui-là) et de l’ultra recommandable « Terreur à l’hôpital central » (à voir, ne serait-ce que pour Michael Ironside), un simple dvd Mad m’aurait suffi…
    Sinon, de Spottiswoode, j’ai un p’tit faible pour son « Randonnée pour un tueur » (aka « Shoot to Kill »). Pourquoi ? Parce que Clancy Brown y joue un psychopathe !
    Excellente chronique en tout cas !

    Aimé par 1 personne

    • Je suis d’accord avec toi : j’attendais beaucoup (trop ?) de ce « slasher ferroviaire » (jamais vu auparavant) et j’ai été déçu du manque de personnalité et d’efficacité du film… Je ne suis pas un grand fan de Spottiswoode, honnête artisan dont on voit néanmoins déjà les limites ici. Et je suis également à 100 % d’accord avec toi sur Happy Birthday To Me qui est une superbe découverte ! Pour Prom Night, cela reste assez anecdotique…
      Merci à toi pour ton soutien 😉

      Aimé par 1 personne

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